En ce moment, les échanges sur les sites, dans les réseaux sociaux nous font revivre des épopées. Comme celle du fondateur du parti communiste cubain, Mella qui mourut assassiné à 26 ans, ce magnifique athlète qui lorsque le premier bateau soviétique se présenta dans le port de la Havane sans être accueilli tout de suite partit à la nage dans la haute mer très secouée. Il escalada une échelle de cordes et arrivé sur le pont dénoua à sa ceinture les deux drapeaux qui lui ceignaient les reins, le drapeau cubain et celui de l’URSS. Ce communiste, pénétré de la pensée de José Marti, représentait non seulement la jeunesse étudiante, mais les ouvriers du port de Regla qui sont les premiers à avoir érigé un monument à Lénine, et les ouvriers du tabac qui étaient les mieux organisés. Celui qui n’a cessé de me parler de lui, Risquet, le pleurait encore et il était le parti ancien, celui qu’on disait « stalinien ». La mort du jeune héros bouleversa le monde ouvrier cubain, même si le gouvernement mexicain tenta d’utiliser la présence de la belle photographe italienne Tina Modotti. Ceux qui effectivement démontèrent la manœuvre du gouvernement mexicain qui osa pour le déconsidérer publier des photos de celle-ci nue, fut Diego Rivera et Frida Kahlo, ce qui en fit abusivement un trotskiste (1). Ce qui est bien réel, favorisé par une même langue ce sont les liens et les exils de ces jeunes révolutionnaires et la manière dont il y a une tradition, celle de parcourir toute l’Amérique latine, et de partout se situer aux côtés des luttes des travailleurs et des opprimés, une dimension dangereuse et romantique qui est aussi celle du Che mais d’autres héros… Il m’arrive de plus en plus souvent de m’interroger sur mon adhésion jadis au PCF, le choix alors d’être une révolutionnaire, au vu de la situation actuelle était-ce judicieux ? C’est si loin de la France d’aujourd’hui, à laquelle je me sens si étrangère, mais sans cette adhésion je n’aurais pas vécu l’internationale communiste et je ne ressentirais pas avec autant d’intensité ces rappels. Je serais comme eux, proche de tout tolérer. Ma mémoire est traversée d’images et de chants, comme ces femmes méditerranéenne vêtus de noir, qui du haut des montagnes se répondaient pour dire la révolution, le refus de l’envahisseur fasciste en Grèce, en Yougoslavie et en Algérie. En même temps, ces tensions, cette tragédie est pleine de rires, de situations loufoques, de passion et de prudence. J’ai écrit mon petit livre pour inviter la jeunesse à ne pas se faire cueillir comme un champ de poireaux et de connaitre ce bonheur inouï d’être des aventuriers en défense de l’humanité et jamais des mercenaires, d’être souverains sans jamais avoir la vulgarité des bourgeois grands et petits. Cela a disparu en France, mais il y a eu cette histoire commune qui en ce moment est à nouveau racontée dans divers lieux de la planète. En Amérique latine, en ce moment ces rappels sont une réponse au traumatisme de l’invasion meurtrière au Venezuela, le sang une fois de plus mêlé des Cubains et des vénézuéliens, de faibles femmes qui se conduisent en mères de la patrie, et alors que tant de nations sont menacées, il y a le spectacle incroyable de latins en train de proclamer leur joie de classe devant l’invasion, c’est un traumatisme profond qui déchaîne les passions historiques comme des incantations à ne pas accepter l’asservissement, en mémoire des héros et de leurs exils, leurs périples. Je vous conseille Jesus Menendez Larrondo, leader syndicaliste ouvrier dans l’industrie sucrière : le Général de la canne à sucre, surnom que donna le poète Nicolas à ce héros syndicaliste assassiné qui alla affronter les propriétaires réels des plantations. Guillén dans une l’élégie qui lui dédia dit la signification de ce voyage comme un défi aux maitres de la Bourse à New York… (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Mella et l’anti-impérialisme
9 janvier 2026
L’agression militaire américaine contre le peuple vénézuélien le 3 janvier, qui a impliqué le bombardement de Caracas et d’autres villes, ainsi que l’arrestation et le transfert de Nicolás Maduro aux États-Unis, a liquidé les derniers vestiges du droit international et a montré que les agressions impérialistes seront désormais monnaie courante dans les Amériques.
Au vu de ce contexte, il est pertinent de rappeler l’histoire de la lutte anti-impérialiste des travailleurs du Mexique et d’Amérique latine, dont l’un des épisodes les plus significatifs est l’action du Cubain Julio Antonio Mella, assassiné le 10 janvier 1929 au Mexique, à seulement 25 ans, ce qui explique pourquoi Fidel Castro a déclaré que Mella était celui qui avait accompli le plus en le moins de temps.
Né à Cuba le 25 mars 1903, Mella s’engagea très jeune en politique. En 1923, il présida le premier Congrès national des étudiants de Cuba et fonda l’Université populaire José Martí ; en 1924, il créa la Ligue anticléricale. En août 1925, témoignant de sa maturité politique, il fut, avec Carlos Baliño, parmi les fondateurs du Parti communiste de Cuba. La même année, il fut expulsé de l’université et emprisonné, ce à quoi il répondit par une grève de la faim. En 1926, son parcours s’ouvrit davantage à lui lorsqu’il partit en exil au Mexique, où il devint un révolutionnaire professionnel et développa une grande partie de son œuvre politique et intellectuelle.
