Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Cuba, miroir du monde

En ce moment tous les amis de Cuba retiennent leur souffle alors que Trump l’a désigné comme prochaine cible en estimant que le « fruit est mûr » selon une terminologie yankee séculaire, et qu’il va tomber et comme l’Iran, il serait déjà tombé… Logiquement c’était déjà le cas à la chute de l’URSS. ET quand je venais supplier Henri Malberg d’intervenir auprès de l’Humanité pour que ce journal change de ligne et arrête de nous parler à travers Régine Desforges des prostituées cubaines et d’avoir une vision défaitiste mais que ce journal montre le combat de Cuba, des femmes cubaines en particulier, « Pourquoi vous placez-vous en position de défaite? » Henri qui était un homme charmant m’a répondu « Danielle tu es une romantique, dans 6 mois Cuba est tombé et imagine le choc pour les communistes après celui de l’URSS. Il vaut mieux limiter les questions internationales et nous recentrer sur l’apport des élus communistes ». Même opinion de Régis Debray que j’ai fréquenté un temps : il jouait les spécialistes et affirmait, le jour où Castro meurt il y aura une célébration nationale et six mois après c’est l’écroulement, j’ai rompu avec lui et sa position de défaite… A chaque fois il y a eu un effort, une ré-orientation, une mobilisation collective de Cuba et une transmission de générations mais à chaque fois sur une situation plus fragile, on bricolait comme pour les vieilles voitures. Aujourd’hui cet article nous parle d’une mutation énergétique qui paraît encore plus difficile, celle face aux énergies fossiles qui est également à sa manière menée en Chine. Alors ce que je sais c’est que les communistes ont raison en France de faire face aux problèmes de leur peuple et à ce titre je peux admettre qu’il soit indispensable de le faire sur une base territoriale mais ils ont également besoin d’une base politique internationaliste et d’une conscience historique et géopolitique élargie comme les Cubains (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete).

Service de taxis à La Havane. Photo
Service de taxis à La Havane. Photo de Jair Cabrera Torres

Pedro Miguel

20 février 2026

Le régime américain est déterminé à ramener Cuba à l’âge de pierre. Le blocus des importations de pétrole cubain, qu’il soit militaire ou tarifaire, est dévastateur pour toute économie, et plus encore pour celle de Cuba, déjà fortement fragilisée par des décennies d’embargo et d’agression impériale qui se manifeste dans tous les domaines. Dans cette situation, l’île n’a qu’une seule issue : se délester du pétrole. 

Cet objectif semble inatteignable de par son ampleur, la rareté des ressources nécessaires et le peu de temps disponible. Mais cette nation caribéenne est à la hauteur du défi ; elle l’a démontré au début des années 1990, lorsque l’effondrement de l’Union soviétique l’a placée dans une situation apparemment désespérée, qu’elle a pourtant su surmonter au prix d’efforts et de sacrifices considérables. 

Il est certain que la tâche colossale de remplacer les hydrocarbures comme principale, voire unique, source de production d’électricité pour le réseau et comme carburant pour les transports ne peut être accomplie en une semaine, un mois, ni même un an. Les périodes les plus difficiles se présenteront à moyen et long terme. 

On pourrait arguer que soumettre l’île à une telle opération relève d’une cruelle ironie. Mais la cruauté réside plutôt dans le comportement des faucons de Washington, menés par le secrétaire d’État Marco Rubio, déterminés à infliger aux Cubains une punition collective qui serait considérée comme un crime contre l’humanité. 

Quoi qu’il en soit, il n’y a pas d’alternative. Même si le trumpisme devait s’effondrer prochainement – ​​un scénario qu’on ne peut exclure, compte tenu de la brutalité et de l’obscénité d’un pouvoir mondial exercé sans aucun contre-pouvoir légal ni éthique –, le système énergétique cubain resterait dépendant de sources étrangères, car aucun gisement pétrolier important n’a été découvert sur l’île, et même s’il y en avait, leur exploitation prendrait de nombreuses années. La transition énergétique est donc à la fois indispensable et urgente. 

