Histoire et société

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Ormuz : « Un accident de voiture au ralenti » sur l’économie mondiale et aux USA… Que penser de la provocation de cette nuit par danielle Bleitrach …

La guerre en Iran s’éternise, Matt Smith, directeur de la recherche chez Kpler, a décrit la situation comme « un accident de voiture au ralenti » et a déclaré que le monde la traverse en somnambule. Le pire n’est pas aux USA mais néanmoins ils ne sont pas épargnés. Le président Trump logiquement a peu d’options viables. Il a besoin de la réouverture du détroit d’Ormuz pour que près d’un cinquième de l’approvisionnement énergétique mondial puisse circuler librement avant que la crise économique américaine et mondiale ne s’aggrave. Jusqu’ici il a été contraint de choisir la manière douce, est-il en train de se jeter dans une guerre que les USA ne peuvent pas gagner ou s’agit-il d’une impatience destinée à accélérer les négociations avant la rencontre à Pékin ? un conseil amical : profitez du consensus imbéciles qui existe dans vos sociétés sur l’idée que vous êtes « invincibles » pour dire que vous êtes vainqueurs et détalez vite de ce lieu, les dégâts semblent déjà irréversibles

1- C’est les USA et Trump qui ont un besoin urgent d’arrêter cette guerre.

a) L’impopularité de cette guerre est manifeste en particulier dans la base populaire

La hausse des prix de l’essence pèse déjà lourdement sur les Américains de la classe ouvrière, exacerbant l’inflation. Une crise des engrais se profile à l’horizon, menaçant l’approvisionnement alimentaire mondial et risquant de provoquer des famines dans de nombreuses régions. Un récent sondage réalisé par la National Public Radio (NPR), le Public Broadcasting Service (PBS) et l’Institut Marist révèle que 63 % des électeurs américains imputent directement la hausse des prix de l’essence à Donald Trump. L’étude précise que 8 citoyens sur 10 déclarent avoir des difficultés à joindre les deux bouts en raison de ces coûts.

Mais là aussi l’image de l’accident de voiture au ralenti s’impose si l’on considère le secteur aérien, en sachant le rôle que joue l’aviation dans les trajets internes autant qu’internationaux : Le secteur aérien traverse une crise opérationnelle. En mars, les compagnies aériennes américaines ont dépensé plus de 5 milliards de dollars en carburant, soit 30 % de plus que l’année précédente. Pour compenser ces pertes, elles ont augmenté le prix des billets , appliqué des surcharges et supprimé les lignes non rentables.L’ancien gouverneur du New Hampshire, Chris Sununu, a averti le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, que les tarifs aériens continueraient d’augmenter sensiblement si la guerre ne prenait pas fin rapidement . En mars, un billet aller-retour en classe économique aux États-Unis coûtait en moyenne 570 dollars , soit une hausse de 21 % par rapport à l’année précédente .

b) Là encore, les Etats-Unis peuvent toujours considérer que leur situation est infiniment meilleure que celle qui existe chez les alliés européens ou asiatiques. Mais les fissures avec les alliés se multiplient.

Les pénuries de kérosène s’étendent à l’Asie et à l’Europe . Les raffineries de Chine, de Corée du Sud et d’Inde, qui dépendent du pétrole brut du Moyen-Orient, peinent à satisfaire la demande en raison des perturbations des chaînes d’approvisionnement. Avant le début du conflit, l’Asie importait 90 % de son pétrole par le détroit d’Ormuz. Donc les fissures entre les Etats-Unis et ses alliés complices de l’OTAN voir même le Japon s’étendent. Et même les alliés du Golfe connaissent des divisions qui ne tournent pas à l’avantage des Etats-Unis.

