Entretien avec le commentateur politique de « KP » Alexandre Gamov. Pour ceux qui auraient loupé les épisodes précédents, cette interview avec « Sasha » (Alexandre Gamov) est un exercice auquel se livre périodiquement Guennadi Ziouganov, dans une atmosphère de détente et de camaraderie et qui permet au « camarade secrétaire général » de s’exprimer de manière moins officielle (note et traduction de Marianne Dunlop pour histoire et société).
kprf.ru ; Komsomolskaya Pravda. Photo : Mikhaïl Frolov
..- Bonjour, Guennadi Andreïevitch ! C’est Gamov, l’assistant de Ziouganov.
– Bonjour ! La guerre fait rage au Proche-Orient, et toi, Sasha, tu ne m’appelles pas…
– Ce conflit suscite une très forte inquiétude, tant dans le monde qu’en Russie. Oui, il prend de l’ampleur, c’est déjà une véritable guerre. Quelle issue y a-t-il ? Quelles sont vos réflexions à ce sujet, vos mises en garde et vos prévisions ?
L’IRAN SE BAT AVEC DIGNITÉ
– Oui, Sasha, malheureusement, une guerre cruelle et de grande ampleur, qui aurait pu être évitée et qui n’aurait pas dû commencer, s’intensifie.
L’Iran se trouve dans une situation où il doit choisir entre être ou ne pas être. C’est une civilisation très ancienne qui peut être fière de ses réalisations… Et qui, malgré des sanctions sauvages et terribles, s’est développée avec succès.
Ils ont maîtrisé les technologies les plus récentes, sachant parfaitement que s’ils ne sont pas forts et unis, les Américains et Israël les étoufferont. C’est pourquoi ils se battent dignement.
C’est la première chose à noter.
– Je suis d’accord avec vous, camarade secrétaire général.
– Ils voient ce qui est arrivé aux pays où les Américains ont fait la loi. À côté d’eux, l’Irak, que les États-Unis ont occupé et déchiré, ne s’en est toujours pas remis, même 20 ans après.
À côté, il y a l’Afghanistan, où les blessures sanglantes continuent de saigner.
Ils voient la Syrie : dès que les hommes de main des Américains y apparaissent, le malheur s’abat immédiatement.
Ils ont vu toute une série de bases militaires, plus de 20, qui sont situées autour… Le golfe Persique est aujourd’hui le principal réservoir de pétrole et de gaz.
En fait, la guerre est menée pour la domination du monde. Et le grand capital, l’impérialisme américain, grisé par son impunité, s’est déchaîné à un point tel que cela provoque non seulement la peur, mais aussi l’aversion et le dégoût de la planète entière.
LA SOLUTION SE TROUVE DANS LA GRANDE HISTOIRE SOVIÉTIQUE
– Quelle est donc la solution aujourd’hui, camarade secrétaire général ?
– Il n’y a qu’un seul moyen de lutter contre cela. Et la solution, la voie à suivre, a déjà été montrée par la grande histoire.
Au siècle dernier, le grand capital a déclenché deux guerres mondiales terribles. C’est la Grande Révolution d’Octobre, menée par Lénine, qui a sorti la planète de la Première Guerre mondiale, en montrant qu’il existe une voie pacifique…
Oui, c’est la voie de la grande création, du dévouement, de l’éducation de qualité, de la science exceptionnelle, des victoires et des réalisations.
Une voie où le travailleur est au centre de l’attention et maître de sa vie. Ce qui est devenu un exemple pour la planète entière.
Notre Grande Victoire de mai 1945 a sorti l’humanité de la Seconde Guerre mondiale. Mais elle aurait été impensable sans la modernisation léniniste-stalinienne et la construction de 9 000 usines en 10 ans… Sans la formation d’un homme nouveau – patriote, homme d’État, vainqueur.
Aujourd’hui, je suis convaincu qu’il est possible de rassembler au maximum les forces populaires et patriotiques afin de résister à une agression sauvage et terrible.
LES ÉTATS-UNIS SONT UN TERRIBLE REQUIN
– Guennadi Andreïevitch, l’agression d’Israël et des États-Unis contre l’Iran vous a-t-elle surpris ?
– Franchement, je savais que l’impérialisme américain était cruel. Mais je ne pensais pas qu’il était à ce point cynique, à ce point sanguinaire, qu’il serait prêt à tout détruire sur son passage.
