Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Le 8 mars : à tous ceux qui ont donné leur vie pour que je vive sans même me connaître et parmi eux, elles, ces femmes anonymes et modestes…

Si l’on veut aujourd’hui abattre la bête immonde qui ressurgit et qui ose parler en notre nom, il faut avoir le courage de reconnaitre nos alliés là où ils sont, ceux qui partout se battent et se sont battus pour la vie avec cette idée simple que la vie d’un enfant vaut plus que toutes les guerres et que celui qui donne sa vie pour cette idée mérite d’être des nôtres quel que soit son pays, sa religion et ses idées. En hommage donc à cette travailleuse sociale polonaise qui a sauvé des milliers d’enfants. Et étrangement elle a mon visage quand j’étais une fillette. Tu as une tête de popoloska disait mon grand père, né juif, à côté de Varsovie et il ajoutait « et je ne les aime pas! » Mais celle-là il ne faut pas la trahir en l’inventant une dissidente communiste, si elle mena son action dans les rangs de la résistance chrétienne Zegota, elle était membre de ce parti dans la Pologne socialiste et elle ne voulait pas d’honneur et de célébrations quand on la célébra comme juste en arguant qu’elle avait agi selon la conscience de tout être humain (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Elle s’est laissé briser les os — pour que 2 500 enfants vivent. Ce qui est dit dans cette histoire qui est encore incomplète, elle appartient à une famille catholique mais son père est également au Parti socialiste et lutte contre les discriminations contre les juifs, et pour les pauvres à qui il fournit des soins gratuits. Elle protestera toujours comme il est dit ici contre les « honneurs ». Il a été tenté d’en faire une victime du communisme comme les membres du ghetto en oubliant qui les avaient mis là, mais elle était membre du Parti communiste polonais quand on lui a attribué le titre de juste dans les années soixante. Pendant des années, son histoire resta dans l’ombre, même après l’attribution du titre de juste, sans doute était-ce lié à cette appartenance au parti communiste polonais elle et sa famille. Dans les années 1990, la légende que l’on tente d’imposer serait qu’un groupe d’étudiants américains découvre son nom dans un vieil article et parte à sa recherche alors qu’il s’agissait déjà d’inventer l’histoire et de transformer les communistes en coupables d’antisémitisme. Les groupes d’étudiants en question étaient déjà managés par la CIA et deviendraient rapidement « le mouvement pour la libération des juifs dans les pays de l’est » en parfaite harmonie avec Walesa l’antisémite de choc. Elle avait 87 ans. Elle vivait dans un petit appartement, en fauteuil roulant. Et elle se souvenait encore de chaque enfant. Mais elle ne voulait toujours pas d’honneur et de célébration, ce qui n’est pas l’attitude d’une « dissidente » que l’on voudrait en faire mais bien celle d’une communiste et chrétienne qui reste fidèle à ses valeurs. Comme l’on tente d’ignorer qui a libéré la Pologne de l’oppression nazie et ouvert les portes du camp d’Auschwitz. C’est une des questions que je pose dans mon livre : qu’est-ce qui a permis un tel retournement de l’histoire qui fait que ceux qui sont autorisés à célébrer la libération d’Auschwitz sont les Allemands descendants des junkers complices d’Hitler, voire les Japonais et tous ceux qui militent pour la réhabilitation des collaborateurs alors que sont interdits les Russes ? Comment un Zelenski descendant d’une famille de communistes héros de l’armée rouge qui refusent encore en 1994 le sionisme peut-il se retrouver à la tête de nazis qui célèbrent Bandera et que tout ce beau monde se retrouve en train d’approuver Gaza et l’attaque contre l’Iran ? Y compris quand cela se solde par le massacre de 160 écolières iraniennes ? (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

La Gestapo lui a brisé les jambes.

Ils lui ont écrasé les pieds.

Ils lui ont promis la mort.

Et pourtant —

elle n’a prononcé aucun nom.

Grâce à ce silence, 2 500 enfants ont vécu.

