Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Douce France : un peu de cinéma. Les rayons et les ombres

Publié le 27 mars 2026 par Boyer Jakline

  J’ai vu l’époustouflant film « les rayons et les ombres » de Xavier Giannoli. 

Que dire, sinon allez le voir. Déjà je vois qu’il suscite un débat parmi les historiens. Forcément. Ce fameux « éléphant dans la pièce » qui est très en vogue en ce moment à propos de tout et n’importe, soudain on ne voit plus que lui. La collaboration,  les collabos. Page sinistre de notre histoire. Ce film est conçu et voit le jour dans un nouveau moment sinistre de notre histoire. Sans doute moins sinistre que l’autre, disséqué là.  Mais tout de même…

La réécriture de l’histoire en cours où la victoire sur le nazisme dans la seconde guerre mondiale en est la première victime, voilà ce film qui lève un voile et quel voile.

J’ai pensé à  » la taupe de l’histoire » qui, loin de l’écume, creuse.

J’ai pensé à Francofonia. Vous lirez en suivant l’article que je lui ai consacré à sa sortie, décembre 2015.

Les deux films méritent votre attention avec un Otto Abets omniprésent dans les deux.

LES RAYONS ET LES OMBRES Bande Annonce (2026) Jean Dujardin, Nastya Golubeva

LES RAYONS ET LES OMBRES Bande Annonce (2026) Jean Dujardin, Nastya Golubeva, August Diehl © 2026 – Gaumont

La taupe de l’histoire creuse…

FRANCOFONIA, Le Louvre sous l’Occupation – bande-annonce VOST

Le dernier film du réalisateur russe Alexandre Sokourov, connu pour FAUST (2011) et L’ARCHE RUSSE (2002) sort en salles le 11 novembre 2015. Synopsis : 1940. Paris, ville occupée. Et si, dans le …

À visionner, d’une façon ou d’une autre.

Francofonia de Sokourov: méditation humaniste sur la guerre, la culture et le pouvoir. – 3/26.Yaroslavl l’hiver.

Regardant ce film, je ne pouvais me départir du sentiment que seul un russe pouvait rendre hommage à un musée, à son directeur, à son homologue allemand, Jacques Jaujard, directeur du Louvre, …

https://bordeaux-moscou.over-blog.com/2015/12/francofonia-de-sokourov-meditation-humaniste-sur-la-guerre-la-culture-et-le-pouvoir.html

L’article publié dans ce blog le 4 décembre 2015.

Publié dans Du grain à moudre

Note de danielle Bleitrach sur ce qu’est aujourd’hui comme en ce temps là être français…

Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli m’a laissé une impression plus mitigée qu’à Jakline Boyer alors que dans un article de ce blog j’avais salué illusions perdues du même Xavier Giannoli comme la réussite d’une réécriture cinématographique du roman de Balzac et de son actualité dans la description des milieux de la presse. Ce milieu de la presse est encore au centre des rayons et des ombres même si apparemment la référence est un poème de Victor Hugo. Balzac et la cruauté de cette machine à broyer les vertus qu’est un journal est là, cette fois le tendre Lucien de Rubempré est une jeune femme et la passion de Vautrin devient celle de son père joué par Dujardin, mais dans tous les cas c’est l’histoire d’une chair innocente et si belle broyée par l’Histoire à travers la presse comme dans illusions perdue, l’occupation, la grande Histoire celle dont Victor HUgo décrit les spasmes est la machine qui active la roue du destin et celle de l’imprimerie là où voit vaguement se jouer le sort des prolétaires entre conquête de droits sociaux et tracts clandestins.

