Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Michel Hudson: il nous faut un débat sur le coût de la guerre contre l’Iran, les armes ou le beurre?

1er mai 2026

ce qui nous donne confiance dans le projet que nous tentons de mettre en oeuvre autour d’une expérience qui est celle de ce blog et de la publication de deux livres autour du socialisme et du multipolaire en France c’est qu’il est en gestation partout et y compris chez les militants que nous avons rencontrés à Narbonne ce week end: partir des problèmes concrets et des défis meurtriers pour imposer d’abord la paix comme cela a su être fait dans d’autres circonstances comme la guerre d’Algérie, la guerre du Voietnam, la montée du fascisme pour chercher une véritable unité d’intérêts économiques, environnementaux, culturels, de santé, d’éducation etc.. et pas des « combats » de chefs dans lesquels la démagogie ne convainc plus personne. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Michael Hudson

FacebookGazouillementRedditCiel bleuE-mail

Source de la photographie : Armée de l’air américaine – Domaine public

Il nous faut un débat sur les coûts de la guerre contre l’Iran, un débat comparable à celui sur les armes et le beurre.

Il y a soixante ans, l’opposition à la guerre américaine au Vietnam s’est notamment attaquée au coût du détournement des ressources américaines des dépenses sociales vers le secteur militaire, un phénomène appelé « Guns and Butter » (armes et beurre).

J’étais le membre le plus jeune du triumvirat de l’Université Columbia dirigé par Seymour Melman et Terence McCarthy. Nous donnions de nombreuses conférences et publiions dans des revues comme Ramparts et des journaux. Le New York Tribune existait encore comme alternative au New York Times et publiait régulièrement nos critiques dans ses interviews et ses éditoriaux.

C’était le milieu des années 60, quelle époque ! Le mouvement anti-guerre avait suffisamment d’élan pour faire tomber Robert McNamara et Lyndon Johnson en 1968 !

Hélas, cette époque semble bien révolue. Il y a peu d’espoir qu’un changement de parti au pouvoir puisse changer grand-chose. Ni l’un ni l’autre ne ressentent de fortes pressions pour mettre fin à la stratégie de guerre à long terme contre la Russie, la Chine et l’Iran.

Je n’ai vu aucune critique médiatique, par exemple, concernant la déclaration du secrétaire au Trésor, Kevin Bessent, devant le Congrès le mardi 28 avril, selon laquelle la guerre menée par les États-Unis en Iran a coûté jusqu’à présent 25 milliards de dollars. Certains critiques ont fait remarquer que ce chiffre paraît important. Or, il ne représente que l’équivalent de 50 ou 60 salles de bal de la Maison-Blanche, comme l’a proposé Donald Trump. Ce montant est dérisoire comparé au budget militaire américain de 1 500 milliards de dollars. Il s’agit d’un chiffre trompeusement faible, destiné à détourner l’attention du coût réel de la guerre menée par les États-Unis en Iran.

La guerre en Irak, par exemple, aurait coûté 3 000 milliards de dollars selon Joe Stiglitz en 2008. Son estimation tenait compte du fait que ce conflit était responsable de la majeure partie du déficit budgétaire américain, financé par des titres à taux d’intérêt croissants. Elle prenait également en compte les dépenses engagées par l’Administration des anciens combattants pour les soins des soldats américains blessés et les indemnisations versées aux familles des soldats tués au combat.

Au lieu de prendre en compte ces coûts à long terme, le plan de 25 milliards de dollars du secrétaire Bessent ne mentionne que les dépenses immédiates liées à la guerre contre l’Iran. Il ne propose aucun calcul du coût réel du remplacement de l’énorme stock de missiles, d’avions, de canons et autres armements américains utilisés lors des guerres menées par les États-Unis contre la Russie en Ukraine et contre l’Iran.

Où est le débat public actuel sur le coût que l’économie américaine devra débourser pour reconstruire un complexe militaro-industriel encore plus vaste afin de reconstituer les stocks de missiles épuisés par Trump ? Je doute fort qu’il y ait une réelle volonté de financer ce complexe militaro-industriel avec des armes qui se sont révélées inefficaces sur le terrain. Mais il est indéniable que de nouvelles recherches devront être menées sur le type d’armes capables de contrer la guerre annoncée contre la Chine dans quelques années. Les matières premières et la main-d’œuvre nécessaires à la fabrication de ces nouveaux armements seront désormais bien plus onéreuses. Ces coûts seront intégrés au PIB américain, mais ne constitueront pas une production « réelle » pour l’économie dans son ensemble.

Le militarisme keynésien est devenu un fardeau pour l’économie, loin d’être un moyen d’accroître la production industrielle et la prospérité, comme on le prétendait dans les années 1960. Combien l’économie américaine devra-t-elle encore payer pour l’énergie, compte tenu des prix exorbitants engendrés par la fermeture du détroit d’Ormuz décidée par Trump ? Quel sera le coût annuel de ce déficit de 1 500 milliards de dollars, à un taux d’intérêt de 4 % ? On estime ce coût à 60 milliards de dollars par an, année après année. Et ce, rien que pour le budget militaire de cette année.

Ce coût se chiffre en milliers de milliards de dollars pour l’économie mondiale, qui s’enfonce dans ce qui menace de devenir une grave dépression. Les dégâts devraient inclure le coût des faillites, des insolvabilités, l’effondrement des cours des actions et des obligations américaines, ainsi que la destruction des importations étrangères en provenance des États-Unis, à l’exception du pétrole et du GNL.

Si l’on veut mobiliser les électeurs, les politiciens et leurs donateurs issus du monde des affaires pour mettre fin à ces dépenses de guerre, il nous faut un nouveau débat comparable à celui qui avait suscité une telle opposition publique dans les années 1960. Comme je l’ai dit, c’était le bon vieux temps !

Les ouvrages de Michael Hudson , Killing the Host , The Collapse of Antiquity et The Destiny of Civilization, sont publiés par CounterPunch Books.

Views: 32

Suite de l'article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

La modération des commentaires est activée. Votre commentaire peut prendre un certain temps avant d’apparaître.