Texte publié le 15 Mars sur le site espagnol OBSERVATORIO DE LA CRISIS
Traduction automatique relue et retouchée par Comaguer
Nous empruntons ce texte à COMAGUER qui l’a traduit dans une analyse plus large sur ce qui a été adopté au Venezuela dont nous ne partageons pas totalement son analyse et qui nous paraît souffrir d’un défaut de contextualisation qui existe dans le texte qu’il a traduit. Histoire et societe après avoir publié et étudié la conférence de presse président cubain Diaz Canal, ne peut qu’apprécier cette analyse pertinente de l’intelligence stratégique de cette île de la liberté. A l’inverse de ceux qui donnent à tous des leçons de révolution sait le prix du soutien de la Chine et de la Russie qui s’adresse à l’Amérique latine et à tous les peuples du sud qui cherchent la voie de leur propre liberté face à la soumission exigée de l’empire et même la France. Parce qu’il n’y a pas de liberté sans cet affrontement permanent pour l’arracher au prédateur des milliers de fois plus fort que vous et que vous tenez en respect par votre courage, votre humanité et votre pragmatisme qui n’oublie jamais le sens de ses efforts concrets et du positionnement national et internationaliste. (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
15 mars 2026 par obsadmin
Cuba démontre que les révolutionnaires n’ont pas peur du dialogue. Ils négocient lorsque les circonstances l’exigent, mais ils ne capitulent pas. La différence avec d’autres cas ne réside pas dans la table des négociations elle-même, mais dans ce qui se passe avant même qu’ils ne s’y asseyent.
José Carlos Vinasco, analyste cubain
Analyse dans un contexte latino-américain
Le 13 mars 2026, le président cubain Miguel Díaz-Canel s’est présenté devant les plus hauts dirigeants de l’île au siège du Comité central du Parti communiste, bénéficiant du soutien explicite de Raúl Castro, reconnu comme le leader historique de la Révolution. Il a confirmé ce qui avait jusqu’alors fait l’objet de spéculations : des responsables cubains et américains sont en pourparlers.
Il ne s’agit pas d’un geste anodin. C’est une décision collective, prise avec la plus grande rigueur institutionnelle, et non un caprice personnel. Elle intervient au moment le plus critique pour la région depuis des décennies : l’Iran bombardé, le Venezuela pillé et attaqué, Maduro kidnappé à Brooklyn, et l’empire proclamant depuis Miami le « Bouclier des Amériques » pour justifier une intervention militaire dans la région.
Ce que dit Díaz-Canel : clarté et conditions
Le président cubain a été précis dans ses déclarations. Les pourparlers avec les États-Unis visent quatre objectifs :
- Identifier les problèmes bilatéraux nécessitant des solutions. 2. Trouver des solutions à ces problèmes. 3. Déterminer la volonté des deux parties de prendre des mesures concrètes pour le bien de leurs populations. 4. Identifier les domaines de coopération permettant de faire face aux menaces et de garantir la sécurité et la paix des deux nations et de la région.
Mais le plus important n’est pas le quoi, mais le comment. Díaz-Canel a posé des conditions claires :
- Egalité entre les parties.
- Respect les systèmes politiques des deux États.
- Souveraineté et autodétermination des gouvernements.
- Réciprocité et respect du droit international.
Il ne s’agit pas d’une capitulation, mais d’une question de principe. Cuba ne négocie ni son système, ni sa révolution, ni son indépendance. Il explore des pistes de résolution des différends, sans renoncer à aucun élément essentiel. Et elle le fait dans l’unité, avec le soutien explicite de Raúl Castro, du Parti et de l’État. L’unité est totale.
Le contexte de la négociation
Nous ne pouvons analyser cela sans comprendre la situation spécifique à laquelle l’île est confrontée. La pression impériale s’est intensifiée :
Le 29 janvier, Trump a autorisé l’imposition de droits de douane sur les importations de pétrole des pays exportateurs vers Cuba. Depuis, selon Díaz-Canel lui-même, « aucun carburant n’est entré à Cuba depuis trois mois ». L’île produit à peine un tiers du pétrole brut dont elle a besoin, et après l’enlèvement de Maduro le 3 janvier, les approvisionnements vénézuéliens ont été interrompus, aggravant la crise énergétique.