A propos de l’Histoire, de la littérature, Il y a chez Xavier Giannoli et là jakline Boyer me semble avoir fait un rapprochement trés juste avec Sokourov une exigence culturelle, le cinéma comme art total. Giannoli refuse de se soumettre au « milieu » du cinéma, dont celui de la presse est un reflet. Sokourov avait fondé une école dans laquelle la préparation au métier du cinéma exige de connaître tous les arts, la philosophie. Ce sont des individus qui revendiquent la culture et de jouer leur vie dans chaque film à la manière de leur héros et héroine. Les trois acteurs principaux sont excellents en particulier la jeune femme qui elle aussi subit une « initiation » et visiblement Giannoli a été fasciné par les potentialités de cette jeune femme, par la manière dont elle attrape la lumière comme les divas de jadis. Il est comme Vautrin, la force brute qui tombe amoureux de sa créature et la perd en prétendant faire sortir d’elle toute la beauté et la jeunesse dont le spectacle se nourrit et comme le père indigne hurle « laissez là tranquille » alors qu’il l’entraîne vers l’inexorable. je suis innocente crie-t-elle … comme un leitmotiv…

Pourtant car il y a un mais… ce parti pris du film de demeurer dans la collaboration, de n’entrevoir et souvent de manière désagréable les résistants (comme les maquisards à la fin humiliant l’héroïne, une biche blessée), frise le lieu commun dans la période qui est la nôtre, alors que Giannoli se veut homme de rupture, donnant à réfléchir. Il n’échappe pas au conformisme qui depuis le chagrin et la pitié n’a cessé de dévaluer les révolutionnaires et la résistance, il ne sort pas des sentiers battus même si ce refus du manichéisme est présenté comme la grande nouveauté du film. Il y a là même jusque dans le détail une manière de se conformer à la doxa qui en devient irritante. Le metteur en scène juif qui retourne dans son Ukraine natale et revient après la guerre parle ukrainien et pas russe ce qui n’a à cette époque rien d’évident, il y a bien Stalingrad, mais en fait de russe il n’y a que les russes blancs se livrant au marché noir, comme sont effacés les communistes, les résistants ne sont jamais identifiés en tant que tels.

Le génie de Céline est reconnu et dans son délire imprécatoire c’est néanmoins le seul à rester rebelle. Drieu de la Rochelle est là mais Aragon n’aura jamais droit de cité, ce n’est pas demain la veille que l’on nous fera un film sur François la colère et d’autre résistants, donc rien de bien bouleversant dans ce parti pris.

La comparaison que Jakline fait avec francophonia de Sokourov tient à la présence dans les deux cas de Otto Abetz à qui on attribue le fait d’avoir refusé de bruler Paris et même dans le cas du film russe d’avoir sauvé les collections du Louvre. Sokourov est réactionnaire mais un très grand cinéaste et son film était infiniment plus dérangeant dans sa relation à l’histoire de l’occupation et de cet amour supposé pour la France de l’occupant qui dévore sa proie, la corrompt en prétendant la sauver. Il y eut jadis le silence de la mer , le roman de Vercors paru dans la clandestinité en 1941 et tourné par Melville à la liberation dans une semi clandestinité par rapport à ce qu’étaient les conditions de tournage et l’air du temps qu’il chahutait déjà. C’était aussi l’histoire de l’amour pour la France d’un occupant: un officier allemand est loge chez un vieux monsieur et sa nièce. Amoureux de la France et de sa culture, l’officier leur rend visite chaque soir pour les entretenir de ses diverses réflexions. Mais les deux français opposent a leur locataire un silence que rien ne parait pouvoir briser. . » C’était le même propos ambigüe de la part d’un cinéaste juif Melville sur un officier national socialiste et sa culture. Mais à la libération comme dans la littérature clandestine inspirée par les communistes la France restait silencieuse alors qu’il est devenu à la mode de la contrerévolution des années 1980 que l’on entende plus que les collaborateurs. Melville et sa fascination pour les samouraïs et héros suspects entamait un chemin qui aujourd’hui réhabilite Céline en s’interrogeant sur les états d’âme du collabo antisémite et en renvoyant aux bas fonds obscurs des rotatives une vague résistance…