Varsovie, 1942.

La ville n’était plus une ville. C’était une cage.

Derrière des murs de briques surmontés de barbelés, le ghetto de Varsovie étouffait sous la domination nazie. Plus de 400 000 Juifs y étaient entassés dans un espace qui n’aurait jamais dû en contenir une fraction. La faim creusait les visages. La maladie se propageait plus vite que l’espoir. Des familles disparaissaient du jour au lendemain.

Et chaque jour, des trains partaient.

Les destinations se murmuraient comme des malédictions —

Treblinka. Auschwitz.

La plupart des habitants de Varsovie détournaient le regard.

Détourner le regard, c’était plus sûr.

Détourner le regard, c’était survivre.

Mais une femme ne le pouvait pas.

Son nom était Irena Sendler.

Elle n’avait que 32 ans.

Pas soldate.

Pas cheffe.

Juste une travailleuse sociale avec un petit appartement, des rêves modestes et la conviction obstinée que les vies humaines comptent.

Avant la guerre, elle aidait des familles pauvres à trouver de la nourriture et des médicaments. Un travail ordinaire. Silencieux. Invisible.

Puis les nazis sont arrivés — et ont bâti des murs autour de ses voisins.

Son poste au Département d’aide sociale de Varsovie lui donnait un privilège rare : un laissez-passer pour entrer dans le ghetto. Officiellement, elle inspectait les lieux pour le typhus.

Officieusement, elle entrait droit en enfer.

La première fois qu’elle franchit les portes, l’odeur lui coupa le souffle — la pourriture, la maladie, le désespoir. Des enfants étaient assis immobiles sur les trottoirs, trop faibles pour pleurer. Des parents regardaient dans le vide, déjà à moitié partis.

Cette nuit-là, Irena prit une décision qui définirait le reste de sa vie.

Elle ferait sortir les enfants.

Elle rejoignit Żegota, le réseau clandestin polonais créé pour sauver les Juifs. Mais le courage ne suffisait pas. Il fallait des méthodes. De la logistique. Une créativité impitoyable.

Irena devint le plan.

Elle retourna au ghetto encore et encore — parfois avec un brassard à l’étoile de David, parfois déguisée en infirmière, toujours avec sa trousse médicale. Elle trouvait des parents et leur posait une question qu’aucun être humain ne devrait jamais entendre :

« Voulez-vous me confier votre enfant ? »

Imaginez cet instant.

Votre enfant meurt de faim. Condamné par un mur.

Une inconnue offre une chance — mince, terrifiante, incertaine.

Si vous dites oui, vous ne reverrez peut-être jamais votre enfant.

Si vous dites non, vous savez exactement ce qui arrivera.

Beaucoup ont dit oui.

Pas parce que c’était facile.

Mais parce que l’espoir — même fragile — valait mieux que la certitude de la mort.

Irena fit sortir les enfants par des moyens qui défient l’imagination :

– dans des boîtes à outils

– dans des cercueils marqués « victime du typhus »

– dans des sacs de pommes de terre

– dans des ambulances, cachés sous des brancards

Elle dressa même un chien à aboyer sur commande. Quand les gardes nazis s’approchaient, les aboiements couvraient tout bruit qu’un enfant aurait pu faire.

Chaque sauvetage tenait à un souffle.

Un cri. Une toux. Un garde trop curieux.

La découverte signifiait l’exécution.

Elle le fit quand même.

Mais Irena comprit autre chose — de plus profond encore. Sauver le corps d’un enfant ne suffisait pas. S’ils survivaient sans leurs noms, sans leur histoire, les nazis auraient quand même gagné.

Alors elle écrivit tout.

Sur de fines feuilles de papier, elle nota les vrais noms, ceux des parents, des adresses, des fragments de vies. Elle scella ces papiers dans des bocaux en verre et les enterra sous un pommier, dans le jardin d’une voisine.

Un cimetière de mémoire.

Une promesse faite à l’avenir.