Mais il ne faut pas négliger les avantages potentiels : Cuba possède d’abondantes ressources permettant de produire de l’énergie sans hydrocarbures, comme le rayonnement solaire, les courants éoliens, les gisements géothermiques, les courants sous-marins, les vagues, la biomasse et une cinquantaine de rivières propices à l’installation de microcentrales hydroélectriques capables d’alimenter en électricité les communautés riveraines. Chaque contribution compte. 

Le réseau électrique public restera sans aucun doute indispensable et il sera nécessaire de l’alimenter par des centrales de grande envergure, principalement photovoltaïques et éoliennes ; sans elles, tout le reste ne serait qu’une solution temporaire. Mais d’innombrables besoins peuvent être satisfaits par la production décentralisée, en exploitant les ressources disponibles localement pour créer des systèmes de production autonomes. Les moteurs à combustion interne peuvent être modifiés pour fonctionner avec 85 % d’éthanol et seulement 15 % d’essence, à un coût bien inférieur à celui d’un véhicule électrique. 

Pour le reste du monde, la situation à Cuba exige une collaboration active et engagée, non seulement par simple humanité et en signe de soutien au droit international, violé par le gouvernement des États-Unis, mais aussi parce que ce qui se passe aujourd’hui sur l’île se produira, tôt ou tard, dans tous les pays, et sans qu’il soit nécessaire qu’un Trump coupe l’approvisionnement en pétrole d’un coup de machette : les hydrocarbures vont s’épuiser et il existe un risque réel et concret que certaines nations ne soient pas préparées à faire face à une telle situation. 

Avant l’échéance, à l’approche du moment critique, les prix du pétrole et du gaz naturel vont s’envoler et les tensions géopolitiques autour du contrôle des gisements vont s’intensifier. Des pays comme la France ont réalisé des progrès significatifs dans leur préparation, notamment grâce à leurs centrales nucléaires, mais dans la majeure partie de l’Afrique et de l’Amérique latine, la transition énergétique restera un chantier inachevé. 

Dans le cas du Mexique, dont les réserves pétrolières s’amenuisent, et dans de nombreux autres pays, la situation cubaine nous renvoie à notre propre image. Les dernières décennies d’abondance pétrolière doivent être mises à profit pour parvenir à une diversification énergétique fondée sur des sources propres et renouvelables, ce qui exige des décisions et des plans d’État s’étendant sur plusieurs mandats présidentiels. L’agression impérialiste actuelle nous impose de venir en aide à l’île. 

Par humanisme, par nécessité de réaffirmer le respect de la souveraineté et de l’autodétermination, la promotion de la paix et de la coopération, et en raison des liens historiques exceptionnellement anciens, solides et durables qui unissent les peuples de Cuba et du Mexique, nous devons aider la société cubaine à surmonter la menace existentielle que représente le trumpisme pour son pays. Il est également temps d’entreprendre un effort soutenu et de grande envergure pour abandonner progressivement le pétrole et le gaz comme principales sources d’énergie.

navigations@yahoo.com

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2 Commentaires

  • Delay
    Delay

    Debray, Malberg… si j’ai bien lu, ils n’avaient aucune confiance dans les peuples dont ils prétendaient être l’avant-garde. On devine qu’ils ne sont pas les seuls. J’aime que notre Parti communiste fasse appel à l’intelligence et ne se laisse pas aller à l’opportunisme séducteur. Depuis quelques décennies il était le moins mauvais parti de France il est désormais redevenu le meilleur et de loin.

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  • Wilfred Pomare

    La foi est à l’instar de ses aînés, est la solution viable, d’acquérir les moyens nécessaires de combler la pénurie énergétique imposée par lambda.
    Comme décrits dans l’article présent, les solutions renouvelables existent et il faudrait dès lors s’y atteler coûte que coûte.
    Sinon, tout est déjà dit, la part d’humanité est importante.

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