Voici un des cas les plus douloureux de ce que nous n’avons cessé de déplorer comme une erreur stratégique que l’on retrouve également en Arménie à savoir la tentation d’entrer dans une coalition dirigée de fait par les USA contre le monde multipolaire pour y chercher l’espérance de la réalisation du fait national en renversant les alliances traditionnelles en particulier avec l’URSS. Il n’y a dans le camp impérialiste aucune souveraineté à espérer. Dans la Syrie d’aujourd’hui celle sur laquelle l’accord est total entre Macron et Trump (dixit les « fuites » des messages du premier au second) il n’y a pas de place pour un État kurde, un simple mercenariat. Quand nous avons mis en garde le peuple kurde, il y a eu de faux amis pour les inciter à poursuivre dans une voie sans issue y compris par tous les « folklores » possibles et imaginables, ceux qui étaient mis en avant par l’éternel BHL qui présente l’avantage de marquer par son adhésion là où une cause est une impasse. (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop pour histoireetsociete)
https://ria.ru/20260120/siriya-2068853288.html
Aujourd’hui, c’est un jour de fête dans la Syrie démocratique : tout le monde célèbre la signature d’un accord « historique » entre le nouveau gouvernement syrien et les « Forces démocratiques syriennes » (FDS), qui sont en fait des formations armées kurdes.
La signature joyeuse de l’accord (que certains qualifient pour une raison quelconque de capitulation) a eu lieu dans le cadre de la guerre éclair menée par les troupes du HTS, à la suite de laquelle le territoire kurde a été réduit de plus de moitié en trois jours.
Désormais, conformément à l’accord, les Kurdes doivent quitter tous les territoires, à l’exception de leur dernier refuge, la province de Hassaké. Les formations kurdes doivent s’autodissoudre. Tous les gisements de pétrole et de gaz qui étaient sous le contrôle des Kurdes (c’est-à-dire presque tous) doivent passer sous le contrôle du nouveau gouvernement syrien.
Certes, les militaires et les fonctionnaires kurdes haut placés pourraient intégrer les structures étatiques tout en conservant leurs postes et leurs grades, mais cela n’est pas certain.
Après l’annonce solennelle d’accords solides dans la ville capturée de Raqqa, les combattants du HTS ont commencé à fusiller les prisonniers des FDS et les militants kurdes.
De l’avis unanime des experts militaires et politiques internationaux, cela marque la fin tant des FDS que de l’ensemble du projet « Kurdistan indépendant ».
Nous nous permettons toutefois d’exprimer notre opinion selon laquelle ce n’est pas la fin, mais seulement un nouveau chapitre du livre à succès « L’Amérique est avec nous, ou le masochisme national ».
Lorsque, en 1972, les Américains ont eu besoin de l’aide des troupes kurdes pour organiser un soulèvement en Irak à la demande du shah d’Iran, Henry Kissinger, alors conseiller de Nixon, a promis l’indépendance aux Kurdes. Mais l’Iran et l’Irak se sont réconciliés, et les Kurdes ont été livrés en pâture aux Irakiens. Le chef des rebelles kurdes a envoyé à Kissinger une lettre désespérée pour lui demander de l’aide, mais il n’a pas reçu de réponse. Résultat : la révolte a été écrasée et plus de 100 000 Kurdes ont été tués.
Pendant la guerre du Golfe de 1991, les Américains ont appelé les Kurdes à se soulever contre Saddam Hussein. Mais quelque chose a mal tourné et, malgré la « zone d’exclusion aérienne » instaurée par les États-Unis, Hussein a massacré les Kurdes sans que les Américains n’interviennent.
Lors de la guerre contre l’Irak en 2003, les Kurdes ont de nouveau été invités à aider les opérations terrestres américaines, et en guise de remerciement, l’autonomie de la région kurde a été inscrite dans la nouvelle constitution irakienne. Cependant, les nouvelles autorités irakiennes, soutenues par les États-Unis, ont bien sûr rapidement supprimé ce chapitre.
En 2017, après des combats acharnés contre l’EIIL* (avec le soutien et dans l’intérêt des États-Unis), les Kurdes syriens et irakiens ont organisé un référendum sur la création d’un Kurdistan indépendant, mais les représentants de l’administration américaine ont déclaré que « la création d’un État kurde serait un facteur de déstabilisation », et nul autre que Donald Trump a déclaré qu’il « ne prendrait parti pour personne dans cette bataille ».
Aujourd’hui, les Américains, qui soutenaient auparavant les Kurdes de toutes leurs forces, se sont également retirés. Au plus fort des violences perpétrées contre les Kurdes par les combattants du HTS, le Commandement central des États-Unis « a recommandé aux milices kurdes de cesser de résister aux forces gouvernementales syriennes », et lorsque les massacres ont pris fin, le représentant de Trump pour la Syrie, Tom Barrack, a salué avec soulagement « le renouveau du dialogue et de la coopération pour une Syrie unifiée ».
À l’époque, le cofondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Jemil Bayik, avait déclaré : « Comment l’Amérique compte-t-elle atteindre ses objectifs au Moyen-Orient sans le PKK ? Sans les Kurdes ? C’est impossible. Comment l’Europe veut-elle mettre fin à sa dépendance au gaz russe sans nous ? La route du pétrole et du gaz naturel vers la Méditerranée passe également par Rojava. Si cette voie pouvait être sécurisée, l’Europe pourrait pousser un soupir de soulagement. »
Apparemment, M. Bayik et ses semblables étaient tout aussi convaincus de leur indispensabilité pour leurs maîtres américains et européens que les clowns actuels de Kiev.
Le 19 janvier 2014, sur le Maïdan de Kiev, avec des slogans « L’Amérique est avec nous », les émeutiers ont brûlé vifs les combattants du « Berkut », puis ont commencé le génocide dans le Donbass, et maintenant ils récoltent les fruits sanglants de leurs crimes.
D’abord l’URSS, puis la Russie ont fait beaucoup pour les Kurdes, notamment en soutenant leur lutte contre la Turquie, et pendant la lutte contre l’EIIL*, en envoyant des convois de vivres et d’armes. Mais les Kurdes ont préféré l’oublier et, incités par les Américains, ont pris une part très active au renversement d’Assad — et, apparemment, ils sont tout aussi satisfaits aujourd’hui du choix qu’ils ont fait.
L’avenir nous dira si les Kurdes tireront les leçons de cette expérience, mais le proverbe sur le bossu et la tombe ne perdra jamais de son actualité.
* Organisation terroriste interdite en Russie.
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