Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Un film que vous devriez voir en priorité : Hamnet de Chloë Zand

Hier je suis allée voir Hamnet de Chloë Zand, j’avais déjà vanté un de ses films ici (nomadland), un de ces films univers qui nous incite non pas au dépaysement ou à l’analogie simple mais qui est une fois de plus un antidote à cette atmosphère de mort et décomposition que l’on nous fait accepter comme l’air du temps. L’amour, ce fil invisible et secret qui unit les individus dans leur relation à la nature et à leur propre nature est joué dans une toute autre gamme que celle qui nous menait dans le désert aux Etats-Unis où ceux qui n’avaient plus ni foyer ni maison reconstruisaient leur nomadisme. Ici c’est au contraire dans ce moment truculent et charnel de la fin de la féodalité que se crée le contexte de la dramaturgie d’un certain William Shakespeare, son couple face à la perte de l’enfant de 11ans , Hamlet. Peut-être vais-je aller le revoir et vous en parler plus longuement en attendant j’aime bien cette critique qui dit l’essentiel l’ode à la vie, l’antidote à la mort et l’apport du théâtre, du cinéma dans le collectif. menacé de destruction par la souffrance. L’art ne nous guérit pas de la souffrance mais quand nous osons le deuil, il rend cette souffrance habitable. Il en est ainsi de toutes nos tentatives d’affronter la nature, notre propre nature u acte politique collectif mais qui ne se résume jamais à la politique et qui exige au contraire de celle-ci de reconnaitre la philosophie comme connaissance. Le contraire de ce barnum de mort dans lequel on tente de nous enrôler.(1) (note de danielle Bleitrach pour histoiretsociete)

“C’est une histoire de métamorphose”, explique Chloé Zhao à propos de Hamnet. Pour son cinquième long-métrage, la réalisatrice, scénariste et productrice chinoise, doublement oscarisée pour Nomadland (2020), choisit d’adapter le roman éponyme de Maggie O’Farrell. Le livre imagine le deuil d’Agnes et William Shakespeare après la mort prématurée de leur fils Hamnet, frappé par la peste à l’âge de 11 ans. Ce drame résonne en filigrane avec l’héritage du dramaturge, notamment avec Hamlet, dont la proximité nominale souligne l’importance de l’enfant dans l’œuvre de son père. Le roman d’O’Farrell comme le film de Zhao entendent réparer cet oubli.

En racontant l’histoire d’une glaneuse proche de la nature et d’un écrivain érudit, le récit interroge la manière dont l’amour et la perte peuvent s’entrelacer au cours d’une existence, parfois jusqu’à se confondre. Il rappelle également que la création peut naître d’une blessure et que l’art est un espace de grâce où la douleur trouve, sinon une consolation, du moins une forme de sublimation. “Car l’amour ne meurt pas, rappelle la cinéaste. Il se transforme.”

Hamnet de Chlo Zhao

La vision de Chloé Zhao

Lorsque Chloé Zhao découvre Hamnet, elle traverse une période de doute, au lendemain de l’accueil critique mitigé d’Eternals. La lecture du roman de Maggie O’Farrell agit alors comme une révélation. Une “expérience viscérale”, dit-elle. Ce vocabulaire témoigne son attachement au texte, mais éclaire aussi la manière dont Zhao aborde l’adaptation : comme une traduction poétique et sensorielle, ancrée dans son univers. En cinéaste, elle projette le roman en images, en textures et en couleurs, mobilisant une spiritualité inspirée de traditions anciennes – notamment l’hindouisme – où les chakras se structurent par couleurs : le rouge de la terre, le vert de la forêt, le bleu du ciel. Cette grille de lecture organise aussi la caractérisation des personnages, Will s’élevant vers une aspiration céleste tandis qu’Agnes s’inscrit pleinement dans le monde terrestre.

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Dès l’origine du projet, Zhao a une vision précise de ses interprètes. Elle rencontre deux d’entre eux au festival de Telluride en 2022 : Jessie Buckley, venue présenter Women Talking, et Paul Mescal, à l’affiche d’Aftersun. Le tandem fonctionne à merveille, incarnant avec justesse le désir qui unit les personnages, puis au chagrin qui les éloigne, chacun traversant le deuil selon une temporalité et une sensibilité propres. À l’écran comme dans la vie, la mort apparaît alors comme une force redoutable, capable de séparer durablement ceux qui restent — une expérience universelle dans laquelle le spectateur peut se reconnaître.

