Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

De la censure par le « vide » : Hegel désigne le problème, par Danielle Bleitrach

Cet article est une sorte de post-scriptum à la conclusion de mon livre, pour commenter le positionnement définitif ou temporaire auquel il se tient, je me tiens : ne plus me mêler de la politique française. Il est le résultat d’une méditation sur la nature de la censure sous diverses formes que malgré sa diffusion honorable ce livre a connu. Cette décision est liée à la nature de la censure, au fait qu’elle ne cesse de gagner du terrain alors même que les autorités qui la mettent en œuvre en perdent. Cette censure signifie en fait que l’immense majorité des appareils, institutions de cette société acceptent de fonctionner dans un système dont est exclue toute possibilité de le remettre en question. Cela peut se concevoir de la part des bénéficiaires du système mais que penser de ceux qui en sont les victimes ? Et plus encore de ceux mêmes dont c’était la finalité d’être dans l’opposition au nom des classes opprimés ?

Quand la censure n’engendre plus d’arguments mais le vide, il faut concevoir que cela dépasse les individus, mais que cela les transforme en sujet, pour parodier un texte d’Althusser, d’une « technostructure » qui a imposé un scientisme de l’erreur manifeste et de l’absence totale de perspective comme principe de gestion des dites sociétés. Cette stupéfaction est proche de celle ressentie par Hegel face à une « connaissance », une science qui a perdu l’esprit..

Déclaration de Hegel dans la phénoménologie de l’esprit :

« Je me souviens très bien du temps pendant lequel j’ai flâné dans les sciences, pensant honnêtement que ce qui était manifeste en elles ne constituait pas encore le tout. Des manières de conduire le raisonnement, je conclus que l’essence résidait encore à l’arrière-plan, et que tous en savaient de loin beaucoup plus que ce qu’ils en disaient : c’est-à-dire connaissaient l’esprit ou les raisons de ce qu’ils avançaient. Après avoir cherché longtemps et en vain où devait être trouvé ce dont on avait toujours parlé et à quoi l’on s’était toujours rapporté comme à l’universellement connu et au procédé habituel, donc à ce qui était juste mais dont on ne pouvait pas donner la justification, je trouvai qu’en réalité il n’y avait en cela rien de plus que ce que j’avais compris, sauf ceci : le ton de l’assurance, l’arbitraire, l’outrecuidance. »

Cette censure est théologique, dire qu’elle est telle n’a même pas besoin de recourir à l’exemple des prédicateurs évangélistes, il suffit de constater qu’interdit le pourquoi et maintenant le comment, tout y devient de l’ordre de « la révélation ». Sans la moindre considération rationnelle avec le fait que le nombre des exclus ne cesse de s’agrandir et touche non seulement « les masses » mais des individus de bien plus grande envergure que ce que je suis. Ainsi faire appel à une démonstration complète de la part d’un théoricien du matérialisme historique et dialectique du type de Lénine ou Marx vous rend suspect, et invalide votre démonstration, non seulement pour la « bourgeoisie », l’homme aux écus, figure éternelle du capital mais pour le parti, le syndicat et les « militants » qui le contestent.

Alors que le marxisme léninisme est une tentative incontournable pour donner un fondement scientifique à la politique, qui ne se résume pas au champ politique officiel et rompt avec le droit divin comme fondement de la légitimité la base de notre modèle républicain. Que l’on soit d’accord ou non, en tant que matérialisme renforcé par la dialectique qui s’appuie sur l’acte productif, la confrontation permanente, seul les philosophes qui en tiennent compte comme Kant, Descartes, et d’autres qui donneront les Lumières, conservent un pouvoir d’action, les autres tombent en poussière. Quand on croît l’avoir vaincu, exclu, cela se traduit par un déclin, un conformisme, qui est celui de notre societe aujourd’hui, incapable même d’accepter ce grand renouveau qui correspond au monde multipolaire. L’imbécilité du discrédit, porté avant tout examen, à une telle solution alors que l’on accepte passivement l’identification de la démocratie à un machin tel que les administrations des USA nous offrent l’exemple, est totalement idiot.

