Il m’est devenu difficile d’aborder la question du féminisme alors que celui-ci a toujours été pour moi et pour les femmes de ma génération un combat prioritaire d’une importance majeure. Il a été pris en otage par le libéralisme libertaire, isolé de tous les grands enjeux de l’émancipation humaine, d’une perspective révolutionnaire en organisant la promotion de réactionnaires dans une guerre des sexes que l’on prétendait être une lutte contre le patriarcat. Comme souvent il y a eu dévoiement contrerévolutionnaire d’aspirations justes qui correspondent au développement des forces productives et qui comme le décrivait Engels sont une des dimensions anthropologiques incontournables du temps long de l’émancipation humaine retourné en barbarie par une classe qui ne veut pas mourir et mobilise les conservatismes, les peurs, les parodies. Parallèlement l e rôle des nations dans le développement du monde multipolaire, du respect de leur souveraineté est fondamental et il est détourné en chauvinisme. Cet article insiste sur le fait que pour briser une nation, l’impérialisme comprend qu’il faut briser la volonté de ceux qui assurent la cohésion sociale. Dans la guerre hybride, la femme n’est pas une victime passive, mais une combattante qui réorganise la volonté collective dans chaque commune et sur chaque territoire. Le paradoxe c’est que l’Iran dont on a voulu faire l’exemple de l’aliénation féminine s’avère avoir mené une politique hier comme aujourd’hui beaucoup plus complexe. Non seulement les femmes sont ingénieurs, accèdent à des formations et des emplois hautement qualifiés à l’inverses de pays alliés de l’occident mais elles sont des combattantes dans le temps de l’unité nationale dans l’agression. C’est une contradiction dont il faut suivre la dynamique ici comme dans ce monde de l’émancipation du sud. Le féminisme doit renaître et retrouver la force qui a été la sienne vers le socialisme et le développement. (note et traduction de danielle Bleitrach histoireetsociete)
27 mars 2026
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Paulina Veloso (Chili), Sans titre , 2021. Disponible sur capiremov.org .
Salutations du bureau Nuestra América de Tricontinental : Institut de recherche sociale .
En ce 8 mars, journée où le monde célèbre la femme travailleuse, nous rendons hommage aux femmes anti-impérialistes de notre continent. Par leur corps, leur intelligence et leur exemple, elles écrivent les pages les plus dignes de l’histoire contemporaine de Nuestra América.
Nous traversons une période marquée par l’agression de Trump – un approfondissement de la guerre hybride – et une guerre néocoloniale menée grâce à l’impunité financière et à un extractivisme vorace. La montée de l’extrême droite dans la région n’est pas fortuite ; elle vise à imposer un modèle de pillage où le poids de la dette étouffe la souveraineté des peuples. Face à la résistance à l’invasion directe et à la guerre silencieuse des mesures coercitives unilatérales (MCU) contre Cuba et le Venezuela, le féminisme populaire s’affirme non seulement comme une forme de protestation, mais aussi comme le pilier de la survie et de la dignité.
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Femmes au Monument aux Héroïnes de la Résistance et de l’Indépendance, Caracas. 2025 (Prensa MinMujer).
- Les 3 leçons de l’agression de Trump et de la guerre néocoloniale en Amérique latine
L’histoire récente de Nuestra América, marquée par l’ombre de la doctrine Monroe et sa mise à jour sous le « corollaire Trump » — qui persiste comme logique d’État à Washington — nous livre trois leçons fondamentales concernant la nature de la guerre actuelle contre la souveraineté.
1. Le corps de la femme comme premier territoire de défense
L’attaque du 3 janvier dernier contre le Venezuela n’était pas qu’une simple incursion militaire ; c’était un affront à la dignité d’un peuple qui a choisi la liberté. Ce jour-là, douze femmes ont perdu la vie au combat. Neuf d’entre elles étaient des soldates, membres de la Garde d’honneur présidentielle.
