La menace de Trump de détruire la civilisation iranienne montre à quel point l’Amérique a encore du chemin à parcourir pour mûrir. Ce qui est en train d’être perçu à travers le Zugzwang c’est quelque chose de l’ordre de « l’éternel retour » pour certains, le cycle de la vie sur les civilisations qui ne disparaissent jamais totalement pour d’autres, elles paraissent en ruine, en décadence définitive mais un nouveau cycle est là et il nous promet une richesse inouïe d’échange et d’apports. Cette vision des peuples du sud qui reviennent après des siècles d’oppression et de négation est la grande promesse du monde multipolaire. Ce n’est pas la destruction de l’occident qui est envisagé mais sa place au coeur des autres dans un respect mutuel des potentialités et la reconnaissance de leur apport à l’humanité. Ce qui est le sens de l’histoire comme sa place dans le monde, et dans les autres, la dialectique hégélienne. C’est ce qui est au coeur de la pensée de Marx et Engels dans le matérialisme historique et qui a déjà pu rejoindre d’autres courants de pensée au cours du XX e siècle avant que la contrerévolution des années soixante et dix à deux mille nous fassent croire à l’illusion de la « fin de l’histoire »(note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
par Michael Wong20 avril 2026

Lorsque le président américain Donald Trump a déclaré : « Une civilisation entière va mourir ce soir », il était loin de se douter de la portée de ses paroles. L’Iran, anciennement la Perse, possède une histoire qui remonte à au moins 7 000 ans et a apporté une contribution majeure au monde.
Parmi ces réalisations figurent le développement de l’agriculture et de l’irrigation, l’invention de l’algèbre par le mathématicien perse Khwarezm, le développement de l’architecture remontant à 5000 avant J.-C., ainsi que les banques, l’astronomie, les batteries, la poterie et la céramique, les textiles et de nombreuses autres inventions qui ont amélioré la vie de l’humanité.
Trump pourrait bombarder l’Iran, comme sa menace semble l’impliquer, s
Trump pourrait bombarder l’Iran, comme sa menace semble l’impliquer, sans pour autant effacer l’influence que la civilisation iranienne a déjà exercée sur le monde. Mais Trump semble totalement aveugle aux conséquences de ses actes. Il prétend vouloir « Rendre sa grandeur à l’Amérique ».
Mais qu’est-ce que la grandeur ? Ces 80 dernières années, les États-Unis ont mené d’innombrables guerres, s’enlisant ou s’inclinant face à la Chine et la Corée du Nord, le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan et, aujourd’hui, l’Iran. Qu’ont en commun ces six nations ?
Ce sont toutes des civilisations anciennes, millénaires. La Chine a cinq mille ans. La Corée a cinq mille ans. Le Vietnam a cinq mille ans. L’Irak a plus de six mille ans. L’Afghanistan a plus de deux mille ans. L’Iran a sept mille ans.
Chacun de ces pays, à l’instar de l’Iran, possède un palmarès impressionnant de réalisations qui ont contribué au monde. Une civilisation ne peut perdurer des millénaires sans porter en elle des aspects de grandeur. Une simple recherche Google permet à chacun de constater par lui-même la contribution de chaque nation au monde.
Mais cela va bien au-delà. Au cours des milliers d’années d’existence de chacune de ces nations, il y a eu des périodes de domination et des périodes de déclin, où certains auraient pu croire à leur disparition. Mais elles n’ont pas péri ; à chaque fois, elles ont réussi à se relever et à surmonter les épreuves. Et, peu à peu, elles ont commencé à percevoir les cycles de la vie.
Le temps s’écoule par cycles, les nations s’élèvent et s’effondrent, de grands empires émergent, tels que l’Empire romain ou plus tard l’Empire britannique, sur lequel le soleil ne se couchait jamais, et aujourd’hui l’Empire américain, le plus puissant de toute l’histoire de l’humanité si l’on considère sa puissance de feu brute. Puis, ces empires, en apparence si grands, finissent par s’étendre à l’excès, se corrompre et s’écrouler.
Leurs allées et venues pourraient durer quelques siècles, tout au plus. C’est insignifiant à l’échelle de milliers d’années. Nous autres Américains, nous sommes sur-étendus et avons pourri en moins de trois cents ans, soit moins longtemps que certaines dynasties chinoises.
Ces civilisations anciennes conçoivent le temps et la vie d’une manière très différente de la civilisation américaine. Elles envisagent le temps dans sa globalité. Elles perçoivent les cycles temporels. Elles savent collaborer avec le temps et la nature, plutôt que de s’y opposer. Elles font en sorte que la nature et ses cycles soient à leur service, et non l’inverse.
L’héritage de ces milliers d’années d’expériences vécues par une civilisation se transmet jusqu’au plus profond de chaque individu. Enfant, j’ai grandi à San Francisco, au sein d’une famille sino-américaine de troisième génération, et même sans parler chinois, cette culture m’a profondément marquée.
Enfant dans les années 1950, alors que les films et la télévision montraient des acteurs blancs grimés en Asiatiques parlant un anglais absurde et se comportant comme des idiots en prétendant être chinois, et que d’autres enfants nous lançaient des insultes racistes auxquelles nous répondions, aucun d’entre nous ne s’est jamais senti intimidé ni même inférieur aux Blancs.
Nos parents nous ont appris que nous descendions d’une civilisation ancienne qui avait connu pire et triomphé, et que les Blancs, en comparaison, n’y connaissaient rien. Leurs railleries et leur racisme ne faisaient que renforcer l’idée de leur ignorance. En réalité, cela renforçait notre estime de soi. Nous savions que nous avions une histoire glorieuse et que l’Amérique et l’Occident n’étaient que des civilisations arrivées trop tard.
