Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Le discours de Rubio à Munich a détaillé le nouvel ordre mondial envisagé par Trump 2.0.

Face à la réalité du monde multipolaire, à l’émergence du Sud et au leadership de la Chine en partenariat privilégié avec la Russie, les Etats-Unis poursuivent la ligne d’Obama, Biden mais en tombant le masque de l’occident bienfaiteur et libéral, qui d’ailleurs fonctionnait de plus en plus seulement à usage interne aux Etats-Unis d’abord et chez les vassaux. Ce qui est préconisé sous couvert de défense « civilisationnelle » c’est la régression coloniale. Le discours de Rubio, à l’inverse de celui de Vance mais en disant la même chose et pire en matière de soumission. Si André Korybko laisse planer le doute sur l’accueil que pourrait réserver la Russie conservatrice de Doguin à une telle proposition, les textes de ce dernier prouvent la résistance des peuples de la fédération de Russie, et l’influence du KPRF autant que le peu d’illusion que peut avoir Poutine dans une telle alliance. Le mérite de cet article c’est de nous montrer que derrière le désordre erratique apparent de Trump il y a une stratégie, des textes, qui tous vont dans le même sens, rétablir le monde unipolaire en faisant régner la terreur et la misère, bref le fascisme. (note et traduction de danielle Bleitrach)


André Korybko17 février 2026

Ce que Trump 2.0 souhaite faire, c’est mener des réformes globales de la civilisation occidentale en vue de construire un État-civilisation naissant qui utiliserait ensuite sans retenue sa force collective restaurée pour contraindre les rivaux émergents à se soumettre à lui afin de rétablir l’unipolarité.

Marco Rubio, l’une des personnalités les plus influentes des États-Unis grâce à ses fonctions de secrétaire d’État et de conseiller à la sécurité nationale, a prononcé un discours historique lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le week-end dernier. Il y a exposé la vision d’un nouvel ordre mondial sous l’administration Trump 2.0. Ses propos s’appuyaient sur la Stratégie de sécurité nationale , la Stratégie de défense nationale et la « doctrine Trump », que les lecteurs peuvent découvrir plus en détail dans les analyses précédentes (liens hypertextes). Le présent article se propose d’examiner, de contextualiser et d’analyser ce discours.

Il a fustigé l’idée que « la fin de l’histoire » surviendrait après la Guerre froide, selon laquelle les démocraties libérales proliféreraient à travers le monde et un « ordre mondial fondé sur des règles » remplacerait les intérêts nationaux. Rubio a notamment critiqué la délocalisation de l’industrie vers des adversaires et des rivaux, le transfert de souveraineté aux institutions internationales, l’appauvrissement volontaire « pour apaiser un culte de la nature » et les migrations de masse, autant d’erreurs qu’il a reconnues et que les États-Unis souhaitent corriger, selon lui.

Rubio a déclaré que Trump 2.0 renouvellerait et restaurerait la civilisation occidentale par ses propres moyens si nécessaire, mais qu’il préférait le faire de concert avec l’Europe, berceau des États-Unis. Il a ensuite fait l’éloge de leur civilisation commune à plusieurs reprises avant d’affirmer que son renouveau inspirerait leurs forces armées. Il a ensuite abordé les projets de Trump 2.0 visant à réindustrialiser, à mettre fin aux migrations de masse et à réformer la gouvernance mondiale à cette fin, ce qui, selon lui, apporterait des bénéfices concrets aux populations occidentales.

Loin des politiques isolationnistes que certains alarmistes prédisent, les États-Unis souhaitent en réalité optimiser leur réseau d’alliances internationales, ce qui ne sera possible qu’à travers un partage plus équitable des responsabilités. Restaurer la fierté de la civilisation occidentale figure parmi les principaux objectifs de la politique étrangère de Trump 2.0. Cette vision d’un nouvel ordre mondial s’inspire clairement des travaux de Samuel Huntington et d’Alexandre Dugin sur le civilisationnalisme, qui mettent en lumière l’importance croissante de cette identité partagée dans les relations internationales.

Comme on pouvait s’y attendre, le concept d’exceptionnalisme américain imprègne le discours de Rubio. Cela se manifeste notamment lorsqu’il déclare que les États-Unis agiront seuls pour restaurer la civilisation occidentale si nécessaire, et lorsqu’il qualifie le « déclin irréversible » de l’Occident après la Seconde Guerre mondiale de « choix ». Ce dernier point laisse entendre que les États-Unis ne considèrent pas la multipolarité, entendue ici comme l’émergence d’autres civilisations-États venant contrebalancer la civilisation occidentale naissante que Trump 2.0 souhaite instaurer, comme inévitable.

En extrapolant à partir de là, on pourrait en déduire que l’émergence d’autres pôles (quelle que soit la terminologie employée [pays, États-civilisations, blocs, etc.]) résulte des politiques contre-productives de l’Occident, et non de ses propres politiques. Cette affirmation est discutable, car s’il est vrai que la détente sino-américaine initiée par Nixon après la Guerre froide a fourni le capital nécessaire à l’essor de la Chine, par exemple, c’est le Parti communiste chinois qui a orchestré ce processus afin de protéger la souveraineté nationale et de faire de la Chine une superpuissance économique.

Ce que souhaite faire Trump 2.0, c’est mener des réformes profondes de la civilisation occidentale afin de bâtir un État-civilisation naissant qui, fort de sa puissance collective retrouvée, contraindrait ses rivaux émergents à se soumettre pour rétablir l’unipolarité. Les États-Unis ont certes remporté quelques succès en matière de politique étrangère au cours de l’année écoulée, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils parviendront à réformer la civilisation occidentale, à en faire un État-civilisation et à dominer le monde.

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