Voici la réalité : un pays sous blocus depuis six décennies, économiquement étranglé et confronté aujourd’hui à une crise énergétique sans précédent. Dans ces circonstances, tout dirigeant responsable chercherait à instaurer un dialogue.
Mais une différence cruciale subsiste avec d’autres cas observés dans la région : Cuba n’a encore rien cédé. Il n’y a pas de réformes juridiques de dernière minute, pas de transfert de ressources stratégiques, pas de libération de prisonniers comme l’exige Washington. Il y a exploration, pas capitulation.
Le paradoxe du butin : du pétrole sans marché
Et c’est là que nous arrivons au point qui change complètement la perspective. Ce que nous avons découvert ces derniers jours est d’une importance stratégique impressionnante.
Avec un air triomphant, Trump avait annoncé la vente du pétrole vénézuélien sous contrôle américain à la Russie et à la Chine. Or, il s’avère que ces deux pays refusent de l’acheter. Et ce détail est loin d’être anodin : c’est le cœur du problème.
Les faits sont éloquents. Les importations chinoises de pétrole vénézuélien, qui s’élevaient en moyenne à environ 400 000 barils par jour en 2025, ont chuté. En février 2026, les exportations vers l’Asie ont diminué de 67 % par rapport à janvier, pour se stabiliser à seulement 48 000 barils par jour.
La Chine a donné pour instruction à ses négociants de ne pas acheter de pétrole brut vénézuélien sous contrôle américain. Les livraisons qui permettaient auparavant de rembourser la dette de 15 milliards de dollars du Venezuela à Pékin ont tout simplement cessé.
Le plus révélateur, c’est que quelques 40 millions de barils de pétrole brut sous sanctions – en provenance de Russie, d’Iran et du Venezuela – flottent dans des pétroliers au large des côtes chinoises, en attente d’être déchargés. Ce pétrole est là, immobile, comme une armée de navires fantômes que personne ne décharge.
La Chine dispose de réserves stratégiques estimées à 1,2 ou 1,3 milliard de barils, soit l’équivalent de quatre mois d’importations. Elle peut donc attendre. L’empire, en revanche, ne peut se permettre d’attendre ; il doit vendre pour que ses richesses ne deviennent pas un fardeau.
Trump a promis 100 milliards de dollars d’investissements de la part des grandes compagnies pétrolières, mais ces dernières tardent à tenir leurs promesses. ExxonMobil affirme que le Venezuela est « non rentable » (voir note 1 in fine). Les sociétés de négoce Trafigura et Vitol ont pris l’initiative, mais leurs capacités sont limitées. Pendant ce temps, des navires chargés de pétrole brut font route vers Houston, vers les côtes américaines… et restent bloqués.
C’est une image saisissante : des navires voguant vers les États-Unis, pour finalement s’immobiliser, bloqués sur place. La dure réalité bloque l’acheminement du pétrole. L’empire s’empare du butin, mais pas de marché. Et selon la logique du capital, un produit sans marché est un produit mort.
Cela ouvre une possibilité stratégique que nous ne pouvons ignorer. Si, à un moment donné, les dirigeants vénézuéliens – sous l’impulsion du peuple, sous la pression de leurs alliés, ou tout simplement parce que le pétrole ne se vend pas – décident de rompre l’accord et de réorienter le brut vers la Chine ou la Russie par des voies détournées, tout l’édifice s’effondrera.
La manœuvre stratégique de la Chine et de la Russie
Il convient ici de s’arrêter un instant sur un point souvent négligé. Ceux qui affirment que la Russie et la Chine ne font rien pour l’Amérique latine se trompent. Refuser d’acheter du pétrole brut vénézuélien contrôlé par Washington est une décision stratégique en faveur des peuples de Notre Amérique (Amérique Latine)
Et s’ils font cela au Venezuela sans le bruit des bombes, sans les gros titres sensationnalistes, sans menaces ni déploiements militaires, ce sera plus stratégique et plus énergique que n’importe quelle action sur un champ de bataille conventionnel.
La Chine et la Russie ont riposté par une résistance discrète mais efficace. En refusant d’acheter le pétrole vénézuélien contrôlé par les États-Unis, elles asphyxient l’empire avec ses propres ressources. Les navires sont en mer, le pétrole s’accumule et le temps joue contre Washington.
