Une grande confusion règne sur les accords de second tour à gauche pour les élections municipales. Mais la hargne de certains à faire tomber les mairies communistes reste intacte. Et ce n’est pas un hasard si la bataille est le plus souvent conduite par des héritiers du Mitterrandisme, soi-disants insoumis. Après avoir fait leur miel de nombreuses circonscriptions historiquement communistes, sous couvert de la « NUPES » et du NFP, ceux-ci sont aujourd’hui à l’offensive pour faire tomber les municipalités communistes parmi les plus combatives. C’est le cas à Vitry-sur-Seine (94). Et tous les arguments sont bons, même les pires calomnies, avec le soutien d’un quarterons d’anciens dirigeants locaux aigris qui n’ont jamais accepté qu’une nouvelle génération, choisie par les militants communistes, prenne le relais et relève le défi d’une étape de reconstruction pour le PCF dans cette importante ville ouvrière. Le collectif communiste, largement soutenu par les catégories populaires vitriotes, a mené une campagne puissante. Le premier tour a donné une large première place à Pierre Bell-Loch, candidat à sa succession, avec plus de 37% des voix. L’insoumis Tmimi a été relégué à 24 %. Espérant sauver sa situation, celui-ci a jeté sa dernière carte, une fusion hétéroclite avec une liste écologiste qui se prétendait jusque là « au dessus des partis ». Comme l’explique Maéva Durand, militante communiste et présidente du groupe Communiste républicain et citoyen à Vitry-sur-Seine, le sens de cette bataille va bien au-delà du seul enjeu électoral et du cadre vitriot. Il s’agit d’empêcher la reconstruction de tout ce qui pourrait proposer une alternative à la machine électorale insoumise et en particulier du PCF, non pas pour lui-même, mais pour ce qu’il représente encore en France. Car, la mutation, les abandons successifs n’ont pas eu raison de l’expérience vivante de nombreuses sections. Au contraire, les 38ème et 39ème congrès ont montré une claire volonté de réaffirmation. Celle -ci demeure encore contradictoire, marquée par les hésitations à bien des égards. Mais un nouveau cours se développe au sein du parti. Il porte l’enjeu de rebâtir une force de classe, capable d’organiser dans l’action des collectifs de masse, unis et démocratiques, dans le respect de chacun et le souci de l’intérêt général. Tout le contraire du projet de la FI, qui privilégie ce qui ramènera sagement l’électeur dans l’isoloir à son profit, n’hésitant pas à attaquer violemment les dirigeants syndicaux (encore récemment contre Sophie Binet, Secrétaire Générale de la CGT). (note de Franck Marsal pour Histoire&Société)
publication initiale : https://materialistes.fr/article/vitry-sur-seine-2026-derriere-le-second-tour-la-lutte-des-classes
Le second tour des élections municipales de 2026 à Vitry-sur-Seine ne se résume pas à un simple affrontement électoral, mais à deux projets politiques radialement différents. D’un côté, une tradition municipale communiste ancrée dans les luttes sociales, la défense du logement social, des services publics et l’engagement populaire. De l’autre, une recomposition politique mêlant citoyennisme, opportunisme électoral et ambitions personnelles.
Un second tour projet contre projet
La liste conduite par Pierre Bell-Lloch, maire communiste de Vitry, arrivée largement en tête avec 37,53 % des voix, s’inscrit dans cent ans de communisme municipal. Cette liste a été validée par les instances du Parti communiste français à tous les niveaux : la section locale, la fédération départementale et la direction nationale. Elle prolonge également une tradition politique qui a structuré la ville : l’union de la gauche autour d’un projet municipal tourné vers la défense des classes populaires aux portes de Paris, en empêchant la gentrification par la construction de logements sociaux, la culture et l’éducation gratuites et accessibles à tous et toutes, la promotion d’une culture de paix.
Dans une des villes les plus abstentionnistes, cette campagne a suscité une mobilisation populaire dont témoigne le sursaut de participation qui passe de 23 % en 2020 à 41 % aujourd’hui, soit un niveau équivalent de celui de 2014 (43 %), alors qu’il a baissé de 6 points au niveau national par rapport à 2014. Un meeting réunissant près de 700 personnes il y a quelques mois montre aussi cet engouement, tout comme les nombreuses réunions publiques organisées depuis près d’un an. Car la démocratie ne se réduit pas au vote. Elle se construit dans la participation, les discussions collectives et dans la mobilisation des habitants pour défendre leur ville et leur vie.
Pour ces municipales de 2026, alors que la droite se maintient au second tour (19,27 %) et, malgré les propositions d’union formulées par Pierre-Bell-Lloch en tant que première force à gauche, la liste d’Hocine Tmimi (24 %), soutenue par La France insoumise, choisit finalement de s’allier avec la liste « ni de droite, ni de gauche » mais « citoyenne et écologique » de Frédéric Bourdon (16,7 %). Cette dernière n’a eu de cesse que de dénoncer la « bétonnisation » de la ville (comprendre la construction de logements sociaux), alors même que près de 8 000 personnes attendent aujourd’hui un logement à Vitry. Le programme d’Hocine Tmimi évoque d’ailleurs une « restructuration » de la SEMISE, société d’économie mixte qui joue un rôle central dans la construction et la gestion du logement social à Vitry. Derrière ce vocabulaire technocratique se profile l’idée qu’il pourrait exister de « bonnes privatisations », rompant avec une tradition municipale qui a fait du logement social un pilier de la politique communiste.