Au Mexique, Mella était membre du Parti communiste mexicain (PCM), où il occupa le poste de secrétaire général par intérim. Il fut également rédacteur au journal El Machete, où il écrivait sous les pseudonymes de Cuauhtémoc Zapata et Kim. Par ailleurs, il participa à la Ligue anti-impérialiste des Amériques (LADLA), organisation promue par l’Internationale communiste (Comintern), dont les prédécesseurs étaient le Bureau latino-américain (1919-1920) et le Bureau panaméricain (1920-1921), et au sein de laquelle il devint secrétaire général du Comité continental de coordination.
Les liens entre Mella et la LADLA débutèrent en 1925, lorsque le jeune Cubain fonda la section cubaine de cette organisation. La même année, la LADLA apporta son soutien au révolutionnaire cubain emprisonné par le gouvernement Machado. Mella participa aux activités anti-impérialistes de l’organisation, notamment aux manifestations contre l’occupation du Panama par les troupes américaines en 1925.
En 1927, la LADLA organisa également une campagne pour la libération des deux anarchistes Sacco et Vanzetti, condamnés à mort aux États-Unis. Elle lança aussi une campagne de soutien à Haïti, alors sous occupation américaine, et une autre en faveur de l’Union soviétique. Les archives attestent de la participation de Mella aux rassemblements pour Sacco et Vanzetti, ainsi que de ses contributions à El Libertador, la publication officielle de la LADLA. L’une des campagnes les plus importantes de la LADLA fut sa solidarité avec Augusto César Sandino dans sa lutte contre l’intervention américaine au Nicaragua, qui aboutit à la création du Comité « Touche pas au Nicaragua ! » (MAFUENIC), promu par Mella.
En tant que dirigeant de la LADLA, Mella participa au Congrès contre l’oppression coloniale qui se tint à Bruxelles, en Belgique, en février 1927. C’est là que la querelle entre Mella et Víctor Raúl Haya de la Torre apparut au grand jour. Tandis que Mella brandissait l’étendard de l’anti-impérialisme tel que formulé par le Komintern, arguant que les masses ouvrières devaient être incluses, mais que l’indépendance politique de la classe ouvrière vis-à-vis de la bourgeoisie de son propre pays devait être préservée, Haya de la Torre, dirigeant de l’Alliance révolutionnaire populaire américaine (APRA), défendait une position nationaliste qui subordonnait les travailleurs à la bourgeoisie.
L’importance que Mella accordait à la clarté politique dans l’action anti-impérialiste l’amena à écrire la brochure « Qu’est-ce que l’APRA ? », dans laquelle il accusait l’organisation de vouloir se présenter comme l’héritière de Marx et de Lénine, alors qu’en réalité elle n’était qu’une expression de réformisme et d’opportunisme. Remettant en question le programme de l’APRA, Mella en souligna les lacunes ; par exemple, que lorsqu’elle parlait de « l’unité de l’Amérique », elle omettait de préciser que cette unité devait être celle des ouvriers et non une unité dirigée par la bourgeoisie, et que le fait de ne s’opposer qu’à l’impérialisme yankee, et non aux autres centres impérialistes, dénaturait la conception léniniste de l’impérialisme. Il affirmait ainsi : « L’impérialisme est un phénomène international, et ses caractéristiques fondamentales sont les mêmes en Amérique et en Asie » ; il s’opposait donc à l’idée que les concepts léninistes n’étaient pas applicables à l’Amérique.
La politique anti-impérialiste prônée par Mella et la LADLA impliquait une opposition à l’ingérence américaine sur le continent, de sorte que, comme l’écrivait Mella dans sa brochure « Cuba : un peuple qui n’a jamais été libre », la seule issue pouvait se résumer ainsi : « Nous devons faire la révolution des citoyens, du peuple, contre le dollar. » Afin d’éviter toute ambiguïté, Mella précisait dans cette même brochure que cette révolution « contre le dollar » devait suivre l’exemple de la Révolution russe et de la construction de l’Union soviétique.
Face à la récente agression contre le Venezuela, aux menaces du secrétaire d’État américain Marco Rubio contre Cuba et aux déclarations de Trump contre les gouvernements de Colombie et du Mexique, la voie indiquée par la figure du jeune révolutionnaire cubain et mexicain est claire : « Nous devons, en résumé, mener la révolution sociale dans les pays d’Amérique. »
*Historien à l’ENAH
@Chavez_Angel_
(1) J’ai récemment montré à partir des photographies de la salle de bain de Frida la complexité de ce qu’était Frida et son refus des « surréalistes » comme Breton. Les photos de Tina Modotti qui sont devenues des icônes au Mexique parlent également. Voici une photo qui date de 1928 et qui est réinterprétée par la présidente du Mexique comme un symbole de l’identité révolutionnaire et féministe du Mexique.
Voici également un article que j’ai consacré aux photos de Tina Modotti avec le rappel de son histoire : https://histoireetsociete.com/tina-modotti-et-antonio-mella/

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