Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La force du peuple vénézuélien uni derrière son gouvernement, l’expérience de ce qu’est l’impérialisme

Lors d’une puissante manifestation qui a eu lieu à Caracas comme dans tout le pays pour le dixième jour consécutif, le fils de Maduro a adressé un message de son père à la foule. Par ailleurs les sondages indiquent qu’à l’intérieur du Venezuela il y a une quasi unanimité (en priorité chez les chavistes où elle atteint 92% mais aussi dans l’opposition 79%) derrière la présidente intérim et pour dénoncer l’intervention des USA et le kidnapping de Maduro). Le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello a comptabilisé 100 morts par les bombardements, d’autre part il a fait état d’arrestations de trafiquants de drogue empêchés d’intervenir par la mer : ils passent par la terre où ils sont plus vulnérables. Cette référence prend tout son sens si on connait l’histoire du Venezuela. Je tente d’expliquer en fin d’article pourquoi non seulement au Venezuela, à Cuba, on doit réclamer la libération de Maduro mais même en Iran, il faut considérer que la priorité réside dans l’interdiction de l’ingérence des USA. Il ne faut avoir aucune expérience de ce qu’est une ingérence des Etats-Unis et de leurs alliés vassaux pour tracer un signe d’égalité entre le pouvoir iranien – pour lequel je n’éprouve pas le même enthousiasme que pour les Cubains et les Vénézuéliens – et Trump, ce que serait une telle intervention, un blocus, des sanctions… Il y a un moment où on se dit qu’il n’y a plus de langage commun avec son propre pays et c’est dramatique pour les pays dits européens qui sont menacés, puis on se dit comme le ferait Fidel que si le verre est à trois quart vide, il y a un quart qui s’emplit et qu’il faut savoir où on est utile (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Pour le dixième jour consécutif, des marches ont eu lieu hier dans différentes régions du Venezuela pour exiger la libération du président. La photo montre une manifestation à Caracas.
Pour le dixième jour consécutif, des marches ont eu lieu hier dans différentes régions du Venezuela pour exiger la libération du président. La photo montre un rassemblement à Caracas. (Photo AP)

Angel González. Spécial pour La Jornada

14 janvier 2026

Caracas. Le président Nicolás Maduro, enlevé par les États-Unis lors d’une incursion militaire le samedi 3 janvier, a adressé un message au peuple vénézuélien par l’intermédiaire de ses avocats. Son fils, Nicolás Ernesto Maduro Guerra, a déclaré lors d’une manifestation à Caracas réclamant la libération du président et de son épouse, Cilia Flores, que son père avait fait savoir qu’ils restaient fermes et confiants en l’équipe actuellement dirigée par Delcy Rodríguez, cheffe par intérim du pouvoir exécutif.

« Hier, nous avons reçu un message de leur part ; ils nous disent être résolus et forts, conscients du rôle qu’ils doivent jouer dans la lutte, avoir la conscience tranquille et placer leur foi en Dieu et dans le peuple vénézuélien. Ils font confiance à Delcy, à l’équipe dirigeante et à nous. Tel était le message qu’ils nous ont transmis hier », a déclaré Nicolás Ernesto Maduro depuis une tribune au centre de Caracas.

Samedi dernier, Nicolás Ernesto Maduro Guerra a diffusé le premier message de son père depuis la prison de New York où il est détenu. Dans ce message, il a déclaré : « Nous allons bien, nous sommes des combattants. »

Pour le dixième jour consécutif, des marches ont eu lieu dans différentes régions du Venezuela pour exiger la libération du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores, enlevés par les forces militaires américaines le 3 janvier, après des bombardements sur plusieurs points du centre du pays qui ont fait plus de 100 morts et une centaine de blessés.

Les mobilisations ont été organisées par secteur. D’abord, les femmes ont défilé, puis les jeunes, les étudiants, les communes, les agriculteurs, les fonctionnaires, les peuples autochtones, les mouvements sociaux et, hier, les travailleurs du secteur des transports.

Personnes disparues et corps démembrés

L’attaque militaire menée par les États-Unis contre le Venezuela aux premières heures du samedi 3 janvier a fait des disparus et laissé des corps démembrés qui n’ont toujours pas été identifiés, a indiqué le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello.

Lors d’une conférence de presse organisée pour faire le point sur les progrès du gouvernement bolivarien dans la lutte contre le trafic de drogue, Cabello a évoqué le nombre de morts résultant des bombardements américains, qu’il avait lui-même estimé, une semaine auparavant, à plus de cent.