Sokourov lui puisqu’il interpellait la France depuis Leningrad et son siège alors qu’il se revendiquait comme contre révolutionnaire, réactionnaire à la manière d’un Dugin, comme ce dernier restait au niveau de l’épopée, de ce que représente Victor Hugo en France. En fait il accusait les Français d’avoir incité les Russes à être des révolutionnaires, alors qu’eux en fin de course n’ont cessé de trahir la Russie, les Français qui se présentent en marianne révolutionnaire ont collaboré avec leurs « cousin germain » durant l’occupation ajoutait-il et ils s’en sont plutôt bien sortis alors que les Russes l’ont payé chèrement. La comparaison entre ce qu’il était advenu des chefs d’oeuvre du Louvres et ceux de l’Hermitage à Léningrad était le prétexte à cette démonstration. Et au centre il y avait l’entente entre Otto Abetz avec cette fois une entente de fait avec un grand commis de l’Etat chargé de veiller sur les chefs d’oeuvre du louvre. Là Tolstoï interpellait Victor Hugo et Aragon y aurait trouvé sa place même si Sokourov revendiquait un humanisme de la puissance de la terre russe bradée et exaltée par l’URSS dans la grande guerre patriotique, une interrogation sur la fascination du mal, le dernier Faust.

Le choix de rester dans le cadre de la presse, celui du réalisme balzacien, privilégié chez Giannoli (comme dans illusions perdues) nous ramène à Balzac, un mode réaliste de dépeindre a contrario de ses propres opinions en quoi un journal est un lieu de perdition, ceux qui investissent, les sources d’information, le compromis pour survivre est obligé d’aller jusqu’à la fin des illusions avec les jeux comptables et les frais personnels qui gonflent parce que l’on doit trouver ses informations dans les eaux croupies de ceux qui décident. Les scènes d’orgies dans lesquelles les héros père et fille crachent les poumons reviennent comme un leitmotiv pour décrire l’engrenage de la désinformation au service de ceux qui payent. C’est là le secret de l’incompréhensible déchéance du personnage joué avec une sobriété inhabituelle par Jean Dujardin,il faut que le journal paraisse, l’engrenage qui depuis Balzac à aujourd’hui broie les capacités intellectuelles, les idéaux, des collabos, là aussi le sordide est tout à fait actuel…

Actuel pourquoi le taire, ce film peut rentrer dans ce néo-vichysme qui s’est amplifié depuis le Chagrin et la pitié , voire Lucien Lacombe de Louis Malle: le néo-vichysme s’affirme comme dénonciation du vichysme, du pétainisme, mais en vient finalement à nier l’existence de la France résistante, c’est-à-dire qu’il donne finalement toute la France à Vichy. Son corollaire est la complaisance à ce qu’il advient de notre malheureux pays qui a bien mérité tout ce qui lui arrive y compris la soumission à l’UE et la vassalisation aux Etats-Unis, Macron et sa classe politique vu qu’il a toujours été collabo. C’est exactement ce que combattait Aragon et ce que j’évoque dans mon livre sur le Zugzwag, la France ce n’est pas cette complaisance. De ce point de vue le film fonctionne à rebours même chez ceux qui ont trahi, il y avait des ombres et lumières. On peut même dans un l’optimisme naturel qui est le mien considérer que ce film entame un retour vers le réalisme et l’Histoire et le fait à rebours comme l’ange de l’histoire de Walter Benjamin qui récupère les espérances trahies pour continuer sa marche…

Actuel alors le film de Giannoli l’est également dans son invite à mesurer comment dans les période de basculement historique comme la notre une vie se transforme en destin à coup de petites décisions. L’on ne peut s’empêcher au vu de l’actualité, de ces sordides élections municipales sur fond de guerre et de convulsion d’une hégémonie qui meurt, à ce que deviendront tous ces gens là auxquels semblent se résumer la France. J’irai jusqu’à m’interroger sur le devenir des épaves de la contrerévolution de la chute de l’URSS celle dont parlait à mots couverts Sokourov, cette gauche avec ses Jospin, Robert Hue, Gayssot, Dominque Voynet et tous les lambertistes accompagnant Mitterrand, Tapie et Montand proclamant « vive la crise » , les Glucksmann nouveaux philosophes, ont fait la fête sur les dépouilles de la Résistance, des torturés, jusqu’où ira leur dérive alors que l’Histoire la grande ressurgit ? C’est dans le fond une des questions qui me hante et que j’ai tenté de poser dans le Zugzwang que jakeline a su lire .

Danielle Bleitrach

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