En 1943, des centaines d’enfants avaient disparu du ghetto. Et les nazis s’en aperçurent.

Le 20 octobre 1943, ils vinrent pour elle.

Ils l’emmenèrent à la prison de Pawiak, où les cris s’incrustaient dans la pierre. Ils exigèrent des noms.

Elle refusa.

Alors ils la battirent.

Puis ils lui brisèrent les jambes — os après os.

Puis les pieds.

La douleur était conçue pour briser le silence.

Elle échoua.

Elle ne leur donna aucun nom.

Aucun nom.

Aucune adresse.

Aucun enfant.

Elle fut condamnée à mort.

Mais Żegota soudoya un garde. Le jour de son exécution, il la fit sortir à la place. Les registres nazis la déclarèrent morte.

Irena Sendler disparut.

Avec des jambes brisées qui ne guérirent jamais vraiment, elle entra dans la clandestinité — et continua à aider jusqu’à la fin de la guerre, en 1945.

Après la libération, elle retourna au jardin.

Elle creusa.

Un à un, elle sortit les bocaux de la terre. Le papier était fragile, mais les noms avaient survécu.

Vint alors la tâche la plus douloureuse : réunir les familles.

Certains enfants retrouvèrent leurs parents.

D’autres, des proches.

Trop nombreux ne retrouvèrent personne.

Mais tous retrouvèrent leur nom. La preuve qu’ils avaient existé avant que le monde n’essaie de les effacer.

Pendant des décennies, Irena travailla dans l’ombre. Pas de médailles. Pas de discours. Pas de reconnaissance.

Dans les années 1960, Israël la reconnut Juste parmi les Nations. Le monde remarqua à peine.

Puis, en 1999, des lycéens américains découvrirent son histoire dans une note de bas de page. Ils écrivirent une pièce.

Enfin, le monde écouta.

À 90 ans, Irena devint célèbre — et elle détestait cela.

« J’aurais pu faire plus, » disait-elle. « Ce regret me suivra jusqu’à ma mort. »

Quand on lui demanda ce qu’était le courage, elle répondit simplement :

« Quand quelqu’un se noie, on saute pour le sauver. Ce n’est pas du courage. C’est un devoir. »

Elle mourut le 12 mai 2008, à l’âge de 98 ans.

À ses funérailles se tenaient des survivants — autrefois des enfants passés dans des boîtes — aujourd’hui grands-parents à leur tour.

L’un d’eux dit :

« Tout ce que je suis existe parce qu’elle a refusé de parler. »

Parce qu’elle est restée silencieuse, 2 500 enfants ont vécu.

Ces enfants ont eu des enfants.

Et leurs enfants ont eu des enfants.

Aujourd’hui, on estime qu’environ 10 000 vies existent grâce à une femme qui a choisi de ne pas détourner le regard.

Aucune arme.

Aucun uniforme.

Aucun pouvoir.

Juste une trousse médicale.

Un pommier.

Et une âme indestructible.

Ils lui ont brisé les jambes.

Ils l’ont torturée.

Ils l’ont condamnée à mort.

Elle ne leur a rien donné.

Et 2 500 enfants ont vécu.

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1 Commentaire

  • Falakia
    Falakia

    Un bel hommage en cette date du 8 mars rendue à la femme ( Irena Sendler ) pendant l’occupation Nazie pour les enfants dans le ghetto de varsovie.
    Tout comme ( Simone Weil ) qui combattait le nazisme en sauvant des vies malgrès ses arrestations et interrogations par la police de vichy.
    Hommage à toutes ces femmes dans leurs résistances et pour la justice pour ne citer ( Hubertine Auclert ) , ( Clara Zetkin ) , ( Rosa luxembourg ) , ( Alexandra Kollantaï )
    Et aux femmes de l’Antiquité ( THÉANO ) mathématicienne épouse de Pythagore , et à la philosophe Grecque dans son combat contre la misogynie , le patriarcat dont Socrate s’inspirait qui est ( Aspasie ) .

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