S’ils agissent ainsi pour le Venezuela, on peut supposer qu’ils ne restent pas inactifs non plus vis-à-vis de Cuba. Ils ont toujours fait preuve d’une grande solidarité envers le peuple et le gouvernement révolutionnaire de l’île depuis l’époque soviétique. La Russie a été un soutien indéfectible pour Cuba, même après la chute de l’Union soviétique, renversée par une minorité de bandits qui ont usurpé le pouvoir et tenté de transformer le socialisme en un capitalisme encore plus brutal. Aujourd’hui, la Fédération de Russie continue de soutenir Cuba, ainsi que le Venezuela, et rien n’indique qu’elle reste les bras croisés face à cette situation.
Venezuela : entre capitulation et retraite
Il nous faut donc parler du Venezuela avec toute la prudence que la situation exige. Car nous avons constaté des événements préoccupants : la livraison de pétrole, la réforme de la loi sur les hydrocarbures, la libération de plus de 600 prisonniers politiques exigée par Trump, et les visites d’envoyés américains reçues avec les honneurs.
Mais nous avons aussi entendu Diosdado Cabello déclarer : « Silvia n’a pas capitulé. Si on dit tout cela à son sujet, c’est qu’on ne la connaît pas. » Au-delà de l’anecdote, cette déclaration nous rappelle une vérité fondamentale : au cœur de la tempête, des forces résistent, des secteurs n’ont pas renoncé.
Le peuple vénézuélien retient son souffle. Les manifestations ne portent pas uniquement sur la libération de Maduro ; certains travailleurs sont également descendus dans la rue pour réclamer des salaires plus élevés. Leur question est simple et directe : « Si on nous a dit que le pétrole nous appartenait, et que maintenant les Américains nous le prennent, qu’en est-il de nos salaires ? » Cela pourrait engendrer des conflits internes, mais ces manifestations ne sont pas nécessairement contre-révolutionnaires. Elles sont l’expression d’un peuple qui n’a pas perdu le nord, qui sait que la richesse de son pays doit servir le peuple et non l’empire.
La frontière entre capitulation et repli tactique est floue. Il y a probablement moins de capitulation qu’il n’y paraît et plus de repli stratégique qu’on ne le croit. Nous n’en sommes pas certains. C’est précisément pourquoi nous maintenons le principe du doute raisonnable qui nous a guidés jusqu’ici. Nous n’accusons pas de trahison et nous ne portons aucun jugement définitif. Nous observons, nous analysons et nous restons ouverts à l’éventualité d’un changement de situation.
Et il y a un fait qui pourrait faire pencher la balance : si le Venezuela a livré 80 millions de barils de pétrole brut aux États-Unis, et que ces derniers ne peuvent rien faire de ce pétrole faute de marché, cela équivaut déjà à une victoire implicite.
Ce que nous ignorons, c’est s’il s’agit d’une manœuvre délibérée et planifiée par les dirigeants vénézuéliens pour piéger l’empire, ou si elle se produit indépendamment de leur volonté. Mais la situation est telle qu’elle est. Et cela pourrait constituer un tournant. Car une nation peut être vaincue à un moment donné, mais cette défaite est toujours éphémère.
Et ensuite : questions ouvertes
Díaz-Canel s’est montré prudent : il a déclaré que les accords étaient encore « loin d’être conclus ». Il n’y a pas de résultats, seulement des pistes de réflexion. Mais nous pouvons déjà poser quelques questions pour suivre l’évolution de la situation.
1.Cuba cherche-t-elle simplement à atténuer la pression énergétique, ou poursuit-elle un objectif politique plus profond ? L’enjeu n’est pas seulement la question énergétique, mais la révolution elle-même. On pourrait dire que la solution au problème énergétique cubain, conséquence du blocus, ne vise pas seulement à améliorer la situation de Cuba, mais aussi à maintenir la révolution entre les mains du peuple. Les révolutionnaires cubains n’ont pas perdu de vue leur objectif fondamental.