Nous l’avons vu à propos des Emirats arabes Unis qui ont quitté l’Opep pour être maître de l’opportunité qui leur est offerte de distribuer pétrole, kérozène à un prix inférieur au marché. Ce qui apparemment va dans le sens des USA mais aussi de la Chine et des pays asiatiques. Les Emirats arabes unis exigent une protection des Etats-Unis (de la France et d’Israël) tout en étant aux BRICS et pouvant fortifier le petroyuan par leur vente à coût moindre (nous avons le même scénario en Indonésie avec le détroit de Malacca). Comme ceux qui font les frais réels de l’opération sortie de l’Opep sont les Saoudiens, ils ont à leur tour manifesté leur mécontentement en refusant que leur pays soit utilisé comme base d’attaque de l’Iran. Par parenthèse, je ne cesserai de répéter l’extraordinaire complaisance de nos parlementaires français face à l’expédition du Charles De gaulle dans le Golfe et le front en soutien en Ukraine, si les Etats-Unis font la démonstration des limites de leur force militaire et ce qu’elle peut, quelle démonstration espère faire Macron?

On le voit les fissures sont multiples et il y a une tentative de la part de Trump de rassembler les alliés et les ventre mous comme Lula ou Modi. Cela va jusqu’au pape. Mais le problème essentiel demeure interne et à l’intérieur même du camp républicain la pression s’exerce en faveur de la fin de la guerre.

Des responsables et conseillers de la Maison-Blanche ont exprimé leur inquiétude face à la hausse persistante des prix du kérosène et du carburant automobile à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. Selon un article du Wall Street Journal (WSJ) paru le 7 mai, l’entourage du président Donald Trump craint que le Parti républicain ne subisse de lourdes conséquences politiques en raison des répercussions économiques de la guerre israélo-américaine contre l’Iran.

2– Les Iraniens en revanche savent que le temps joue pour eux.

a) les Iraniens le savent. Ils comprennent qu’il a besoin d’une solution plus rapidement qu’eux, et le temps joue donc en leur faveur. Ils pensent pouvoir gagner simplement en ne perdant pas, et jusqu’à présent, ils y parviennent. Leur armée a subi de lourdes pertes, mais reste robuste et performante malgré l’offensive aérienne américaine et israélienne qui eux manquent de munition, encore une faille révélée .… Comme je l’avais noté lors du débat à la librairie Tropique : le rôle de l’Iran est de durer. C’est une leçon que l’on peut en effet tirer de toutes les expéditions des Etats-Unis et il est évident que quelles que soient les rodomontades de la première puissance du monde, on s’interroge sur la guerre qu’aurait réellement gagné les USA depuis la deuxième guerre mondiale et encore sans l’URSS et l’Angleterre on y serait encore ?

Mais nous n’aborderons pas ici la question des moyens militaires de leur ambition. Il y aurait beaucoup à dire sur la démonstration qui est faite. C’est d’ailleurs ce qui peut faire craindre une autre expédition contre Cuba pour masquer ce qu’il faut bien considérer comme un échec. Nous en resterons à cette guerre économique, sanctions, blocus et là aussi les dégâts mondiaux qui accouchent d’une souris.

b) La question est donc que signifie la provocation de cette nuit… Jusqu’ici les USA ont été torves à souhait mais à la manière « douce »: l’opération liberté…

Il faut en revenir à la conception des négociations qui caractérise les USA. On se souvient que quand les Vietnamiens qui voulaient la réunification du nord et du sud en particulier ont quitté la table des négociations, Kissinger a envoyé le tapis de bombe le plus meurtrier de toute la guerre contre le Vietnam et le Cambodge. C’était avait dit Kissinger une manière de les faire revenir à la table de négociation, certes mais le Vietnam a été réunifié.

En fait c’est une conception de la néoociation qui est déjà à l’oeuvre à travers ce qui a été désignée comme l’ « Opération Liberté »., il s’agirait pour les Etats-Unis voire ceux qu’il aurait convaincu comme Macron de participer à l’opération de passer en force pour violer de fait les eaux territoriales de l’Iran, une démonstration de forces qui officiellement ne chercherait pas le conflit mais opérerait y compris des repérages.

