Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Alors que les États-Unis sont distraits par l’Iran, la Corée du Nord adopte une attitude opportuniste, et non suicidaire.

Asie du Nord-Est

Pyongyang procédera à des essais de missiles, développera ses capacités nucléaires et approfondira ses liens avec d’autres adversaires des États-Unis, mais ne risquera pas une guerre susceptible de détruire le régime dit ce chercheur chinois (province de Henan)en géopolitique. Alors que la propagande et la censure militaire qui gouverne l’opinion publique française a réussi à inculquer à chacun que le dirigeant nord coréen était un fou furieux et un pitre, la réalité est tout autre, le dirigeant en question est un communiste pragmatique préoccupé de l’alimentation de son peuple et d’une grande prudence soucieux de renforcer l’unité entre la Chine et la Russie. S’il y a dans l’aventurisme de Trump une opportunité continentale, il la saisira mais avec prudence . (note et traductionde danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

par Liang Tuang Nah17 mars 2026

Cette photo, prise dimanche et diffusée par les médias d’État nord-coréens, montre un exercice de lancement de missiles de croisière stratégiques à longue portée. Photo : KCNA

La Corée du Nord a procédé ce week-end à un tir nourri de missiles et de roquettes à longue portée en mer, au large de sa côte est. Cette démonstration de force intervient alors que l’armée américaine est fortement mobilisée en Iran. L’article ci-dessous analyse la stratégie de Pyongyang. – La Rédaction


Lorsque les États-Unis s’enlisent dans un conflit majeur, leurs adversaires à travers le monde réévaluent inévitablement leurs stratégies.

Alors que Washington mène une guerre contre l’Iran, le véritable test de la crédibilité des États-Unis pourrait bien se produire à des milliers de kilomètres de là, en Asie de l’Est, où la Corée du Nord observe de près.

Si certains analystes se demandent sans doute si la Corée du Nord profitera de la distraction américaine en Asie de l’Est pour tirer parti de cette situation, la réponse est probablement plus nuancée. Pyongyang exploitera la situation, mais pas par une aventure militaire inconsidérée.

Au contraire, elle renforcera sa dissuasion nucléaire, intensifiera sa rhétorique et approfondira ses liens avec la Russie et la Chine.

Le schéma historique de l’opportunisme

La Corée du Nord a une longue tradition de tests des limites lorsque les États-Unis sont distraits ailleurs. Pendant la guerre d’Irak en 2003, Pyongyang s’est retirée du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et a accéléré son programme nucléaire. En 2010, alors que Washington était concentré sur l’Afghanistan, la Corée du Nord a bombardé l’île sud-coréenne de Yeonpyeong.

Ces actions n’étaient pas des invasions à proprement parler, mais des provocations calculées destinées à rappeler au monde l’importance de Pyongyang. La guerre actuelle en Iran offre une opportunité similaire.

Pourtant, comparé aux épisodes précédents, les enjeux sont plus importants : la Corée du Nord possède désormais un arsenal nucléaire crédible et des missiles à longue portée capables d’atteindre le territoire continental américain. Cela rend son opportunisme plus dangereux, mais aussi, paradoxalement, plus mesuré.

La riposte de Pyongyang aux frappes américaines en Iran

Des analyses d’experts récentes montrent que la Corée du Nord a déjà réagi fermement aux frappes américaines et israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes. Le média 38 North, réputé pour son expertise sur la Corée, a rapporté que Pyongyang a publié une déclaration inhabituellement ferme du ministère des Affaires étrangères condamnant ces attaques comme une « agression illégale » et avertissant que de telles actions démontrent la nécessité de la dissuasion nucléaire. Le Centre Est-Ouest a également noté que ces frappes renforçaient la conviction de la Corée du Nord que seules les armes nucléaires peuvent garantir la survie du régime.

La vulnérabilité de l’Iran, aux yeux de Pyongyang, découle de son absence de dissuasion nucléaire. La Corée du Nord interprète cela comme une validation de sa propre doctrine nucléaire.

La peur de la décapitation, pas l’aventurisme

L’assassinat du Guide suprême iranien a provoqué une onde de choc à Pyongyang. Les médias sud-coréens ont constaté que la Corée du Nord craint des opérations américaines similaires visant Kim Jong-un. Cette crainte rend le régime plus défensif, et non plus téméraire.