- Jusqu’où Trump est-il prêt à aller ? Utilisera-t-il ces pourparlers pour déstabiliser la situation ou pour atteindre un objectif précis ? L’expérience nous montre que les impérialistes qui parlent de résolution des conflits souhaitent que cette résolution leur soit exclusivement favorable. Par conséquent, les directives établies par Díaz-Canel pour les négociations peuvent de toute façon être balayées d’un revers de main par l’administration Trump. Cette administration cherche uniquement à faire croire au monde qu’elle a triomphé de Cuba et que Cuba a capitulé.
- Quel impact cela aura-t-il sur les relations de Cuba avec le Venezuela, le Nicaragua et ses alliés historiques ? Si la révolution cubaine aboutit, les retombées seront positives pour les alliés historiques de Cuba dans la région. Mais ces alliés ne peuvent se fier à ces négociations. De même, chacun doit se préparer à une guerre prolongée, une guerre populaire contre l’impérialisme.
- Ce modèle pourrait-il servir d’exemple à d’autres pays de la région confrontés à des pressions similaires ? La réponse dépendra de l’évolution de la situation. Si Cuba parvient à surmonter cette crise sans renoncer à ses principes fondamentaux, son exemple sera une leçon pour toute l’Amérique latine.
Et une dernière question, qui nous concerne directement en tant que révolutionnaires : où se situe la limite entre négociation tactique et capitulation ? Car si Cuba nous apprend quelque chose, c’est que l’important n’est pas de parler à l’empire, mais la position depuis laquelle on parle, les conditions dans lesquelles on le fait et ce que l’on est prêt à concéder.
Conclusion provisoire
Cuba démontre que les révolutionnaires n’ont pas peur du dialogue. Ils négocient lorsque les circonstances l’exigent, mais ils ne capitulent pas. La différence avec d’autres cas ne réside pas dans la table des négociations elle-même, mais dans ce qui se passe avant même qu’ils ne s’y asseyent.
Au Venezuela, les concessions ont été obtenues en premier. Le pétrole a coulé à flots, les lois ont changé, les prisonniers ont été libérés. Puis sont venues les négociations. À Cuba, ce sont les négociations qui prévalent. Les concessions, si elles surviennent, viendront plus tard et seront assorties de conditions.
Et un nouvel élément entre en jeu : la Chine et la Russie ont riposté par une résistance discrète mais efficace. En refusant d’acheter le pétrole vénézuélien contrôlé par les États-Unis, elles asphyxient l’empire avec ses propres ressources. Les navires sont en mer, le pétrole s’accumule et le temps joue contre Washington.
L’histoire nous le dira. Mais en attendant, continuons d’observer avec vigilance, en appliquant le principe du doute raisonnable et en gardant la certitude que les peuples, lorsqu’ils ne capitulent pas, finissent toujours par triompher.
Car si la défaite peut survenir à tout moment, elle est toujours éphémère. Ce qui demeure, c’est la dignité. Ce qui demeure, c’est le combat. Ce qui demeure, c’est la certitude qu’un autre monde est possible, et qu’il sera bâti par les plus démunis, avec ou sans leurs dirigeants.
***
1 – Note de Comaguer
Exxon laisse donc le pétrole vénézuélien à des seconds couteaux puisqu’il maitrise le gouvernement du Guyana qui lui a ouvert son espace maritime et son espace terrestre et Exxon sait que, malgré l’accord international de 1965 entre les deux gouvernements souverains qui a reconnu que la région de l’Essequibo très riche en pétrole était vénézuélienne, il va, avec la complicité du gouvernement de Georgetown, s’approprier ce pétrole et voler ce pétrole à un gouvernement vénézuélien qui ne peut pas, pour le moment, s’y opposer.
Voyant venir cet énorme larcin : un territoire de 159000 km2 et ses immenses richesses naturelles Maduro avait organisé le 3 Décembre 2023 un référendum pour obtenir le soutien de la population. Il l’avait obtenu avec des réponses au-dessus de 95% aux 5 questions posées et l’Essequibo serait ainsi devenu un nouvel Etat de la république bolivarienne. Pour l’heure la production de pétrole de la Guyana : 100 000 barils/jour en 2019 atteint les 800 000 barils/jour et la Guyana va bientôt entrer dans la liste des 20 premiers producteurs mondiaux.
Maduro « trafiquant de drogue » ? Mais non, c’était juste pour détourner les regards. Non Maduro s’en était pris à EXXON, le diamant de la couronne pétrolière impériale. Maduro est en prison.
Views: 2



