Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Alexandre Douguine sur le terrorisme, la victoire et la voie eurasienne vers un monde multipolaire.

J’ai lu récemment (je ne sais pas si c’est exact, mais l’ouvrage à l’air sérieux) que Gengis Khan avait établi l’usage de la protection des émissaires venant porter des messages d’un pays ou camp adverse. Peu de pays pratiquent l’assassinat (prémédité donc) de dirigeants étrangers, de responsables militaires de haut rang pour semer la terreur dans le camp adverse. Encore moins assassinent des penseurs, des journalistes, des scientifiques. C’est ce que pratique le gouvernement de Kiev. Mais dans l’ambiance répressive qui s’est développée en Europe, ce sont des choses qui sont extrêmement difficiles à évoquer. Il faut attendre, ce qui commence à venir peu à peu, qu’une succession de faits indiscutables lézardent eux-mêmes le mur de ce qui n’est pas exactement une censure, mais qui est une pression médiatique telle que l’auto-censure semble une évidence prudente pour la plupart des gens. Il est autre chose qu’il est difficile à faire, c’est donner la parole à l’autre, celui avec qui on est en désaccord, non pas pour une petite phrase mais pour l’ensemble de son discours. Afin de le comprendre et de préciser la nature du désaccord, ce qui est en réalité indispensable si on veut le combattre efficacement. La soi-disant « gauche » s’est spécialisée dans ce refus d’entendre qui disqualifie l’adversaire avant même d’avoir analysé son discours. Quand on voit partout en Europe l’effondrement de cette gauche qui promettait de « changer la vie » et la montée en puissance de l’extrême-droite, peut-être est-ce aussi une manière de faire à remettre en question (note de Franck Marsal pour Histoire&Société)

C’est sans doute lié à mon esprit de contradiction (ou à l’état de délabrement intellectuel de ce qui est supposé être mon « camp ») mais les arguments des « autres » et la lecture entre les lignes de ce qu’ils disent me convainc plus que les discours des miens. Je soupçonne toujours ces derniers de naïve partialité. Donc Alexandre Douguine, ce conservateur, qui considère l’athéisme et le « satanisme » comme deux catégories assez proches, n’est pas particulièrement quelqu’un auquel je me rallierais. Pourtant on aurait tort de voir en lui quelqu’un d’aussi nul et réactionnaire que Soljenitsyne, il a des bases philosophiques indéniables et nonobstant sa religiosité encombrante parfois, il a quelques restes de son éducation soviétique. En outre, la manière dont il décrit le « terrorisme » de l’Ukraine pourrait paraître excessive si sa propre fille n’en avait pas été victime. En tous les cas, cet exposé illustre assez bien les débats qui se développent en Russie : faut-il ou non pratiquer à notre tour la réponse de l’assassinat par l’assassinat… On sent même quelque chose de l’ordre du regret de l’URSS, l’équilibre de la terreur. Est-ce que pour être aussi clair que Medvedev, il faut faire payer à Zelenski l’attentat contre Poutine ? Notez la réponse qui n’est pas du tout celle que nous attendons si par malheur nous sommes convaincus par les dénégations faux cul des Européens et de la Grande-Bretagne en particulier. (note et traduction de l’anglais par Danielle Bleitrach pour histoire et societe)

légende : Ну… это все хорошо,- сказала Красная Шапочка. – Пирожки несу бабушке, глаза у тебя – чтобы лучше меня видеть, уши – чтобы лучше меня слышать. А вот почему у тебя, дружок волк, так ДРОЖАТ КОЛЕНКИ?

Eh bien… tout va bien », a dit le Petit Chaperon rouge. – J’apporte des tartes à mamie, tu as des yeux – pour mieux me voir, des oreilles – pour mieux m’entendre. Et c’est pour ça mon pote loup que tes GENOUX TREMBLENT autant ?


31 décembre

Conversation avec Alexandre Douguine dans l’émission Escalade de Sputnik TV

Animateur : Je voudrais commencer par une nouvelle tragique : à Moscou, le lieutenant-général Fanil Sarvarov a été tué dans un attentat à la bombe. Pour l’instant, nous ignorons qui en est l’auteur. On soupçonne les services spéciaux ukrainiens d’être impliqués, mais ces soupçons sont plutôt évidents. Comment devrions-nous réagir, selon vous ? Après tout, ce n’est ni le premier, ni le deuxième, ni même le troisième acte de ce genre. Il semble que ces attentats se poursuivront au fil du conflit.

Alexandre Douguine : Je tiens tout d’abord à présenter mes plus sincères condoléances. Ma famille se joint à moi. J’ai perdu ma fille dans un attentat terroriste perpétré par des terroristes ukrainiens. Il s’agit d’un régime terroriste. Chaque acte terroriste poursuit un double objectif : symbolique et concret, à savoir l’élimination d’un élément jugé dangereux pour l’ennemi au sein de notre société ou de notre État, et, simultanément, un message symbolique.