Vous comprenez, quand la Maison Blanche se réjouit et applaudit le fait que le chef spirituel ait été tué avec toute sa famille, ses enfants, ses petits-enfants, ses proches…
Et qu’on montre à la télévision comment les États-Unis se vantent d’avoir déjà détruit les gens qui menaient des négociations de paix avec eux.
Et pourtant, la veille des frappes, les émissaires de Trump embrassaient les Iraniens en Suisse et disaient : « Nous avons enfin obtenu des résultats ».
Et maintenant, il devient clair qu’ils avaient pris la décision de bombarder et de détruire le pays trois semaines plus tôt…
Et comment, après cela, n’importe quel pays pourra-t-il encore prendre au sérieux les accords, les réunions, les « actions concertées » avec ce requin effrayant et terrifiant qui ne reconnaît aucune norme ni aucun ordre ? Et puis Macron a déclaré hier que « le siècle atomique était arrivé ». Et que désormais, seuls ceux qui possèdent la massue atomique peuvent être pris au sérieux, peuvent être respectés, et tous les autres peuvent aller au diable.
Et on en arrive involontairement à la conclusion que toute cette clique, ces impérialistes déchaînés, ramènent le monde 300 ans en arrière, au Moyen Âge.
VIVE LE MOUVEMENT ANTIGUERRE !
– Guennadi Andreïevitch, revenons-en à la question : que faire maintenant et comment agir ?
– Je tiens à réaffirmer que le monde sait comment remporter cette lutte contre l’agression débridée.
Les forces populaires et patriotiques qui existent sur la planète sont capables de s’unir, de se rassembler dans le cadre du BRICS et de l’OCS. Et simplement de former un vaste mouvement anti-guerre.
Aujourd’hui (mardi 3 mars), nous organisons un grand conseil des forces patriotiques et anti-guerre, qui se réunira dans la salle des colonnes de la Maison des Unions.
– Qui y participe ?
– Il y aura des représentants de tous les partis, mouvements et organisations qui sont conscients que seules des actions concertées et coordonnées peuvent repousser les nazis et les fascistes enragés… Qui mènent depuis quatre ans une guerre impitoyable et effroyable contre la Russie, fondée sur la terreur et la destruction.
Je suis reconnaissant que tous les continents aient répondu à notre appel, de l’Australie au Canada, du Brésil au Japon.
Et cet appel a une grande valeur, il montre qu’il existe dans le monde des forces puissantes capables de résister aux agresseurs.
– Si possible, pourriez-vous nous donner plus de détails sur le conseil…
– Aujourd’hui, le comité pour la défense de Maduro nous rendra compte des résultats de son travail.
De plus, une grande équipe qui lutte contre l’occupation et le blocus de Cuba participe également.
Et, bien sûr, ceux qui se battent actuellement en première ligne contre les nazis et les benderovistes seront également avec nous.
Pour nous, il est désormais essentiel de soutenir tout mouvement, toute organisation de scientifiques, d’écrivains, d’hommes de science et d’éducation.
Parmi les participants figurent les ambassadeurs de Cuba et du Venezuela.
Aujourd’hui aura donc lieu un autre événement très important pour rallier toutes les forces pacifiques dans la lutte contre ces scélérats et ces crapules.
Quant aux Iraniens, il faut leur rendre hommage pour leur volonté et leur courage.
* * *
– Merci pour cette interview, camarade secrétaire général. Pouvons-nous déjà annoncer l’émission « La vie du parti » du 4 mars ?
– Bien sûr. L’émission sera diffusée demain à 21 heures sur Radio Komsomolskaya Pravda.
À lire sur WWW.KP.RU : https://www.kp.ru/daily/27761.4/5217318/
Notes sur Komsomolskaya Pravda (en abrégé KP) :
Voici la présentation qu’en fait Courrier International : « La Vérité des Jeunesses communistes », fondé en 1925, est aujourd’hui un journal populaire, parfois à la limite du journal à scandales, ne lésinant pas sur les photos de jeunes femmes dénudées. Ses informations sont néanmoins variées et fiables. D’aspect assez paradoxal, avec son bandeau aux attributs soviétiques et ses photos de starlettes, ce quotidien offre néanmoins de temps à autre de bonnes enquêtes et des articles sérieux. Complet, coloré et facile à parcourir, le site met l’accent sur les nouvelles people, mais offre cependant toutes sortes d’informations et de services de qualité.
Notez qu’il existe aussi un journal appelé KP en Ukraine (cf. Wikipédia), qui a été autorisé à garder le sigle (l’abréviation en majuscules) mais pas le nom complet, même s’il n’avait déjà plus rien de communiste.
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