Nos parents ont tout sacrifié pour nous et nous ont appris que pour réussir, il fallait travailler deux ou trois fois plus que les Blancs, et nous étions convaincus d’en être capables. En une génération, nous, Américains d’origine chinoise, sommes passés de la classe la plus défavorisée à la classe moyenne. Durant cette même génération, la Chine est passée du statut de l’un des pays les plus pauvres du monde à celui de puissance économique dont l’économie égale, voire surpasse selon certains indicateurs, celle des États-Unis.
Cela tenait à la stratégie, à la tactique et à la technologie, certes. Mais surtout, cela tenait à une compréhension bien plus profonde de la réalité, de la vie, du fonctionnement réel des choses et de ce qui compte vraiment à long terme.
Mais ce n’est qu’un début. Jusqu’à présent, je n’ai cité que six civilisations anciennes : la Chine, la Corée, le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan et l’Iran. Il existe bien d’autres civilisations anciennes à travers le monde. On pourrait penser, bien sûr, à des pays comme l’Inde. Mais il faut élargir encore notre perspective.
L’Afrique, et plus particulièrement l’Afrique subsaharienne, est un continent souvent négligé. Les nations occidentales ont souvent dépeint l’Afrique subsaharienne comme un lieu peuplé de tribus sauvages, pauvres et arriérées. L’Occident a soit oublié, soit ignoré que certaines des plus grandes civilisations antiques de la Terre se trouvaient en Afrique subsaharienne. Nubie, Méroé, Grand Zimbabwe, Bénin : autant de noms anciens qui résonnent encore dans l’histoire, mais que l’Occident a oubliés.
Quelle grandeur ! Il y a des milliers d’années, alors que les Anglo-Saxons d’Europe du Nord étaient encore des barbares vêtus de fourrures et dépourvus d’écriture, ces civilisations commerçaient avec la Chine et l’Inde le long des anciennes routes de la soie qui ont précédé les futures routes de la soie vers l’Europe.
L’Afrique noire abritait les plus grandes civilisations de l’époque, rivalisant avec celles de la Chine, de l’Inde, de l’Égypte antique et d’autres encore. Certaines de ces civilisations subsistent aujourd’hui et commercent à nouveau avec la Chine et le reste du monde, tout en acquérant des technologies modernes.
N’oubliez jamais qu’eux aussi portent la grandeur dans leur ADN. Je suis absolument convaincu que dans 50 ans, l’Afrique noire connaîtra le même essor que la Chine. Ce processus est déjà en marche. De nombreux défis restent à relever, notamment des conflits internes, mais souvenez-vous de l’essentiel : eux aussi portent la grandeur dans leur ADN. Si l’Occident est ébranlé par la montée en puissance de la Chine, attendez de voir l’Afrique noire s’élever. La Chine n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Comparée à tout cela, la culture américaine est encore jeune et a un long chemin à parcourir. Mais tout n’est pas perdu. Les civilisations peuvent évoluer. Après tout, d’autres civilisations l’ont fait. Elles ne sont pas parfaites ; elles sont humaines, elles aussi, mais elles ont survécu et prospéré.
Que doit faire l’Amérique ? Avant tout, il faut reconnaître qu’être « numéro un » n’a aucune valeur à long terme. Personne ne le reste longtemps. Ce qui compte vraiment, c’est de vivre longtemps et de prospérer. Comment les nations antiques y sont-elles parvenues ? Certainement pas en conquérant le monde : une telle stratégie est vouée à l’échec et s’apparente à une roulette russe nationale.
Chacun s’est plutôt taillé une place dans le monde, une place qui lui convenait. Ils ont ensuite sécurisé leurs frontières et commercé avec le reste du monde. Il leur arrivait de se battre avec leurs voisins, mais ils ne cherchaient pas à conquérir le monde, ni à faire de la guerre leur activité principale. Ils géraient leurs affaires intérieures et commerçaient avec les autres peuples.
Un pays normal est durable ; un immense empire ne l’est pas. Ils pensaient à long terme, anticipant les conséquences logiques de leurs actions. Ils ont commis des erreurs, mais ils en ont tiré des leçons. Ils ont travaillé avec la nature – tant la nature humaine que le monde naturel – de manière respectueuse de l’environnement.
La Chine est aujourd’hui un leader mondial dans les domaines des voitures électriques, des énergies renouvelables, de la reforestation des déserts et autres technologies environnementales, et elle diffuse ces technologies dans le reste des pays du Sud. L’Amérique peut en faire autant. Nous sommes un grand pays doté d’abondantes ressources naturelles, de technologies de pointe, d’une main-d’œuvre qualifiée et de frontières faciles à défendre.
Si l’Amérique coopérait avec le reste du monde au lieu de chercher à le conquérir, et privilégiait le commerce à l’invasion, elle pourrait résoudre ses problèmes internes, devenir écologiquement durable et prospérer durablement. L’Amérique en a les moyens matériels, mais en a-t-elle la volonté politique ?
Michael Wong est un ancien vice-président national de Veterans For Peace et siège actuellement à son conseil d’administration national. Il est cofondateur de Pivot To Peace et coprésident du groupe de travail Chine de Veterans For Peace .
Ses écrits ont été publiés dans les anthologies « Veterans of War, Veterans of Peace », sous la direction de Maxine Hong Kingston, « A Matter of Conscience », de William Short et Willa Seidenberg, et « Waging Peace in Vietnam », sous la direction de Ron Carver, David Cortright et Barbara Doherty. Il apparaît également dans le documentaire « Sir! No Sir! », consacré au mouvement pacifiste des GI durant la guerre du Vietnam. Il est travailleur social retraité et titulaire d’une maîtrise en travail social.
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