Histoire et société

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L’Amérique face à l’ère soviétique : pourquoi Trump ressemble à Eltsine et la nature du zugzwang de l’hegemon

États-Unis

Alors que la richesse se concentre et que les salaires stagnent, le système américain est confronté à une crise de légitimité qui rappelle les dernières années de l’effondrement de l’Union soviétique dit l’article dont le constat reste de surface. Le diagnostic commence à être évident pour les observateurs qui il y a peu ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir la réalité d’un système avec pareil leader, alors que quand il y a à peine un an nous avons montré que Trump n’était que le syndic de faillite, pas la cause, l’incarnation de la fin d’un monde celui de l’hégémon occidental. Mais ce qui est loin d’être mesuré est ce que je désigne comme le Zugzwang avec tous les coups perdants, celui du dernier « événement » le coup de poker à l’intérieur de négociations est une illustration. Mais là en faisant le parallèle entre Eltsine finissant de brader l’URSS dans le sillage de Gorbartchev et de l’eurocommunisme en Europe et Trump, deux fantoches crépusculaires, nous interroge sur l’état dans lequel sortent les adversaires de ce bras de fer d’une catastrophe imminente d’un système qui s’accroche et entraîne dans sa spirale adversaires et alliés. Après avoir les avoir enfoncés et quand l’occident dans un spasme a détruit l’adversaire « socialisme » on a cru à la fin de l’histoire puisqu’il n’y avait plus d’alternatice à l’hyperlibéaralisme mais le répit a été de courte durée pour le pseudo vainqueur convoqué à l’absence de solution qui ne soit pas une accélération de sa chute. Nouveau rendez vous avec le monde multipolaire avec le leadership de la Chine socialiste: la décomposition dans le fracas des armes, la misère, la mort sont au rendez-vous en tentant d’y entrainer la Chine. La question est de savoir jusqu’où ce système capitaliste derrière son symbole erratique va-t-il entraîner alliés et adversaires, les nations, l’espèce humaine?

par Jan Krikke10 avril 2026

Donald Trump est peut-être davantage une figure de transition qu’une figure transformatrice en Amérique. Image : Capture d’écran X

Le président américain Donald Trump est-il plus proche de Boris Eltsine ou de Vladimir Poutine ? La question porte moins sur la personnalité que sur la fonction historique : quel type de dirigeant émerge lorsqu’un système commence à perdre son équilibre interne ?

Pendant une grande partie du XXe siècle, le monde a été défini par un clivage idéologique. Les États-Unis et l’Union soviétique n’étaient pas simplement des puissances rivales ; ils incarnaient des réponses opposées à une même question : comment une société moderne doit-elle organiser son économie et sa population ?

D’un côté se dressait le capitalisme : décentralisé, régi par le marché et adaptable. De l’autre, le communisme : centralisé, planifié et dirigé par l’État. Chacun prétendait corriger les excès de l’autre. Chacun, en fin de compte, révélait ses propres contradictions.

L’Union soviétique ne s’est pas effondrée par manque de puissance. À son apogée, elle disposait d’immenses ressources naturelles, d’une base industrielle formidable et d’une des armées les plus puissantes du monde. Son effondrement est dû à des failles structurelles inhérentes à sa conception même.

En marginalisant le commerçant (moteur entrepreneurial des échanges et de l’innovation), le système soviétique a supprimé les incitations qui soutiennent la vitalité économique. La production s’est rigidifiée, l’allocation des ressources est devenue politique et les pénuries ont côtoyé le gaspillage.

Avec le temps, l’échec le plus profond fut d’ordre psychologique : les citoyens ne croyaient plus que le système fonctionnait pour eux. Lorsque la réforme est finalement intervenue, il était trop tard. Le système était devenu trop rigide pour s’adapter.

Un déséquilibre inversé

Les États-Unis sont aujourd’hui confrontés à un défi différent, mais structurellement comparable.

Là où le système soviétique marginalisait le commerçant, le système américain marginalise de plus en plus le travailleur, le salarié qui est le pilier de l’économie matérielle. Depuis la fin du XXe siècle, la mondialisation, la délocalisation et la financiarisation ont profondément transformé l’économie américaine. Les capitaux sont devenus extrêmement mobiles ; la main-d’œuvre, elle, ne l’est pas. La production manufacturière s’est délocalisée, tandis que le secteur financier a considérablement étendu son envergure et son influence.

Il n’en résulte pas un effondrement économique, mais un déséquilibre structurel. Les États-Unis continuent de générer une richesse considérable, mais celle-ci est de plus en plus concentrée. Le lien entre productivité et salaires s’est affaibli. Pour de nombreux Américains, la croissance économique ne se traduit plus par une amélioration du niveau de vie.

Les données de la Réserve fédérale confirment cette évolution. Les 1 % des ménages les plus riches contrôlent désormais environ un tiers du patrimoine total des États-Unis, un niveau jamais atteint depuis des décennies. Sous la présidence de Donald Trump, les inégalités de richesse ont continué de se creuser, les 1 % les plus riches détenant 31,7 % du patrimoine total des ménages, soit la part la plus élevée jamais enregistrée. Parallèlement, la croissance des salaires a stagné pour une grande partie de la population, tandis que l’insécurité économique demeure généralisée.

Il ne s’agit pas simplement d’un déséquilibre économique. C’est un problème de légitimité. Comme à la fin de la période soviétique, l’enjeu n’est pas seulement matériel, mais aussi psychologique.

