Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Iran-Russie : quelles relations ?

Le fond de la situation extraordinairement dangereuse que le monde est en train de vivre est celui que nous annoncions dans nos deux livres et singulièrement dans le Zugzwang, le syndic de faillite qu’est Trump précipite une nouvelle étape vers le monde multipolaire. Dans celui-ci « l’histoire » et la « géographie » prennent une importance que l’hegemon occidental a méprisée parce que ce sont ceux où non seulement les gouvernants mais les peuples, la classe ouvrière prennent toute leur importance. Voici pourquoi la Russie qui n’a pas perdu cette dimension historique connait les partenariats stratégiques nécessaires à sa propre survie. (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Lorsque la diplomatie soviétique a pris le relais du tsarisme, elle a hérité des tentatives coloniales de ce dernier et des méfiances profondes que celles-ci avaient provoquées dans une série de peuples et de nations. Sur le plan intérieur, dès les premiers jours de l’existence du gouvernement soviétique, le rapport avec les nationalités non-russes fut radicalement transformé, chacun acquit un statut égal de citoyenneté et l’ensemble des langues et cultures autochtones furent reconnues, soutenues et développées. Sur le plan extérieur, la diplomatie soviétique dût mener un long travail pour rétablir des liens de confiance, et ce fut particulièrement difficile (mais mené avec une relative constance) vis-à-vis d’un pays comme l’Iran. La diplomatie russe actuelle – dès lors qu’elle eut retrouvé une certaine autonomie après la période Eltsinienne – a repris et transposé cette doctrine de développement de la confiance dans le cadre du monde multipolaire et des BRICS. Les liens développés avec l’Iran, y compris de partenariat technologique dans le domaine militaire, mais aussi dans la perspective du développement du corridor logistique Nord – Sud (Russie, Mer Caspienne, Iran, Océan Indien) sont aujourd’hui très importants. Mais la déclaration russe que nous publions ci-dessous, avec le commentaire de Jakline Boyer, reste centrée sur l’enjeu de la paix mondiale et du respect du droit international. (Note de Franck Marsal pour Histoire&Société)

Publié le 14 mars 2026 par Boyer Jakline

https://bordeaux-moscou.over-blog.com/2026/03/iran-russie-quelles-relations.html

image d’illustration : Ce qu’il reste de nous, film sur le martyr palestinien sorti le 11 mars dernier.

Je publie la déclaration officielle du Ministère russe des Affaires étrangères à propos de l’attaque sur l’Iran, perpétrée par Israël et les États-Unis.  Ils reviennent à la charge, quelques mois après « la guerre victorieuse de 12 jours ».

Leurs  motivations sont multiples et différentes selon qu’on est l’Israël de Netanyahu ou l’Amérique de Trump. Dans tous les cas  l’Iran est un grand pays aux multiples atouts, au rang desquels, complètement ignoré dans le portrait à charge qui nous est proposé depuis des années, un niveau éducatif unique. Pas seulement dans ce Moyen-Orient malheureux, mais au niveau de la planète. Les jeunes filles, en particulier, ont des succès qui feraient pâlir bien des nations « civilisées » : diplômées de haut niveau,  ingénieurs,  médecins, juristes. Voilées ?

Pour les États-Unis,  le pétrole certes, mais aussi la position géographique stratégique entre l’Asie de l’Ouest et le continent asiatique. L’Iran est un soutien important des BRICS. En janvier 2025, un nouvel accord est signé entre l’Iran et la Russie qui prévoit de nombreux domaines de coopération y compris dans la défense. Mais cet accord n’envisage pas un soutien militaire automatique en cas d’agression étrangère sur le modèle de l’article 5 de l’OTAN.

Petite remarque : ces nations « civilisées »sont en train de perdre le crédit qui leur restait auprès de la population mondiale en raison de leur mutisme et leur complicité face au génocide en cours en Palestine. Leur choix fondamental les pousse à ne pas condamner l’agression en cours contre l’Iran et  mieux, à accuser l’Iran de la situation qui le frappe.