L’impérialisme comprend que pour briser une nation, il faut briser la volonté de ceux qui en assurent le maintien. Dans la guerre hybride, la femme n’est pas une victime passive, mais une combattante qui réorganise la volonté collective dans chaque commune et sur chaque territoire.
Cette leçon est intimement liée à l’histoire de Berta Cáceres au Honduras. Il y a dix ans, l’élite extractiviste croyait qu’en assassinant Berta, elle ferait taire la voix du peuple Lenca. Elle ne comprenait pas que son corps, à l’instar de ceux des miliciennes vénézuéliennes (composante des Forces armées nationales bolivariennes) et des communards, symbolise la résistance contre les barrages et le capital transnational.
La détention illégale de la militante sociale Cilia Flores constitue une nouvelle tentative d’enlèvement de cette figure emblématique de la dignité et de la résistance politique. Détenue illégalement aux États-Unis, Cilia Flores est une militante sociale et politique de renom. Elle a notamment défendu les officiers qui se sont soulevés lors des insurrections militaires de 1992, dont le commandant Hugo Chávez. Aujourd’hui, les femmes du monde entier appellent à sa libération et à son retour au Venezuela.
2. L’économie de résistance est féminine
À Cuba, la « guerre silencieuse » des UCM a pris la forme d’un blocus énergétique sans précédent. En bloquant l’arrivée de carburant, Washington cherche à plonger le quotidien dans un enfer de pénurie. Pourtant, sur l’île, la résistance a un visage féminin. Ce sont les femmes qui, grâce à l’organisation populaire et à la solidarité communautaire, inventent au quotidien des solutions pour survivre malgré le blocus.
Cette économie de résistance ne vise pas le profit, mais la reproduction de la vie. Tandis que le système financier international utilise la dette pour contraindre les nations, les femmes cubaines et vénézuéliennes s’y opposent par une économie de solidarité. Au Venezuela, 80 % des dirigeantes des communes et des conseils communaux sont des femmes. Elles décident, planifient et mettent en œuvre les projets qui permettent à la structure sociale de survivre au blocus. La leçon est claire : le socialisme en Amérique du Nord survit parce que les femmes ont transformé la sphère privée en un espace de gestion politique et de résistance économique face à l’agression impérialiste.
3. Solidarité et paix comme diplomatie populaire
L’action récente du gouvernement mexicain de Claudia Sheinbaum, qui a envoyé des navires chargés de 1 200 tonnes d’aide à Cuba, remet en cause la logique de la soumission financière. La « sororité » n’est pas seulement un concept interpersonnel, mais une catégorie politique internationale.
On le constate également dans la mobilisation d’organisations populaires qui, bravant les pressions extérieures, coordonnent l’acheminement de l’aide et le soutien mutuel entre les nations assiégées. Le 21 mars a vu l’arrivée du convoi Nuestra América , organisé par divers mouvements et organisations populaires. Cette solidarité citoyenne permet à Cuba de résister et au Venezuela d’approfondir son modèle communautaire.
Lorsque le Mexique résiste aux pressions de Washington pour obtenir de l’aide à l’île, et lorsque des femmes s’organisent en brigades féministes comme la « Brigade internationaliste Cilia Flores pour la paix », elles pratiquent un féminisme qui privilégie la vie des familles et des communautés aux diktats du capital transnational. La solidarité est la tendresse – et la stratégie – du peuple.
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Gabriela Barraza (Argentine), Viviremos y venceremos [Nous vivrons et nous vaincrons], 2021. Disponible sur thetricontinenal.org .
- Les 3 tâches que les féminismes populaires nous appellent à accomplir
1. Institutionnaliser la gestion communautaire du pouvoir du peuple
Au Venezuela, près de 80 % des postes à responsabilité dans les conseils communaux sont occupés par des femmes. Elles sont les porte-paroles de la population, celles qui planifient les projets et gèrent le budget communal. Face à la montée de l’extrême droite, la réponse est un renforcement du pouvoir populaire. Il est urgent de consolider la Consultation populaire nationale et le modèle communal. C’est là que le féminisme populaire gère les ressources et riposte à l’offensive impérialiste.