Les sondages confirment cette érosion de la confiance : environ 60 % des Américains estiment que le pays prend une mauvaise direction, tandis qu’en Russie – malgré la guerre et les sanctions – près de 61 % pensent encore que leur pays est sur la bonne voie. Une part croissante d’Américains ne croit plus que le système fonctionne dans leur intérêt.

Les dirigeants comme symptômes, et non comme causes

Les personnalités politiques émergent souvent non pas comme des architectes du changement systémique, mais comme l’expression de tensions sous-jacentes.

En Union soviétique, Boris Eltsine est arrivé au pouvoir à un moment où le système avait déjà perdu toute cohérence. Il n’a pas créé la crise ; il l’a incarnée. Son mandat a accéléré l’effondrement de l’ancien ordre, mais il a aussi déclenché une transition chaotique.

Les actifs de l’État ont été privatisés rapidement, souvent à un prix dérisoire, donnant naissance à une classe oligarchique. Pour de nombreux Russes, les années 1990 n’ont pas été synonymes de libération, mais de bouleversement.

L’arrivée au pouvoir de Poutine a marqué une nouvelle étape. Il a réaffirmé l’autorité de l’État, recentralisé le pouvoir et rétabli une certaine stabilité. L’économie russe s’est redressée, le chômage a reculé et l’État a repris le contrôle des secteurs stratégiques. Quelles que soient les conséquences à long terme de ce modèle, il a permis de répondre à la crise immédiate de l’effondrement systémique.

Le parcours politique de Trump s’inscrit dans un contexte différent, mais dans une période structurelle comparable. Son soutien provient de manière disproportionnée de groupes se sentant économiquement et culturellement marginalisés. Sa rhétorique remet en cause les accords commerciaux, les alliances et les structures de gouvernance intérieure que beaucoup perçoivent comme distantes ou insensibles aux réalités du terrain.

La comparaison ne porte pas sur l’équivalence, mais sur la chronologie. Trump ressemble moins à un aboutissement stable qu’à une figure de transition, plus proche de Eltsine que de Poutine. Il est le genre de dirigeant qui émerge lorsqu’un système commence à transgresser ses propres règles.

Le coussin du pétrodollar

Pendant des décennies, les États-Unis ont été protégés des conséquences de leurs déséquilibres internes par un avantage mondial unique : le rôle central du dollar.

Depuis les années 1970, le commerce mondial du pétrole s’effectue en grande partie en dollars américains, engendrant une demande soutenue d’actifs libellés en dollars. Aujourd’hui, le dollar représente encore environ 60 % des réserves mondiales de change, et les marchés financiers américains demeurent les plus profonds et les plus liquides au monde.

Ce système a permis aux États-Unis d’afficher des déficits budgétaires persistants tout en maintenant des coûts d’emprunt relativement bas. Il a servi de coussin financier, absorbant les pressions qui auraient pu, autrement, contraindre à des ajustements structurels plus précoces. Mais les coussins, comme les empires, ne sont pas éternels.

Ces dernières années, une évolution progressive s’est amorcée. La Chine a étendu l’utilisation du yuan dans les transactions énergétiques. La Russie a réduit sa dépendance au dollar suite aux sanctions. D’autres pays explorent des mécanismes de règlement alternatifs. Ces évolutions restent graduelles, mais elles témoignent d’un environnement monétaire mondial plus diversifié.

La réponse manquante

Pourtant, contrairement à Poutine, qui a ramené la dette russe à 20 % du PIB et rétabli la discipline budgétaire, Trump n’a proposé aucun plan sérieux pour réduire la dette nationale, qui approche désormais les 40 000 milliards de dollars et dont la part des paiements d’intérêts dans les dépenses fédérales est en constante augmentation.

Au lieu de s’attaquer à ce fardeau, Trump a insisté sur l’augmentation du budget de la défense, aggravant ainsi les difficultés budgétaires au moment même où les réserves de pétrodollars s’amenuisent. La combinaison d’une dette croissante, de dépenses militaires en hausse et d’une absence de réformes structurelles rend les États-Unis plus vulnérables à un choc financier qu’ils ne l’ont jamais été depuis la crise de 2008.

La polarisation politique complique davantage toute coordination politique durable à long terme, laissant le pays vulnérable si la demande mondiale d’actifs en dollars diminue plus rapidement que prévu.

L’enseignement de l’expérience soviétique n’est pas que les grandes puissances s’effondrent subitement, mais qu’elles s’affaiblissent lorsque leurs systèmes cessent d’être en accord avec leurs propres fondements.

L’analogie avec Eltsine, si elle se vérifie, a une conséquence inquiétante : les figures de transition ne résolvent pas les crises qu’elles incarnent. Elles préparent le terrain. La suite dépendra de la capacité de la succession à instaurer un véritable rééquilibrage – une prise en compte sérieuse du fossé entre capital et travail, entre croissance et prospérité partagée – ou simplement à réaffirmer avec force l’ordre établi.

L’exemple soviétique montre que les systèmes se réforment rarement de l’intérieur tant que le coût de l’inaction reste limité. Pour les États-Unis, ce seuil n’est pas encore atteint.

Mais le chemin à parcourir est plus court qu’il n’y paraissait. Ce rééquilibrage exigerait de rétablir une prospérité liée aux salaires et de stabiliser une trajectoire d’endettement qu’aucun des deux partis n’a encore sérieusement abordée.

La question n’est pas de savoir si l’Amérique devra rendre des comptes, mais si elle le reconnaîtra à temps pour pouvoir choisir ses propres conditions.

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1 Commentaire

  • Roger

    Ça sent la Grande Catastroïka Capitaliste Yankee !

    Répondre

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