La crise du néolibéralisme n’est pas conjoncturelle, mais organique au sens gramscien du terme : le capital ne peut offrir ni stabilité, ni emploi décent, ni soins, ni avenir écologique. Mais j’ajouterai à cette remarque fort pertinente qu’il peut tenter de survivre avec un maximum de dégâts en divisant et en isolant ceux qui ont intérêt à le voir céder place…Ce texte est un petit rappel des « classiques » politiques et c’est son mérite; Sa lacune est qu’il n’est qu’un rappel. Nous sommes dans une crise révolutionnaire mais en ce qui concerne la vieille Europe il n’y a pas le moindre signe de situation révolutionnaire et en France nous sommes bien dans la situation des isolats et du sac de pomme de terre dont parlait Marx qui est la base de tous les bonapartismes qu’ils soient de droite ou de fausse radicalité. (note et traduction de danielle Bleitrach)
Auteur : Raúl Antonio Capote | internacionales@granma.cu
30 avril 2026 07:04:54

Depuis les années 1980, le capitalisme mondial a consolidé un « bloc historique » sous l’hégémonie néolibérale : mondialisation des marchés, déréglementation financière, affaiblissement des syndicats…
Malgré ses promesses de développement et d’accroissement des richesses, le néolibéralisme a engendré plusieurs tendances qui ont conduit à son propre épuisement : une crise de la représentation au sein des partis traditionnels, une augmentation des inégalités et la précarisation de larges pans de la population.
Dans cet ordre des choses, le système a déplacé le profit de la production vers la spéculation, ce qui a engendré des crises de plus en plus violentes.
Ainsi, le capitalisme néolibéral non seulement n’a pas réussi à se stabiliser, mais a également transféré la richesse des travailleurs aux rentiers, les réformes du travail ont assoupli les conditions de licenciement, les syndicats ont été affaiblis et une masse de travailleurs précaires a été créée.
Les entreprises transnationales ont divisé le monde en zones d’exploitation maximale. Mais cette phase est entrée en crise lorsque la suraccumulation financière n’a plus pu être maintenue sans des renflouements massifs de l’État (2008). Comme l’aurait dit Lénine : le capitalisme a épuisé ses capacités d’expansion géographique ; désormais, il ne fait que se dévorer lui-même.
La délocalisation de la production vers la Chine, le Mexique ou l’Asie du Sud-Est a multiplié l’offre mondiale de main-d’œuvre, mais le chômage structurel a été réaffirmé comme une caractéristique fonctionnelle.
Le néolibéralisme a accentué l’exploitation irrationnelle de la nature : la privatisation de l’eau, l’agro-industrie transgénique, l’exploitation minière à ciel ouvert et les accords de « libre-échange » qui annulent les réglementations environnementales.
Ils ont réduit les services publics, les garderies, les soins aux personnes âgées et les soins de santé, tandis que la privatisation de l’eau, de l’électricité, des chemins de fer et du courrier dans les années 80 et 90 a entraîné une hausse des tarifs, une baisse de la qualité et de la corruption.
Pour sauver le système financier en 2008, les États ont endetté les générations futures en imposant des politiques d’austérité non pas financées par les banques, mais par les travailleurs ; les pays dits « périphériques » ont été soumis au Fonds monétaire international (FMI) et aux fonds vautours.
Ces éléments montrent que la crise du néolibéralisme n’est pas conjoncturelle, mais organique au sens gramscien du terme. Le capital ne peut offrir ni stabilité, ni travail décent, ni soins, ni avenir écologique.
Ainsi, la précarité a touché même des secteurs auparavant privilégiés de techniciens et d’ingénieurs, et une partie de la classe ouvrière, frappée par la situation, a eu tendance à adopter des positions d’extrême droite.
Comme l’a souligné Lénine, il ne s’agit pas d’une véritable « radicalisation », mais du reflet désespéré de couches sociales qui perdent leurs privilèges relatifs sans acquérir une conscience de classe internationaliste.
LES OMBRES DE L’INTERREGNUM
Le « vieux monde » meurt à chaque nouvelle crise, mais le « nouveau » reste à naître, et dans cette zone d’ombre, des monstres émergent, canalisant la peur et la rage vers des solutions régressives. Comprendre toutes les composantes de la crise est la condition préalable à l’élaboration d’une voie socialiste de sortie, au début de la construction de l’avenir communiste.
Le néolibéralisme de l’après-guerre froide rêvait d’un capitalisme mondial sous l’hégémonie américaine ; il n’avait pas prévu la montée en puissance de la Chine comme puissance économique et militaire, qui remet en cause la domination technologique et la dictature du dollar.
La guerre commerciale et technologique entre les États-Unis et la Chine, la politique de sanctions, le réarmement européen, la guerre de l’OTAN et de l’Ukraine contre la Russie, l’agression contre l’Iran par l’entité sioniste israélienne et les États-Unis, sont autant de reflets de ce que Lénine a souligné à maintes reprises : le partage inégal du monde engendre des guerres impérialistes périodiques.
Pour Lénine, ces contradictions indiquent que le système ne peut plus être géré par consensus : la guerre devient un instrument ordinaire de reconfiguration de la domination.
Ainsi, l’illustre dirigeant de la Révolution bolchevique analysait comment la bourgeoisie, lorsque sa domination est menacée par la lutte des classes, recourt à des méthodes ouvertement dictatoriales et démagogiques.
Les réponses ont été, sont et seront le bonapartisme et le fascisme, la dissolution des canaux démocratiques bourgeois traditionnels, le recours à un discours anti-élites pour séduire la petite bourgeoisie et les classes populaires déclassées, tout en imposant des ajustements anti-populaires et en préparant le terrain à une répression plus ouverte des mouvements populaires.
Marx décrivait le bonapartisme comme un pouvoir exécutif qui se situe au-dessus des classes combattantes, équilibrant leurs forces au service du capital.
Le « leader » se présente comme « le défenseur des travailleurs » contre les élites, mais il gouverne en réalité pour les plus riches, transformant la crise organique en bouc émissaire : les coupables ne sont ni le capital ni le système, mais les immigrés, les Chinois ou les « mondialistes ».
Ainsi, elle déplace la lutte des classes sur le terrain ethno-nationaliste. C’est une forme de ce que Gramsci appellerait une « révolution passive » : elle intègre des revendications, mais les vide de leur contenu anticapitaliste, les réorientant vers la haine de l’autre.
Les nouveaux leaders anti-élites s’appuient principalement sur les petits entrepreneurs et les propriétaires ruraux – qui voient leur position menacée par les grandes chaînes et la concurrence mondiale –, les travailleurs des industries en déclin – qui ont perdu leur organisation syndicale et leur conscience de classe –, et les classes moyennes appauvries – qui craignent de tomber dans le prolétariat.
Ils leur proposent à tous un « capitalisme à visage national », sans remettre en question la propriété privée ni l’exploitation, mais en les mettant au service de « notre peuple ».
Contrairement au keynésianisme ou à la social-démocratie, le marxisme-léninisme soutient que la crise du néolibéralisme est fatale pour le capitalisme dans son ensemble, et non pas seulement pour une de ses variantes.
Face aux monstres, la tentation réformiste est de réclamer un « retour à la normale » – une tentation forte. Pourquoi fomenter le chaos ? Mieux vaut attendre que la crise engendre d’elle-même une conscience révolutionnaire.
Pendant ce temps, la bourgeoisie continuera d’offrir monstres, guerres et barbarie. La tâche des communistes est de transformer la souffrance des masses en conscience révolutionnaire, en exploitant chaque faille du système pour progresser vers la seule alternative : le socialisme.
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