Le nouveau guide désigné est le fils du précédent, assassiné dès le premier jour de l’attaque.  Sa femme et sa fille ont aussi été assassinées ce même jour, au même endroit. Il nous est présenté comme un « dur ». Ceux qui bombardent sont eux des modèles d’humanité, n’est-ce pas ?

À ce propos,  le pape Léon XIV, premier pape américain, a fait une déclaration incendiaire pour condamner la politique de Donald Trump. Il appelle à faire taire   » le fracas des bombes ». Entre autres.

Brèves : depuis le 2 mars  102 enfants ont été tués au Liban, sources le Monde. Hier, la faculté des sciences de Beyrouth a été visée par Israël : le doyen est mort. L’union européenne se tait. 

Déclaration officielle de la Russie à propos de  l’attaque israélo-americaine sur l’Iran. 

Dans la matinée du 28 février, les forces armées des États-Unis et d’Israël ont commencé à mener des frappes aériennes militaires sur le territoire de l’Iran. L’ampleur et la nature des préparatifs militaro-politiques et de propagande qui ont précédé ce geste imprudent, notamment le déploiement d’un important contingent militaire américain dans la région, ne laissent aucun doute quant au fait qu’il s’agit d’un acte d’agression armée préalablement planifié et non provoqué contre un État souverain et indépendant, membre de l’ONU, en violation des principes et normes fondamentaux du droit international.

Le fait que ces attaques soient à nouveau menées sous couvert d’un processus de négociation relancé, censé assurer une normalisation à long terme de la situation autour de la République islamique, mérite également d’être condamné, et ce, contrairement aux signaux transmis à la Russie indiquant que les Israéliens n’avaient aucun intérêt à une confrontation militaire avec l’Iran. La communauté internationale, y compris la direction de l’ONU et de l’AIEA, est tenue de formuler immédiatement une évaluation objective et sans compromis des actions irresponsables visant à détruire la paix, la stabilité et la sécurité au Moyen-Orient.

Washington et Tel Aviv se sont une fois de plus lancés dans une aventure dangereuse qui rapproche rapidement la région d’une catastrophe humanitaire, économique et probablement radiologique. Les intentions des agresseurs sont claires et affichées ouvertement: détruire l’ordre constitutionnel et anéantir le gouvernement d’un État qui leur déplaît, lequel a refusé de se soumettre à la dictature de la force et à l’hégémonisme. La responsabilité des conséquences négatives de cette crise artificielle, y compris la réaction en chaîne imprévisible et l’escalade de la spirale de violence, leur incombe entièrement.

Les graves conséquences de ces actes inconsidérés pour le régime mondial de non-prolifération, dont le TNP constitue la pierre angulaire, sont ouvertement ignorées. Parallèlement, le tandem américano-israélien se cache derrière un prétendu souci d’empêcher les Iraniens de se doter d’armes nucléaires. Les bombardements d’installations nucléaires placées sous les garanties de l’AIEA sont inadmissibles.

En réalité, Washington et Tel Aviv ont des motivations qui n’ont rien à voir avec le régime de non-prolifération. Ils ne peuvent ignorer qu’en plongeant le Moyen-Orient dans le chaos d’une escalade incontrôlée, ils incitent de facto les pays du monde entier, notamment dans la région, à se doter de moyens de défense toujours plus puissants face aux menaces émergentes.

Une inquiétude particulière suscite le caractère de série des frappes déstabilisatrices menées par l’administration américaine ces derniers mois contre les piliers juridiques internationaux de l’ordre mondial, parmi lesquels figurent la non-ingérence dans les affaires intérieures, le renoncement à la menace ou à l’emploi de la force et le règlement pacifique des différends internationaux.

Nous exigeons un retour immédiat de la situation sur la voie d’un règlement politique et diplomatique. La Russie, comme toujours, est prête à contribuer à la recherche de solutions pacifiques fondées sur le droit international, le respect mutuel et l’équilibre des intérêts.

Publié dans Guerre et paix ? Non, Guerre et guerre

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