Hamnet de Chlo Zhao

Portée favorite dans la course à l’Oscar de la meilleure actrice, l’Irlandaise Jessie Buckley marque une nouvelle victoire aux Golden Globes 2026. Portrait d’un talent magnétique.

Par Marthe Mabille

Une œuvre qui touche au sublime

Chloé Zhao ne cache rien : “J’ai eu peur de la mort toute ma vie, et par conséquent, j’ai toujours eu peur de l’amour”, confie-t-elle. Avec Hamnet, elle s’autorise enfin à montrer ses émotions à l’écran. Malgré une mise en scène absolument remarquable, le film dépasse la simple reconstitution historique : il devient un geste intime, un moyen pour la réalisatrice d’affronter ce qui l’effraie. “L’impermanence de la vie est presque insoutenable, explique-t-elle. Nous essayons souvent de l’oublier. Mais c’est précisément contre cet oubli que l’art existe.” Le film ne prétend pas apaiser nos angoisses existentielles, mais les rendre habitables. En donnant forme à la perte, il rappelle que si l’amour expose à la douleur, il demeure aussi ce qui nous ancre au monde.

La puissance de Hamnet culmine dans sa scène finale. Dans une reconstitution impressionnante du Globe Theatre, Paul Mescal joue la célèbre pièce de Shakespeare sous le regard attentif de Jessie Buckley, au milieu d’une foule de figurants. L’instant possède une dimension quasi spirituelle. “C’était comme si l’on allait dans un temple, à l’église, à un grand concert ou à un match de football, raconte Zhao. “Quand le tournage s’est terminé, tout le monde pleurait. On se prenait dans les bras les uns des autres. Il n’y avait plus de frontière entre réalité et fiction, entre acteurs et techniciens, entre passé et présent. Pendant un moment, rien n’était plus séparé. C’est pour cela que Shakespeare écrivait : pour rassembler les gens.” En donnant vie à HamnetChloé Zhao signe un film qui, à son tour, a le pouvoir de réunir. Un talent précieux, qui marque l’évidence d’une grande artiste.

Hamnet de Chlo Zhao

Hamnet, de Chloé Zhao, avec Jessie Buckley et Paul Mescal, actuellement au cinéma.

(1) j’introduis ici les dernières lignes de mon petit livre à paraitre en février qui dans sa conclusion après avoir étudié les conditions stratégiques de ce basculement historique que nous sommes en train de vivre pose l’essence du « politique » , la vie ensemble des êtres humains.

Parce que le capital à ce stade nous fait du « cinéma » mais parce que  la théorie de notre stratégie est la philosophie matérialiste. Comment puis-je  à partir de cet éblouissement, ce sentiment du juste et du vrai que l’on peut éprouver devant une « œuvre », un film, un tableau de Matisse, un poème d’Aragon et tant d’autres,  faire partager cette autre conviction qui est la mienne ?

 A savoir, la philosophie matérialiste qu’est « le marxisme » ne peut pas être réduite au politique par son objet même, la connaissance, la philosophie matérialiste qui n’est pas scientisme mais prétend en rester maître. Celle-ci n’a pas pour seul objet la connaissance de la lutte des classes, ni même des lois du développement scientifique social, mais des lois qui lient tout ceci à des lois plus générales du mouvement de la nature en tant qu’elles se réalisent dans la société et dans la pensée. C’est toute la pratique politique qui ne peut être réduite à la politique politicienne à l’Etat à la production et la répartition des ressources, dans la lutte des classes, les institutions, les représentations, l’objet du  matérialisme historique. Mais la politique est alors prise dans une nécessaire réflexion et conceptualisation théorique qui la dépasse et il viendra un temps sans lutte de classe ni Etat où la seule fonction politique du commerce des êtres humains entre eux et dans leur relation à la nature, sera la connaissance celle dont rêve Spinoza comme la « joie ». Le rôle de la connaissance dans la pratique va croissant, l’art par moment est promesse de cet achèvement et ce au cœur de nos souffrances humaines, chacun en ressent une part même quand on le maintient dans l’ignorance, « 

Et vive le mélodrame qui fit pleurer Margot, « le théâtre de la rue, sa créativité, sa sensualité audacieuse d’où nait le renouveau alors que les Musées, les salles de spectacles ne font que confirmer, sélectionner et l’artiste lui porte la création jusqu’à ce moment où la représentation nous aide à habiter souffrances, amour et mort.

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