Je suis d’accord avec ces remarques fondamentales de Franck avec un léger bémol : il dit que « Les rapports mondiaux sont en train de changer, le pouvoir impérialiste vacille, mais les nouveaux rapports ne sont pas encore écrits ni mis en place pour le monde. » C’est à la fois vrai et faux : vrai parce que l’issue est le socialisme mais faux parce que le monde multipolaire est déjà là à travers la mondialisation et le rôle de la Chine et des pays du sud, s’il y a Zugzwang c’est parce que les pièces de l’échiquier sont justement dans une disposition qui oblige l’impérialisme a recourir à des tactiques issues du temps où il était le maitre, ce qui n’est plus le cas, le néocolonialisme, la doctrine Monroe, la stratégie du fou de Nixon que nous décrivons par ailleurs. Il n’est pas échec et mat et peut accomplir un maximum de dégâts humains et environnementaux mais chaque mouvement est un échec, un désordre supplémentaire. Ne pas comprendre cela c’est se condamner à ne pas voir ce qui est déjà là et qui correspond à un monde nouveau dans lequel nous avons notre place pour échapper à l’effondrement de ce système et il ne s’agit pas seulement d’économie, de monnaie mais bien de ce que Marx apporte y compris dans le capital qu’effectivement peu de monde ont lu et moins encore le matérialisme historique et dialectique qui n’est pas une économie politique mais une critique de l’économie politique. Il faut sortir de cet économisme.. La relation aux forces productives se joue déjà différemment … (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete).
Cela peut paraître surprenant, pour nous qui avons été appris à considérer que la finance était l’ennemi. Pourquoi le socialisme a-t-il besoin de se déployer dans l’espace de la finance ? Si on y réfléchit bien, cette situation n’est pas tout à fait nouvelle. Le socialisme est pacifique, mais dès que les premiers états ouvriers ont été constitués, ils ont dû apprendre à former des armées, et l’art de la guerre pour se défendre car ils étaient attaqués de toute part. Ils l’ont fait, et l’URSS a vaincu le nazisme, parvenant à Berlin, les communistes chinois ont libéré la Chine et proclamé la République Populaire, le Vietnam socialiste a vaincu les USA et Cuba a renversé le régime de Batista, entre autres victoires majeures qui ont fait l’histoire du 20ème siècle. Et le capitalisme impérialiste a alors déployé une nouvelle stratégie : celle du contrôle de la finance mondiale comme frein et chantage au développement, s’appuyant sur le fait que la révolution émergeait non dans les pays développés, mais dans les anciennes colonies et semi-colonies.
La Chine a, la première, vaincu cette stratégie et ouvre, comme nous l’avons souligné dans notre ouvrage, une nouvelle perspective de modernisation et de développement, pour l’ensemble du monde. Mais cela a nécessité de se mêler à l’économie capitaliste, d’en apprendre les règles et d’y mener le combat du développement pied à pied. Il s’agit désormais d’établir de nouveaux rapports financiers mondiaux, et là encore, on peut faire un parallèle avec l’URSS : il n’a pas suffit de vaincre le nazisme et le fascisme en 1945, car, dès août 45, une nouvelle menace s’est présentée, celle de la bombe atomique.
L’URSS a dû à son tour se doter de l’arme nucléaire, afin de développer les nouveaux rapports mondiaux, entérinés dans la charte de l’ONU mais pas encore exécutés dans la pratique et permettre, par un rapport de force constamment maintenu, à l’ensemble des peuples colonisés d’acquérir leur indépendance formelle, de devenir à leur tour des états souverains membres de l’organisation internationale. Il en est de même de la finance. Les rapports mondiaux sont en train de changer, le pouvoir impérialiste vacille, mais les nouveaux rapports ne sont pas encore écrits ni mis en place pour le monde.
C’est la tâche à laquelle la Chine et les BRICS s’attellent. Cela passe par de nouvelles règles, une stabilisation monétaire et financière, l’accès de tous à des conditions équitables aux échanges mondiaux, sans condition politique. Lorsque ces conditions seront réalisés, chaque pays retrouvera la possibilité de choisir son avenir, y compris le droit d’avancer, selon ses propres traditions et sa propre culture, sur la voie du socialisme.
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