c) Ce plan cela a été noté par la plupart des observateurs présente deux inconvénients majeurs : sa viabilité et le risque d’une escalade supplémentaire au gré de l’Iran. Il est évident que les États-Unis disposent des moyens militaires pour escorter les navires à travers le détroit et maintenir la supériorité d’armement en mer et dans les airs ; l’Iran ne pourra pas arrêter. la puissance des USA. Cependant, l’Iran n’a pas besoin de vaincre l’ensemble de la force des Etats-Unis Il lui suffit de frapper occasionnellement des cibles commerciales et l’effet obtenu est le même grâce aux assurances, l’Iran reste de fait maitre du détroit et continue comme aujourd’hui de laisser passer ou d’interdire, c’est ce qui s’est passé avec le navire français battant pavillon maltais.…

d) Le risque augmente avec la possibilité d’une frappe iranienne contre un navire des etats-Unis dans la zone d’opérations spéciales plus il y aura de déploiement et de raid plus cette possibilité existe. Mardi soir, le président Trump a annoncé la suspension de l’opération Liberté, probablement en raison des démonstrations de force des Iraniens, qui ont prouvé leur capacité à frapper l’est des Émirats arabes unis, près du champ pétrolier et de l’oléoduc d’Al-Fujairah. Il a également été rapporté que cette suspension était due aux pressions exercées par les Saoudiens et les Koweïtiens.

Le président Trump a également évoqué un grand classique des déroutes étasuniennes celle d’envoyer des armes à des dissidents iraniens afin qu’ils renversent leur gouvernement. L’expérience a déjà été faite au Vietnam, renouvelée Irak, en Afghanistan, en Syrie, en Libye et dans d’autres pays en proie au chaos avec le succès que l’on sait.

Toutes ces manoeuvres impérialistes sont de l’ordre des moeurs les plus calmes des Etats-Unis, elles témoignent d’une retenue qui ne convient pas au tempérament explosif de Trump et alors même qu’il passait une aimable journée à convaincre Lula qu’il ne cherchait aucune invasion et aucune guerre, tandis que Rubio assurait le pape qu’il n’y avait pas de blocus à Cuba, ce qui s’est passé cette nuit prouve à quel point il est difficile pour Trump et l’impérialisme américain de ne pas céder à sa nature.

3) Revenu à ses démons et pressé par le temps Trump aurait-il imposé l’épreuve de force ?

On s’interroge donc sur le sens ce ce qui s’est passé cette nuit 7 mai et qui va bien au-delà de ces incursions déjà dangereuses. Aller se balader de nuit accompagné semble-t-il de rafales (vendus par la France) aux Emirats dans les eaux territoriales de l’Iran, viser plus ou moins quelques cibles appelait une riposte et un engagement celui-ci n’a pas tardé et a obligé au retrait. Mais on pouvait tout aussi bien en déduire qu’il s’agissait de repérage profitant de l’avantage des équipements nocturnes, un prélude à une attaque rupture de toute négociation. Si tel était le cas, il est évident que cela ne s’arrêterait pas là. Et même sans imaginer un conflit mondial, comme nous l’analysons par ailleurs, les méfaits accomplis à Ormuz devraient être complétés ailleurs par par exemple le détroit de Malacca et l’Indonésie… L’Afrique avec toujours macron en supplétif, la planète rien que pour la guerre économique…

Cette mise à feu est déjà entamée quant à ses conséquences économiques et l’image de l’accident de voiture au ralenti prend des allures de carambolage sur l’autoroute tel que l’avait imaginé Godard dans Week end. ce qui est sur c’est que l’opération de la nuit du 7 au 8 mai assortie des menaces de Zelenski (qui était lui aussi un des hôtes de la maison blanche) donne de « l’ampleur » à l’incident (une petite tape à dit Trump).

Il ne s’agissait plus de parades visant à « déboucher » Ormuz accompagné ou non de délirants comme Macron ou Stamer, vu leur niveau d’impopularité et le crétinisme pourtant de leur opposition ils peuvent faire n’importe quoi.

Alors si nous avons un conseil à donner à Trump et autres Macron, profitez d’avoir réussi à établir le consensus imbécile qui domine en occident à savoir que vous êtes invincibles pour déclarer que vous êtes victorieux et acceptez très vite les propositions de l’Iran à savoir un véritable cessez le feu avec le retrait de toute cette armada. Une négociation qui retournera à la situation avant cette intervention imbécile. Alors commenceront des négociations qui pourront durer des années à travers lesquelles seront définis les bases d’un nouveau droit international y compris maritime.

Danielle Bleitrach

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