Nous devons veiller à ce que les ressources du territoire soient gérées par ceux qui l’habitent et le défendent, bloquant ainsi la voie à l’impunité des milices (au Brésil, les groupes armés paramilitaires et parapoliciers) et des structures de pouvoir illégales comme celles qui ont tenté de faire taire Marielle Franco au Brésil.
2. Démanteler l’impunité de l’extractivisme néocolonial
Nous ne pouvons envisager l’avenir sans panser les plaies de l’impunité. Les histoires de Berta Cáceres au Honduras et de Marielle Franco au Brésil sont des lueurs d’espoir, mais aussi des rappels de la férocité du capital.
- Justice pour Berta : dix ans après son assassinat, il est impératif de démanteler le modèle extractiviste qui tue celles et ceux qui défendent les biens communs. La punition des responsables intellectuels de ce meurtre est une dette essentielle pour toute la région dans la lutte contre les multinationales.
- Justice pour Marielle : La récente condamnation des frères Brazão au Brésil est une victoire contre les milices paramilitaires et le pouvoir paraétatique. Il s’agit désormais d’éradiquer les structures de violence politique qui détruisent le tissu social et tentent de réduire au silence les femmes noires, les habitants des favelas et les dissidents qui occupent des espaces de pouvoir.
Berta et Marielle nous ont appris que défendre les territoires autochtones, paysans et afro-descendants et défendre la vie dans les villes constituent un seul et même combat. Leurs noms sont des phares qui nourrissent et soutiennent notre résistance quotidienne contre le patriarcat, le colonialisme, le racisme et le capitalisme.
3. Promouvoir une réforme agraire populaire et la souveraineté alimentaire
Comme nous l’enseignent nos sœurs paysannes du Mouvement des travailleuses sans terre (MST), la défense de la terre est une tâche urgente pour le féminisme populaire. La réforme agraire populaire, c’est le droit des femmes à décider de la production et des semences face à l’agro-industrie extractiviste. Pour les femmes, la terre est l’espace de la reproduction de la culture et de la vie. Sans souveraineté alimentaire, la souveraineté nationale est incomplète. Nous devons renforcer les liens entre les paysannes et les travailleuses urbaines pour garantir que l’alimentation soit un droit et non une marchandise acquise par la dette.

- Message de Berta Cáceres
Pour les femmes de Nuestra América, le combat est une lutte pour la vie même. Berta Cáceres, gardienne des fleuves et de la dignité des peuples, nous a laissé un mandat qui ébranle la conscience de tout le continent :
Réveillez-vous, humanité ! Le temps presse. Nos consciences seront bouleversées par le fait que nous envisageons une autodestruction fondée sur le capitalisme, le racisme et le patriarcat. Dans notre vision du monde, nous sommes des êtres nés de la terre, de l’eau et du maïs. Des rivières, nous sommes les gardiens ancestraux… Donnons nos vies, s’il le faut, pour la défense de l’humanité et de la planète !
Ce cri de Berta est notre boussole. Face à l’agression néocoloniale, notre réponse est l’unité, la protection de notre terre et une rébellion inébranlable.
Vive les femmes qui combattent ! Vive une Amérique libre et souveraine ! Nous vaincrons !
Salutations à tous,
Carmen Navas, Maisa Bascuas et Pilar Troya
| Carmen Navas est une politologue vénézuélienne, chercheuse au bureau Nuestra América de Tricontinental : Institut de recherche sociale. |
| Maisa Bascuas est une politologue argentine, professeure et chercheuse à l’Université de Buenos Aires, et co-coordonnatrice du Département des féminismes du Sud global à Tricontinental : Institut de recherche sociale. |
| Pilar Troya est une chercheuse et militante féministe équatorienne. Elle a travaillé sur les politiques publiques en faveur de l’égalité et du mouvement féministe, et est co-coordonnatrice du Département des féminismes du Sud global à l’Institut tricontinental de recherche sociale. |
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