Il est clair que ce phénomène de censure, qui circonscrit ce qui peut être dit, pensé, tout le reste relevant d’une condamnation vaticane interdisant la discussion, doit être attribué à l’état de décomposition avancé de la « technostructure » contrerévolutionnaire qui s’est constituée en bloc hégémonique dans les années quatre-vingt et donc illustre l’impossibilité à gouverner de ladite classe.

Ce que j’ai découvert dans cette censure imbécile était comparable dans le fond à ce que découvre Hegel dans la phénoménologie de l’esprit : il y a un moment où le capitalisme à son stade ultime de l’autodestruction ne fonctionne plus en créant des cohérences, des affrontements, non il laisse les êtres humains devant le vide qu’il soit social ou et conceptuel.

En ce moment on découvre que ce chemin mène à Trump, la censure se poursuit dans l’art de se faire peur et de limiter ça à un simple dysfonctionnement, alors au lieu d’y voir la nécessité d’une rupture et l’issue socialiste. L’asservissement conscient et inconscient est tel qu’il faut plus que jamais continuer à interdire tout débat sur une adhésion potentielle à ce monde multipolaire, avec ce leadership de la Chine y compris face à une une Europe vassalisée qui oscille entre soumission et partenariats impuissants.

Nous en donnons l’exemple dans la manière dont le chancelier allemand face à la débâcle du macronisme, tente de former un nouvel « axe » avec Meloni – dont on oublie qu’elle se revendique fasciste puisqu’elle est pour l’OTAN. Mais en fait le couple est illusoire, une comédie par rapport à la tragédie initiale mais une force d’inertie au coût social, économique, environnemental, culturel énorme… Dans une fuite en avant qui ne rime à rien…

Comme c’est l’autorité de telles caricatures qui est aujourd’hui en cause, pour tenter de faire accepter l’inacceptable, les peuples de l’occident global s’aperçoivent qu’il n’y a rien d’autre que ce qui est dit et auquel personne ne tient vraiment si ce n’est le ton d’assurance, l’arbitraire, l’outrecuidance de ceux qui ont un semblant d’autorité dans la technostructure impérialiste actuelle.

Si l’on permet ce retour à mon propre positionnement, quand j’ai mesuré à quel point, étant l’objet l’exclusion systématique, il était inutile de s’épuiser à polémiquer puisqu’à l’inverse de ceux qui FONT je suis condamnée à la double peine, celle de la classe dominante et celle de ceux qui sont incapables de savoir pourquoi ils me censurent mais qui le font parce c’est devenu leur manière d’exister dans ce qui relève de rituels dans lesquels se maintiennent des appareils, en tant qu’il continuent à s’inscrire dans la défaite programmée et son idéologie. Je n’ai pas les moyens de m’attaquer à pareille dérive.

En revanche, il me semble qu’il y a la nécessité de construire des réponses originales à cette situation qui fait que la plupart des organisations, partis, syndicats, associations sont la proie de ce mode hégémonique par le vide conceptuel et social(1) (divisions, anomie, concurrence, et sur le fond identification au consensus) tout en étant traversés à partir de la poussée de la base qui n’en peut plus et ne « croit » plus et des « révélations » de la situation par d’autres courants. Nous sommes en train d’expérimenter un mode de fonctionnement à partir de ce qui se fait concrètement avec des buts clairs et définis, qui laisse un maximum de souplesse aux investissements individuels, aux pratiques. Nous avons dans Histoireetsociete plusieurs bases communes, ce blog et les textes de réflexion, les commentaires de l’équipe de direction et des « contributeurs ». Il y a notre livre sur la Chine et une collaboration qui va au-delà avec les éditions Delga. Loin d’être un appauvrissement, les travaux, implications de chacun peuvent correspondre à un plus important et devenir un mode de survie au « vide » et ses effets destructeurs. Il peut être un facteur de rassemblement mais nous en reparlons dès demain à propos de notre approfondissement sur la Chine, le socialisme.