Autrement dit, la guerre contre l’Iran n’encourage pas la Corée du Nord à lancer des attaques ; au contraire, elle la terrorise et la pousse à renforcer encore sa posture nucléaire . Pyongyang voit l’Iran comme un avertissement : sans armes nucléaires, même les États les plus puissants peuvent être anéantis du jour au lendemain.

Mouvements probables et improbables de la Corée du Nord

Dans ce contexte, que pourrait faire concrètement la Corée du Nord pendant que les États-Unis sont distraits ?

Le scénario le plus probable est une recrudescence des essais de missiles, notamment de missiles balistiques intercontinentaux et de missiles balistiques lancés depuis des sous-marins. Ces essais servent des objectifs à la fois techniques et politiques : développer les capacités de la Corée du Nord tout en rappelant à Washington la puissance de Pyongyang.

La Corée du Nord pourrait également tenter des lancements de satellites supplémentaires, qui servent également d’exercices de développement de missiles balistiques.

Sur le plan rhétorique, Pyongyang adoptera un discours anti-américain plus virulent, présentant la guerre en Iran comme une preuve de l’impérialisme américain. Sur le plan diplomatique, le pays cherchera à renforcer sa coopération militaire avec la Russie et l’Iran (si ce dernier survit), deux pays qui partagent l’hostilité de Washington.

Plus important encore, la Corée du Nord va accélérer sa production nucléaire, convaincue que la dissuasion est la seule voie vers la survie.

Malgré les spéculations, il est très improbable que la Corée du Nord envahisse la Corée du Sud, attaque directement les forces américaines ou lance une provocation majeure susceptible de dégénérer en guerre ouverte. De telles actions entraîneraient des représailles dévastatrices. Pyongyang est opportuniste, mais pas suicidaire.

La guerre en Iran n’offre pas à la Corée du Nord le prétexte de lancer des campagnes militaires inconsidérées. Au contraire, elle renforce la conviction de Pyongyang quant à la dissuasion nucléaire et justifie la poursuite de son programme d’armement. Comme le souligne Eurasia Review , le conflit iranien est devenu une leçon pour Pyongyang : l’arme nucléaire représente l’ultime garantie contre un changement de régime.

Implications pour la politique américaine

Pour Washington, le défi est double. Premièrement, il faut rassurer les alliés sud-coréens et japonais quant à la fermeté des engagements américains malgré la guerre en Iran. Deuxièmement, il faut dissuader la Corée du Nord sans pour autant aggraver inutilement les tensions.

Cela exige un équilibre délicat : maintenir une présence militaire visible en Asie de l’Est tout en évitant toute action susceptible d’inciter Pyongyang à un développement nucléaire encore plus agressif. Les États-Unis ne peuvent se permettre de laisser leur attention se porter entièrement sur le Moyen-Orient, de peur que la Corée du Nord n’interprète cette distraction comme un signe de faiblesse.

Un opportunisme calculé, et non une guerre aveugle

Le tableau stratégique global est préoccupant. La Corée du Nord prospère lorsque les États-Unis sont distraits. Mais son opportunisme est calculé, non téméraire. La guerre en Iran encouragera Pyongyang à tester des missiles, à développer ses capacités nucléaires et à approfondir ses liens avec d’autres adversaires des États-Unis. Pourtant, le régime ne risquera pas une guerre qui pourrait l’anéantir.

En réalité, le conflit avec l’Iran pourrait inciter la Corée du Nord à une plus grande prudence militaire, même si elle se montre plus agressive sur le plan rhétorique et technologique. Pour Pyongyang, la leçon est claire : seules les armes nucléaires peuvent empêcher l’anéantissement. Pour Washington, le défi est tout aussi clair : empêcher que l’opportunisme ne dégénère en escalade.

Les États-Unis doivent donc adopter une stratégie qui prenne en compte l’opportunisme de la Corée du Nord sans pour autant y réagir de manière excessive. Cela implique de maintenir la dissuasion, de renforcer les alliances et de préserver le dialogue diplomatique, même si l’attention est accaparée par la guerre en Iran. Faute de quoi, Pyongyang risquerait de transformer cet opportunisme en avantage stratégique.

La guerre contre l’Iran se déroule peut-être au Moyen-Orient, mais ses répercussions se font déjà sentir en Asie de l’Est.   

Liang Tuang Nah, PhD, est chercheur à l’Institut d’études de défense et stratégiques, une unité constitutive de l’École d’études internationales S. Rajaratnam (RSIS) de l’Université technologique de Nanyang.

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