« Concernant le bilan officiel des victimes de l’attaque lâche du 3 janvier, il n’a pas été confirmé car, à la suite des explosions, des personnes sont portées disparues, leurs corps ont été fragmentés ; la police scientifique et d’autres institutions procèdent actuellement aux identifications nécessaires », a-t-il expliqué.

Il a également souligné que l’« attaque odieuse » des États-Unis avait tué des personnes sans défense. « Ce qu’ils ont fait au Venezuela est un véritable scandale ; des gens qui dormaient sont morts sans même s’en rendre compte », a-t-il insisté.

Il a affirmé que le pays était actuellement « calme », tout en admettant qu’il s’agissait d’un « calme tendu ». Il a toutefois assuré que les forces militaires et policières travaillaient jour et nuit pour rétablir la confiance du public, soulignant que de nombreuses personnes craignaient encore de reprendre pleinement leurs activités quotidiennes en raison de l’agression subie par le pays.

Cabello a déclaré que « petit à petit, le pays se rétablira ; les rues et les entreprises, surtout, reprendront leur activité quotidienne, ce qui a sa propre dynamique. »

« Ici, pas de drogue »

Cabello a annoncé que la principale voie logistique maritime utilisée par les trafiquants de drogue à travers le lac Maracaibo, par laquelle transitaient les cargaisons en provenance de la région colombienne du Catatumbo vers les Caraïbes, a été entièrement démantelée. Il a affirmé qu’il s’agissait d’un « coup dur » porté au trafic de drogue via le Venezuela et que les États-Unis étaient parfaitement au courant du travail accompli. « Ils savent que la drogue ne passe plus par ici ; ils devraient chercher ailleurs », a-t-il déclaré.

Il a indiqué que sept tonnes de drogue avaient été saisies au cours des premiers jours de 2026. Il a expliqué qu’avec la fermeture des voies maritimes et fluviales, les trafiquants de drogue privilégiaient désormais les voies terrestres, « où ils sont plus vulnérables », et a donc prédit un succès futur.

Il a souligné que l’Équateur est la principale voie d’exportation du trafic de drogue colombien.

PETIT RAPPEL DE L’HISTOIRE DE CUBA ET DU VENEZUELA SUR LA DROGUE ET LES USA MAIS AUSSI L’EUROPE « ATLANTIQUE », par Danielle Bleitrach

Puisqu’il est question du Venezuela et de la drogue, partons d’une carte de la CIA qui date de 1985 et qui montre les circuits de la production et de la diffusion de la cocaïne. On voit bien que le Venezuela n’est pratiquement pas dans ces circuits. On peut considérer en actualisant cette carte que c’est dans les zones dans lesquelles les Etats-Unis jouissent de l’appui de l’oligarchie locale que s’organisent les filières qui alimentent une police privée qui fait régner la terreur sur la population ouvrière et indigène. La Colombie est littéralement une base militaire des USA et sera longtemps le pays vassal militarisé de l’impérialisme et il est durant tout ce temps le pays producteur, celui des cartels. Aujourd’hui on trouve les mêmes circuits en liaison avec l’installation des bases et des forces américaines, L’Équateur est désormais effectivement une des zones.

Notez qu’en 1985, la carte donne une indication intéressante, il s’agit d’un simple survol mais qui permet de comprendre jusqu’où va l’audace d’oser accuser le chavisme d’être un pays de narcotrafiquants comme on dénonce une pseudo gestion économique et la misère des populations en feignant d’ignorer le rôle joué par le blocus :

Si donc dans la fin des années quatre vingt, le pays est pratiquement hors production et circuits de la drogue on peut noter l’existence de Caracas comme plaque financière de ce trafic. Effectivement Caracas est une place financière mais à partir du pétrole et ceci est très important pour comprendre comment le chavisme est arrivé au pouvoir. Chavez a été élu dans un scrutin dans lequel les partis traditionnellement au pouvoir étaient si déconsidérés qu’il n’y avait plus que des candidats hors normes. Il sortait de prison pour un coup d’Etat militaire dont voici les circonstances :