Ce n’est pas la première fois que Hocine Tmimi porte un projet contradictoire avec les principes de la gauche. Lors de la précédente mandature, ce dernier soutient la contractualisation financière de la commune avec l’État, défendue par le maire d’alors, Jean-Claude Kennedy. Ce dispositif encadre strictement les dépenses des collectivités et s’inscrit dans une logique d’austérité budgétaire, ce que nombreux communistes et citoyens, mais plus largement élu·es de la majorité gauche, dénoncent à l’époque.
Le « citoyennisme » pour contourner le clivage gauche-droite
Le discours « citoyen » lors de la fusion de ces deux listes a également une autre fonction : se présenter comme au-dessus des partis et éviter d’avoir à rendre des comptes collectivement. Il favorise surtout les logiques de pouvoir personnel et les alliances opportunistes. Entre citoyens « éclairés », cadres supérieurs et professionnels de la politique, il devient plus facile de décider au nom des classes populaires qui composent majoritairement la ville.
La sociologie des listes en présence dit beaucoup des orientations politiques qu’elles portent. La liste conduite par Pierre Bell-Lloch s’appuie sur un tissu militant populaire, associatif et syndical. Les listes concurrentes rassemblent davantage de cadres supérieurs, de collaborateurs parlementaires ou d’anciens élus relativement éloignés du monde du travail, ce qui traduit à quel point les cadres supérieurs et baronnies politiques peuvent trouver un intérêt mutuel à s’entendre, en dehors de la cohérence programmatique et des affiliations partisanes.
On peut également s’étonner de voir une députée communiste d’une autre circonscription (Elsa Faucillon), le président communiste du territoire (Michel Leprêtre) ou encore l’ancien président communiste du département (Christian Favier) déployer autant d’énergie pour soutenir un candidat issu d’une force politique concurrente au parti qui les a fait élire. Pourtant, nos statuts ont étendu l’interdiction de la double carte à l’appartenance à un « mouvement », mais restent encore flous et surtout lettre morte sans moyens réels pour appliquer le respect des règles que nous nous sommes fixées collectivement.
La stratégie délétère de la France Insoumise
Dans ce contexte municipal, la stratégie de La France insoumise joue un rôle déterminant. Partout, elle privilégie son implantation dans les anciennes « banlieues rouges » et les grandes villes déjà acquises à la gauche, plutôt que d’aller affronter la droite et le RN sur les terrains où elles progressent. Cette stratégie revient, de fait, à abandonner des territoires entiers à l’extrême droite, en laissant sans réponse politique les classes populaires qui y vivent.
À Vitry, en cherchant à s’emparer de l’un des principaux bastions du communisme municipal, elle tente de transformer la ville en laboratoire politique. Là aussi, l’enjeu devrait être ailleurs : affaiblir la droite pour reconquérir collectivement le département, autrefois dirigé par les communistes et la gauche. Cette logique de concurrence à gauche et d’ambiguïté vis-à-vis de son propre camp plutôt que la clarté et l’unité politique, ont d’ailleurs mené au basculement du Val-de-Marne à droite, avec des conséquences terribles que l’on connaît (maltraitances des agents, suppression des politiques de solidarités, inégalités accrues entre communes…). En divisant la gauche, la LFI, avec quelques ambitieux qui lui servent de marchepied, montre qu’elle n’a que faire des habitants qui vivent pourtant durement les effets de la lutte des classes[1]. Elle peut, si besoin, sacrifier sa cohérence politique. À ce titre, la présence lors d’un prochain meeting de Bally Bagayoko, qui avait soutenu sur les réseaux sociaux Adrien Quatennens suite à des violences conjugales, n’est pas une contradiction près, alors même que Vitry vient d’inaugurer la première maison des femmes de France appelée Alexandra Kollontai.
« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose »
La campagne est également marquée par des tentatives de désinformation et de confusion qui éloignent du débat de fond et nourrissent la méfiance envers le personnel politique. Ces deux listes évoquent ainsi un prétendu accord secret avec la Ville de Paris pour construire un incinérateur à Vitry. C’est faux. C’est doublement faux. Il n’y a pas eu de négociation ; la Ville de Paris a proposé à Vitry-sur-Seine de discuter d’une possible chaufferie à la biomasse (et non un incinérateur). La Ville de Vitry a répondu ne pas pouvoir décider sans concertation avec les habitants. Fin de l’histoire. Dont acte.
Ces attaques occultent des avancées concrètes, comme le départ du dépôt pétrolier, un dossier resté bloqué pendant des années sous l’ancienne mandature. Elles servent aussi des intérêts extérieurs : reprendre ces rumeurs, c’est relayer des tentatives de déstabilisation politique de la ville (notamment par Paris et l’État), au service d’intérêts qui ne sont pas ceux des habitant·es.
Dans cette bataille, une chose reste décisive : la mobilisation des classes populaires. Malgré l’abstention et les tentatives de division, ce sont elles qui détermineront l’avenir de la ville et la capacité de Vitry à rester un bastion communiste avec une large majorité de gauche, tournées vers l’intérêt du plus grand nombre.
Maeva Durand est militante communiste, présidente du groupe Communiste républicain et citoyen à Vitry-sur-Seine.
[1] Voir l’article de Marianne sur la stratégie de la LFI sur les villes de gauche
Views: 15