Au début, ils ont lancé des attaques symboliques contre la pensée elle-même, contre les esprits les plus brillants et les plus talentueux de notre pays, contre la jeunesse. C’était monstrueux ; c’était la première vague, la phase initiale. Puis ils ont davantage concentré leurs efforts sur nos forces armées. Malheureusement, ils parviennent parfois à leurs fins.

Nous venons de célébrer la Journée des agents de sécurité, et en réalité, personne ne sait combien d’attentats terroristes sont ainsi déjoués. Mais si l’on creuse un peu, on constate qu’il s’agit d’un nombre considérable. Nos services de sécurité sont à l’œuvre ; ils protègent nos citoyens. Ils enquêtent sans relâche sur les attentats qui réussissent. Mais la grande majorité des actes terroristes sont déjoués, même si on n’en parle pas assez. Ils permettent d’éviter des pertes humaines massives.

Dans notre pays, un vaste réseau de groupes de sabotage et de reconnaissance ennemis opère, s’appuyant sur l’infrastructure de renseignement des services occidentaux, principalement britanniques et européens. (Avant Trump, la CIA y jouait un rôle très actif.) À cela s’ajoute une importante cinquième colonne. Au début, elle agissait ouvertement et effrontément, s’opposant à la guerre et signant des lettres contre l’opération militaire spéciale, avant de se faire plus discrète. Les tactiques des terroristes du régime ukrainien lui-même ont également évolué. Tous ces réseaux ont commencé à cibler davantage les militaires, en particulier ceux dont dépend la conduite et la planification des opérations, ainsi que les activités opérationnelles concrètes. Ils se sont réorientés. On ne constate plus d’attaques contre des personnalités publiques après la première vague, mais les attaques contre le personnel militaire ont, au contraire, augmenté.

Compte tenu de la portée symbolique de telles actions, il me semble pertinent de rappeler la période soviétique : nos services spéciaux étaient alors extrêmement sensibles à ce genre d’opérations – pendant la Guerre froide, lors des confrontations, et surtout pendant la guerre contre l’Allemagne nazie. À chaque action de ce type s’ensuivaient plusieurs ripostes systémiques, en quelque sorte proportionnelles. S’ils parvenaient à éliminer l’une de nos figures clés, nous ripostions en éliminant l’une des leurs. Bien sûr, il est difficile d’en parler ouvertement : la vie humaine est inestimable. Mais il doit bien exister une certaine parité dans ces éliminations ciblées de personnalités en territoire ennemi. Quelque chose comme ça.

Cela calmerait leurs ardeurs, car pour l’instant, cela donne l’impression qu’ils éliminent méthodiquement, point par point, et hélas avec succès, nos hommes – les uns après les autres – comme le général Sarvarov, figure extrêmement importante de notre commandement militaire et de la planification opérationnelle. C’est, une fois de plus, un coup dur porté à notre conscience militaire, à la planification elle-même.

Peut-être est-ce là l’argument qui, enfin, contraindra les autorités à agir… C’est une évidence : le peuple exige une approche plus ferme, tant face à l’ennemi intérieur qu’extérieur. La nation tout entière réclame justice. Ceux qui perdent des êtres chers – notre société dans son ensemble – ont besoin d’un semblant de justice, ne serait-ce que symboliquement.

C’est par là que notre conversation a débuté. Le terrorisme, comme la guerre – surtout à notre époque –, revêt un caractère symbolique très marqué. De ce fait, notre société attend que la justice soit rendue, même en temps de guerre. Et il me semble que nos dirigeants privilégient aujourd’hui le principe d’humanité.

Si nous réagissons, c’est bien sûr ce que les gens souhaitent. Ils veulent une réponse proportionnée. Ils veulent que ces situations terribles cessent de se produire. Mais en même temps, un processus de paix est en cours. Tout le monde parle du récent voyage de Kirill Dmitriev aux États-Unis, à Miami, où il s’est entretenu avec Witkoff et Kushner. Il semble que quelque chose se prépare, que des avancées se dessinent – ​​même si certains les qualifient de véritables avancées, d’autres de simple dialogue constructif. Nous ne disposons pas de toutes les informations.

Mais si nous réagissons durement à cette provocation, si nous destituons un haut dirigeant ou une figure influente en Ukraine, cela deviendrait en réalité une victoire pour eux. Nous leur fournirions nous-mêmes des moyens de pression. Ils s’empresseraient de diffuser l’information dans les médias, notamment européens, qui claironneraient à quel point les Russes sont dangereux, effrayants et agressifs, et comment ils attaquent. Et personne n’entendrait parler du premier meurtre horrible, celui qui a tout déclenché.

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