En 1985, le Venezuela est un pétro Etat. Le pétrole est un Etat dans l’Etat qui jouit d’une autonomie totale avec des cadres corrompus et richissimes et même un syndicat inféodé, toute la richesse pétrolière passe dans les spéculations financières qui unissent l’oligarchie vénézuélienne non seulement aux USA mais au franquistes espagnols qui tiennent encore le secteur bancaire de Caracas (voir le cas de la Banco Santander). La masse de population, à qui est de fait volée la richesse pétrolière, va se soulever en 1992 à la suite de la politique de Carlos Andrès Perez complètement soumis aux Etats-Unis et aux secteurs financiers et qui veut appliquer la même politique qu’au Chili. le soulèvement a lieu les 27 et 28 février 1989, le pouvoir envoie l’armée contre la population révoltée et fait officiellement 300 morts (en fait 3 000 est l’estimation plus crédible). Chavez qui est officier indigné fait un coup d’État militaire en 1992 et en assume la responsabilité avec un courage qui dans les masses vénézuéliennes marque le début de son influence charismatique.

Et il s’attaque dès son élection à cette caste, au secteur bancaire espagnol franquiste. Là il faut nous tourner vers l’UE. L’Europe, avec la chute de l’URSS, le premier ministre espagnol de l’époque, José Maria Aznar qui ne renie en rien ses ascendances franquistes devient le théoricien de l’Europe post soviétique, il impose avec l’aide du Polonais Walesa, du Tchèque Vaclav Havel, une conception atlantique et atlantiste et il s’allie avec les dirigeants d’Europe centrale et orientale qui sont anticommuniste en priorité et plus atlantistes qu’européens et ensemble ils imposent un anticommunisme offensif comme test de la démocratie. La nouvelle Europe ainsi définie a été officialisée en 2003 par le sommet des Açores. La pression sur Cuba en a été l’un des dénominateurs communs, mais elle exerce sa nocivité sur tous les alliés potentiels, anti-impérialistes et en particulier pour tout ce qui touche à l’énergie. Jose Maria Aznar est partout et il représente une droite qui ne renie pas ses origines franquistes simplement se rend respectable comme Bardella en France… Mais son terrain d’action privilégié est en Amérique latine où il va être d’un anticommunisme forcené. Notons l’alliance de fait de sa propagande avec celle de Robert Ménard qui se présente comme un trotskiste, animateur de Reporters sans frontière mais n’a jamais nié son financement par la NED. Que l’Humanité et Patrick le Hyaric se soit prêtés à une telle opération dit au moins la faiblesse de la résistance opposée à ce courant qui travaille l’Europe et force la gauche à tenir son langage par antisoviétisme baptisé anti stalinisme. Ma censure date de cette époque et ne s’est jamais démentie…

Chavez et Fidel Castro vont mener un combat ensemble qui est à la fois contre les trusts du pétrole des USA (c’est là que se fait la rencontre avec Poutine et l’Iran) mais aussi un combat des forces progressistes pour s’émanciper de l’ingérence des USA, des gouvernements de tortionnaires qui sont installés partout pour s’approprier les ressources. Fidel voit très vite la relation à nouer avec la Chine. C’est parce que je me trouve par hasard au cœur de cette stratégie que quand je reviens en 2006 je tente d’expliquer et de décrire le mouvement de résistance qui vient du Sud et dont la Chine va être le point fort. Que la censure et les diffamations deviennent plus fortes que jamais, je ne suis pas la seule et certains en mourront de chagrin.

Ce qu’il faut encore comprendre c’est à quel point les « diasporas » qui interviennent dans toutes les « révolutions de couleur » et au Venezuela comme en Iran, sont les héritières de ces secteurs qui se sont alliés avec les USA et d’autres puissances européennes pour imposer l’anticommunisme et même la haine de tout état qui voudrait conserver ses ressources pour le développement du pays. Machado, l’étrange prix Nobel de la paix est héritière de cette oligarchie qui estime avoir été dépossédée. Et on se retrouve donc partout avec des oppositions profondément désunies et avec une majorité qui par expérience, celle de la répression féroce des anciens soutiens de l’impérialisme en bénéficiant d’une manière outrancière pendant que le peuple crevait de faim, qui sait également à qui elle doit le blocus ne peut pas accepter leur retour dans les fourgons de l’impérialisme.

C’est parce que j’ai vécu cette histoire et j’en ai vu les atrocités que je considère que ceux qui tracent un signe d’égalité entre en ce moment un pouvoir iranien pour lequel je n’éprouve pas la sympathie que l’inspire Maduro et plus encore Cuba, et Trump parlent un autre idiome que le mien… Si les forces politiques de gôche souhaitent s’inscrire dans cet espace et continuer leur censure, libre à elles et à leurs « militants » mais c’est se mettre un boulet pour avancer…

Danielle Bleitrach

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