Et il ne faut jamais limiter le questionnement à une réduction du « vide » et c’est ce qui fait que j’en reviens à l’art au cinema, parce que chacun de nous est confronté au sens de sa vie et à l’action « collective » par laquelle il le retrouve, c’est ça l’apport de Hegel que Marx n’abandonnera jamais et ce n’est pas par hasard que je clos une analyse « politique de mon livre par ce « politique » qui ne l’est pas et auquel nous renvoie la relation à la nature et à notre propre nature., ave c des « indices comme le refus d’enfant mais aussi la mort en priorité dans les guerres, les génocides et le possible apocalypse nucléaire auquel on nous acc outume (2)

le vide c’est la mort donc le sens de la vie, celui de notre engagement de communiste auquel en appelle mon livre et c’est ce décrit ici Hegel qui donne tout son sens d’effroi à ce que les « vides » sociaux, conceptuels désignent :
cette image appartient à l’esprit ; il est en possession de celle-ci, il en est le maître ; l’image est conservée dans le trésor de l’esprit, dans la nuit de l’esprit; elle est inconsciente, c’est-à-dire qu’elle n’a pas à être exposée comme objet de représentation.
L’homme est cette nuit, ce néant vide qui contient tout dans la simplicité de cette nuit, une richesse de représentations, d’images infiniment multiples dont aucune précisément ne lui vient à l’esprit ou qui ne sont pas en tant que présentes.
C’est la nuit, l’intérieur de la nature qui existe ici, pur soi, dans les représentations fantasmagoriques ; c’est la nuit tout autour; ici surgit alors subitement une tête ensanglantée, là une autre silhouette blanche, et elles disparaissent de même.
C’est cette nuit qu’on découvre lorsqu’on regarde un homme dans les yeux, on plonge son regard dans une nuit effroyable, c’est la nuit du monde qui s’avance ici à la rencontre de chacun.
Georg Wilhelm Friedrich Hegel

Danielle Bleitrach

(1) cette notion de « vide social » a déjà une littérature sociologique et psychosociologique derrière elle et renvoie au concept d’anomie, un dysfonctionnement social qui empêche de former collectif pour faire simple.

(2) j’ai esquissé une critque du film Hamnet et je réponds à des remarques d’un lecteur pour expliquer en quoi il ouvre sur quelque chose qui ml’est essentiel ce film présente des moments d’une rare intensité et repose sur la rencontre de deux « magies » aussi incompréhensibles que l’amour et la mort, celle d’une relation à la nature de « la sorcière », un enfantement de la terre avec ses rouges, ses ocres, et ses verts, auquel répond l’autre enfantement tout aussi magique celui de la création d’une fiction qui rend la souffrance humaine habitable dans les bleus froids et blancs, chacun de la naissance à la mort se débat au quotidien entre ces deux pôles. Cela correspond à mes propres questionnements plus que le sympathique ma frère… c’est parce que je n’en suis pas à autre chose que je n’écris pas d’article. Mais votre remarque sur le rythme et le fait que c’est très long avant d’arriver à la rencontre sur la scène du théâtre et que donc cela peut être artificiel me parait avoir de la pertinence.
En fait ce film prolonge cette réflexion sur ce que par ailleurs je dis sur le « vide » social conceptuel dans lequel l’impérialisme nous plonge et cette référence à Hegel.
le vide c’est la mort et c’est ce décrit ici Hegel qui donne tout son sens d’effroi à ce que les « vides » sociaux, conceptuels désignent et le fait que dans cde temps de basculement historique est posé le sens de notre vie par rapport à la mort, la notre et celle potentielle de l’espèce à travers le nucléaire, les dérèglements climatiques mais aussi le non désir d’enfant, leur mort.

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