Aujourd’hui comme je le note dans mon livre sur le Zugzwang, l’espace médiatique est si déconsidéré comme les forces politiques que les « campagnes » ne peuvent y reprendre pied et « l’ennemi » se présente masqué sous des acteurs diffus de la société civile comme ici la tentative d’empêcher la solidarité du Mexique envers Cuba. Nous avons vu hier la contribution de la revue Jacobin à ces campagnes par leur dénonciation de la présidente au moment même où la droite reconstitue son discours anticommuniste comme un antipatriotisme… Nous avons aussi ce double visage en France, on lance des campagnes de diversion comme celle sur Navalny ou d’autres… Il y a plusieurs manières d’isoler Cuba et elles sont toutes à l’œuvre (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
18 février 2026
Les doutes, les critiques et les assurances adressés au gouvernement concernant son aide à Cuba, pays en proie à des troubles, coïncident, en interne, avec des tensions qui fragilisent l’unité du parti Morena et du gouvernement lui-même. À l’opposition quasi traditionnelle à tout ce qui évoque, est perçu comme lié à, ou se produit réellement sur l’île, s’ajoutent désormais des actions coordonnées de la droite nationale. Celle-ci se sent renforcée et soutenue par son homologue international.
L’opposition de droite actuelle, issue de la collaboration traditionnelle entre le Mexique et Cuba, a récemment connu un regain d’activité. Ses représentants ne sont pas des militants des partis d’opposition, mais plutôt des acteurs diffus : universitaires, membres de groupes sociaux, journalistes, voire certaines entreprises (voir Carlos Fazio, La Jornada , 16 février 2026). Leur convergence récente, peut-être coordonnée, exige une analyse approfondie et une prise de décision éclairée. Toutefois, compte tenu des événements récents qui façonnent indéniablement la situation actuelle du pays, une analyse politique et informationnelle complète s’impose.
Ces derniers jours ont été marqués par quatre événements officiels impliquant des personnalités publiques, dont deux de haut rang et issues de milieux différents. L’une était le coordinateur du groupe sénatorial du parti Morena ; l’autre, un haut fonctionnaire du bureau du procureur général. Ces deux limogeages étaient attendus avec une urgence compréhensible. Ils étaient le fruit de nominations au sein même du mouvement réformateur ou de membres de l’opposition faisant preuve d’un zèle suspect. Tous deux étaient perçus comme des vestiges néfastes du passé. Cette affaire a eu diverses conséquences, mais, d’une manière générale, elles visent à insuffler un nouvel élan au sein de Morena et du parti au pouvoir.
Les deux autres personnes n’occupaient pas de postes de haut niveau dans l’administration. L’une, fonctionnaire de niveau intermédiaire au ministère de l’Éducation publique, était responsable du programme crucial de manuels scolaires gratuits ; l’autre était directrice du CIDE, le Centre de recherche et d’enseignement économiques ; toutes deux avaient dirigé ces institutions importantes pendant plusieurs années. Ces deux groupes, actifs dans la vie publique nationale, ne manquaient jamais une occasion d’insister sur leur indépendance.
Tous ces individus étaient résolument néolibéraux, y compris les versions les plus extrêmes de cette idéologie. Leur impact actuel tient moins à leur éviction qu’à leurs positions idéologiques bien connues ; des idées et des positions partagées avec des groupes actifs de militants de gauche ; et des figures liées à des dirigeants influents et importants du parti Morena.
Cette coïncidence, survenue au début de la deuxième année de mandat de Claudia Sheinbaum Pardo, a complexifié sa vision du présent, et surtout celle de l’avenir. Des positions officielles qui, à ce jour, sont partagées par la majorité de la population, même si elles font l’objet d’un examen constant. Dans une première approche de cette question, qui a assurément obscurci les perspectives, l’interrelation entre la décision d’aider le peuple cubain et les sanctions promises par Donald Trump apparaît clairement.
Le risque de perturber le mouvement national pour le maintien de l’aide pétrolière à l’île était, et demeure, grave et imminent. Malgré cela, de puissantes forces internes s’opposent à toute céder à la pression, arguant que cela reviendrait à porter atteinte à la souveraineté et aux principes fondamentaux de la justice. Cette conclusion donnerait l’impression qu’une administration se considérant comme transformatrice hésite à assumer les risques liés aux changements promis. Ce qui demeure caché dans les coulisses de l’information officielle exige des éclaircissements. Il n’est pas certain que le limogeage de ces militants soit uniquement dû à des problèmes découlant de leurs actions bureaucratiques.
Si ces limogeages étaient motivés par des désaccords idéologiques, la question resterait associée à une perception incompatible avec l’ouverture et le respect des différences. Il s’agit d’un sujet délicat pour le fonctionnement interne de Morena et pour la pensée et la vision du Président. Les célébrations bruyantes et publiques de la droite suite à ces limogeages exigent un examen des motivations sous-jacentes. Celles-ci nécessitent des éclaircissements, que les propositions de postes d’ambassadeurs ne font qu’embrouiller ; des détails périphériques qui, au lieu de renforcer le respect dû à l’importance discutable de la personne concernée, contribuent à la confusion.
Tant que cette situation perdurera, elle aura des conséquences néfastes pour tous. Il est primordial d’offrir des perspectives garantissant un développement économique amélioré et équitable. La résolution et la maîtrise de ces problèmes politiques ne doivent pas entraver la croissance. Cela exige une transformation opérationnelle à la fois subtile et décisive, menée sans hésitation. Autrement dit, cela requiert une approche multidimensionnelle du leadership d’une nation qui l’exige.
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