https://www.jornada.com.mx/noticia/2026/02/03/opinion/cuba-y-la-honda-de-david
Que l’on ne se raconte pas d’histoire : Cuba n’est pas un lieu romantique, c’est le pays de l’intelligence stratégique qui accepte aujourd’hui en défense de l’humanité de faire la démonstration de la faillite totale et en particulier morale de l’impérialisme alors que nous Français n’avons même pas le courage de regarder en face la réalité de ce qu’est la totalité de notre classe politique et ses petits arrangements, ses luttes pour les places, et qui acceptons à ce titre la montée du fascisme. Je crois que nous ne mesurons pas assez l’ampleur de la situation et nous croyons nous en sortir avec les micro-protestations actuelles tout en continuant à soutenir les attaques impérialistes en Iran et partout sous prétexte que l’adversaire serait pas tout à fait moralement irréprochable en matière de droits de l’homme ou serait « stalinien » ce qui est la ligne défendue à gauche et dans le PCF par ceux qui tiennent la presse et la commission internationale toujours imposée y compris par censure (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete).
3 février 2026
Le combat de David contre Goliath n’est pas qu’une simple métaphore biblique recyclée par la rhétorique politique, mais une structure de sens profonde, une grammaire historique qui organise la lutte entre des forces asymétriques lorsque l’éthique refuse de se soumettre à l’arithmétique du pouvoir. Dans le cas cubain, cette dialectique a été érigée en vertu collective, en pédagogie de la résistance, en sémiotique de l’action où la faiblesse matérielle n’est pas vécue comme un manque, mais comme une opportunité créative.
Cuba n’a pas survécu à l’empire par miracle ni par une obstination romantique, mais grâce à une intelligence politique et révolutionnaire qui a su contrer nombre des ravages du blocus et transformer le désavantage en méthode, la pénurie en langage et l’agression constante en conscience collective. Là où l’impérialisme – avec son appareil financier, militaire, médiatique et symbolique – tente d’imposer le récit de l’inéluctabilité, l’expérience révolutionnaire cubaine lui oppose celui du possible, non comme une chimère, mais comme une pratique sociale ancrée dans des décennies de siège.
Une vertu cubaine n’est pas le déni du conflit, mais sa transformation humaniste : faire de la nécessité une éthique, du siège une école, et de la menace un miroir où le peuple révolutionnaire apprend à se reconnaître comme sujet de l’histoire. Trump n’est pas une anomalie, mais une hyperbole, une caricature brutale de l’impérialisme, qui a toujours fonctionné selon la même logique d’intimidation, de punition et de châtiment exemplaire, mais cette fois sans vernis diplomatique.
Face à cette obscénité du pouvoir, Cuba a réagi comme toujours par une organisation renforcée, une culture politique plus affirmée et une présence symbolique plus profonde. L’asymétrie ne s’atténue pas, elle se redéfinit. Le blocus ne vise pas seulement à satisfaire une faim matérielle, mais aussi une soif de sens, et la Révolution répond par une sémantique de la dignité qui transforme chaque acte de résistance en un symbole majeur. Il ne s’agit pas d’idéaliser la souffrance, mais de comprendre comment une communauté politique choisit de ne pas être définie par le langage de l’ennemi.
Dans la dialectique des vertus cubaines, le combat quotidien est une dialectique de la conscience : savoir que l’adversaire est un scélérat plus puissant et pourtant refuser son hégémonie. David ne vainc pas Goliath par la force brute, mais par l’intelligence stratégique et une juste lecture du terrain symbolique ; Cuba n’affronte pas l’empire en copiant ses méthodes, mais en déconstruisant sa logique, en révélant ses contradictions et en exposant sa violence structurelle aux yeux du monde.
Chaque médecin envoyé dans des endroits où personne ne veut aller, chaque vaccin développé dans des conditions difficiles, chaque école maintenue malgré les coupes budgétaires imposées, est une pierre jetée non pas contre un corps, mais contre un discours. L’humanisme révolutionnaire n’est pas un slogan, mais une pratique qui redéfinit les priorités : sauver des vies avant de préserver les profits, éduquer avant d’endetter, partager avant d’accumuler.
Voilà ce que l’impérialisme trouve intolérable : non pas l’existence d’un petit pays rebelle, mais la démonstration empirique qu’un autre ordre de valeurs est non seulement souhaitable, mais fonctionnel. Trump, avec sa rhétorique des murs, de la punition et de la suprématie, a incarné la phase la plus cynique d’un système qui ne tolère pas la différence lorsqu’elle devient un exemple. C’est pourquoi l’agression contre Cuba est aussi une agression contre l’idée même de souveraineté populaire, contre la possibilité pour les peuples de décider sans demander la permission. La réponse cubaine n’a pas été la haine, mais la persévérance ; non pas la capitulation, mais la mémoire active ; non pas l’imitation du bourreau, mais l’approfondissement de son propre projet.
Sur le plan sémiotique, la Révolution a accompli un exploit exceptionnel : elle a fait émerger du sens de la périphérie, remettant en question la signification de mots comme démocratie, liberté et droits humains à partir d’une expérience concrète, et non d’un marché abstrait. C’est là la véritable menace pour l’empire : que le langage cesse de lui appartenir. Transformer l’asymétrie en force humaniste, c’est reconnaître que toute puissance n’est pas quantifiable, qu’il existe une puissance collective qui échappe aux statistiques du Pentagone et aux bilans de Wall Street. Cuba a fait de sa fragilité une arme éthique, de sa vulnérabilité une pédagogie politique et de sa résistance une forme d’amour social organisé.
David ne devient pas Goliath en le vainquant ; il le vainc sans cesser d’être David. C’est là que réside la leçon la plus profonde : non pas gagner en ressemblant à l’ennemi, mais triompher sans trahir son humanité. Dans un monde saturé de cynisme, une telle constance est subversive. C’est pourquoi l’impérialisme persiste, menace, punit et ment ; car face à la force brute, il ne craint qu’une chose : la persistance d’un exemple qui démontre que, même assiégé, il est possible de vivre autrement, de penser autrement et de combattre sans renoncer à sa dignité.
Le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba n’est ni une simple politique étrangère ni un « différend bilatéral », mais une forme systématique de violence structurelle qui présente les caractéristiques d’un crime contre l’humanité, puisqu’il attaque délibérément, de manière prolongée et consciente une population civile dans le but explicite de provoquer des souffrances, des pénuries et le désespoir social.
Elle ne punit pas un gouvernement, mais un peuple entier, en restreignant l’accès aux médicaments, à la nourriture, à la technologie, au financement et aux relations normales avec le reste du monde, même en situation d’urgence sanitaire ou de catastrophe naturelle. Sa logique n’est pas juridique, mais punitive ; elle n’est pas diplomatique, mais exemplaire : elle vise à faire un exemple pour que personne ne l’imite. D’un point de vue éthique et sémiotique, le blocus tente de normaliser la souffrance comme outil politique et de faire de la cruauté la norme, violant ainsi les principes fondamentaux du droit international et de la coexistence humaine. Sa persistance malgré les condamnations répétées de la communauté internationale révèle non seulement l’impunité du pouvoir impérial, mais aussi sa faillite morale. Face à cela, la résistance cubaine acquiert une dimension encore plus profonde ; elle ne survit pas seulement à un siège physique, mais son existence même dénonce l’obscénité d’un système qui punit la dignité et criminalise la souveraineté. Le blocus est un crime contre l’humanité.
*Docteur en philosophie
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