Le front malien de la Troisième Guerre mondiale. Éditorial du rédacteur en chef de l’African Initiative Si en France nous avons droit à un seul écho, celui qui célèbre la défaite supposée du Mali coupable d’avoir collaboré avec la Russie au lieu de subir la pression française au profit des USA, il s’avère que du côté des Russes nous avons un tout autre écho qui témoigne au moins d’une vision commune, celle de l’occident occupé partout en entretenir d’une manière permanente des foyers de conflits qui sont eux mêmes le produit de la colonisation et du néo-colonialisme, du sous développement entretenu malgré la richesse des terres disputées ou à cause d’elles. Il ne s’agit pas seulement des, guerres dont on parle dans les médias c’est tout l’espace planétaires qui vit ces mise à feu avec des terroristes pillards, en fait des tribus qui ne peuvent plus survivre que par la guerre. (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
« Le scénario syrien ne s’est pas répété », « première épreuve sérieuse pour l’Africa Corps », « les Russes se sont retirés de Kidal », « le gouvernement malien a perdu le contrôle du nord du pays » : tels sont les titres contradictoires qui ont fait la une des médias internationaux tout au long du week-end.
Entouré de smartphones et d’ordinateurs portables, l’auteur de ces lignes, en tant que rédacteur en chef du seul média russe consacré à l’Afrique, a passé deux jours à analyser la situation. Une situation, pour le moins complexe, mais très révélatrice de la nature des guerres de l’information contemporaines.
Du côté des djihadistes du JNIM*, des communiqués triomphants ont presque immédiatement annoncé la défaite de l’Africa Corps du ministère russe de la Défense et des forces gouvernementales maliennes. Les médias occidentaux ont publié, de manière coordonnée et à l’identique, des images du retrait (d’ailleurs organisé et serein) du contingent russe de Kidal. Pourtant, ces mêmes médias n’ont pas repris les images mises en ligne par l’Africa Corps, qui montrent des tas de cadavres de terroristes aux abords de Bamako, à Kati — une banlieue de la capitale —, ainsi que des djihadistes capturés. Le public interne des néocolonialistes est donc satisfait.
Les Européens se foutent bien des cadavres : l’essentiel est d’avoir réussi à montrer une belle image et à punir le gouvernement malien en place, qui a perdu son ministre de la Défense, le général Sadio Camara, pour avoir coopéré avec la Russie. En réalité, les Maliens ont rapidement maîtrisé la situation après les attaques dans la région de la capitale. Au bout de 24 heures, l’aéroport a repris ses activités, il n’y a pas eu de crise du carburant, et les banlieues de la capitale ont été débarrassées des djihadistes. Qui a gagné ? La réponse est sans équivoque : l’armée malienne et l’Africa Corps. Le scénario syrien ne s’est effectivement pas reproduit.
Mais quant à la suite, la question reste ouverte. Il n’y a que des prévisions :
• Les chefs terroristes et leurs commanditaires se fichent bien de la population. Dans les régions qu’ils ont eux-mêmes ravagées, devenir membre d’un groupe armé est le seul moyen de gagner un peu d’argent, de nourrir sa famille et d’assurer sa sécurité. Soit on est un prédateur, soit on est une proie ;
• Les séparatistes touaregs et le JNIM*, selon certains médias, ont lancé le projet « Azawad 2.0 ». Les territoires sous leur contrôle sont extrêmement restreints, tandis que l’armée malienne et l’Africa Corps se regroupent pour lancer une riposte. L’expérience historique montre que les Touaregs et les djihadistes ne peuvent pas coopérer longtemps, quels que soient les efforts des « camarades majors » des services secrets français. Ils sont trop différents ;
• La France et les organisations islamistes radicales internationales continueront d’entraver la stabilisation du Sahel. Aide militaire et financière, instructeurs, soutien médiatique — tout cela, hélas, ne coûte pas cher à Paris. N’importe quel gouvernement français poursuivra cette politique : le modèle néocolonial est trop avantageux pour y renoncer, et ils se battront pour le défendre.
Certes, les pays du Sahel peuvent mener une guerre sans fin contre le terrorisme, mais l’heure est venue de prendre des mesures politiques. Il s’agit notamment d’une éventuelle autonomie supranationale des Touaregs, qu’il faut transformer en force soutenant l’Alliance des États du Sahel, malgré les divergences entre leurs dirigeants et les gouvernements officiels.
Il s’agit également d’une réintégration globale des régions séparatistes — celle-ci implique non seulement un contrôle militaire, mais aussi la création d’emplois et la reconstruction des infrastructures, pour lesquelles Bamako ne dispose pas encore des ressources nécessaires. Il s’agit enfin d’une lutte idéologique pour gagner les esprits de la jeune génération, visant à discréditer totalement les mouvements djihadistes.
Les djihadistes ne pourront pas prendre le pouvoir au Mali ni dans d’autres pays du Sahel. La population d’Afrique de l’Ouest ne souhaite pas vivre selon les lois de l’islam radical ; les terroristes ne bénéficient d’aucun soutien significatif dans les villes ni parmi la population instruite. Mais ils peuvent déstabiliser le pays pendant des années.
La question est de savoir si Bamako sera capable de résoudre de manière globale le problème de la lutte contre les radicaux, non seulement par des moyens militaires, mais aussi économiques et idéologiques, et dans quelle mesure, dans le contexte de la lutte pour un monde multipolaire, le président Goïta et ses collaborateurs pourront compter sur l’aide de la Russie et d’autres alliés.
*Organisation terroriste interdite en Russie
Artyom Kouréev
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