Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

L’article sur le Zugzwang, par Oleg N. commenté par Franck Marsal

Je suis d’accord avec Franck et s’il devait y avoir un tome II au livre collectif sur le monde multipolaire et le socialisme, il devrait déblayer le terrain de tout ce qui a été accumulé depuis des années et qui empêche de voir et d’agir. Il serait axé sur la dénonciation de ce vaste circuit financier qui joue partout l’appauvrissement, la destruction de l’Etat et toutes les corruptions mafieuses qui vont avec. Ce qu’a très vaguement compris l’actuelle direction du PCF mais sans en tirer pour des raisons électoralistes la moindre exigence politique qui s’impose, non pas de renoncer aux élections mais de ne pas y subordonner toute l’action et surtout toute la politique des cadres d’ailleurs inexistante comme l’est la formation des adhérents. Ce gouffre abyssal ne donne de la force et toujours plus de pouvoir qu’à ceux qui sont depuis des années les partisans de ces liquidations et témoignent de leur hostilité ou de leur capacité à flatter et à corrompre. A ceux qui freinent non seulement sur la théorie indispensable de ce mouvement actuel multipolaire, mais organisent censure et rumeurs pour que le débat n’ait pas lieu ni sur les aspects internationaux du mouvement du capital pas plus donc que sur le socialisme, on reste sur l’étroitesse de propositions qui redoublent celles du syndicalisme et la politique n’est que crêpage de chignon… Il n’y a dans cette stagnation, même avec ses proclamations en faveur de la paix et du travail tant qu’elles s’appuient sur un appareil vermoulu et dans lequel est entretenu l’inertie et l’exclusion, rien à espérer dans l’immédiat. Mais l’histoire s’accélère, le tout est de refuser à un moment de penser et d’agir dans les cadres mortifères, d’organiser une rupture. Ce n’est pas facile parce que l’on mesure bien que même quand est lancée la bataille de la sidérurgie, l’aspect Clochemerle de la vie politique française avec ses querelles sordides autour de qui a lancé la bataille prend le dessus au plan politicien qui n’aide pas mais encombre de ce fait. (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Cet article est très important. Il faut mesurer l’ampleur des manipulations financières par centaines de milliards qui circulent au travers de l’opération « Ukraine » et la corruption massive qu’elles engendrent, corruption qu’il serait absurde d’imaginer comme strictement ukrainiennes. Il y a un schéma politique, qui dicte la place du « bien » comme étant l’ouest et celle du « mal » comme étant l’est. Ce schéma politique recouvre un vaste circuit financier, qui envoie de l’argent vers l’Ukraine, y justifie le schéma politique et revient à l’ouest pour alimenter une vaste oligarchie.


La base de ce schéma est la pauvreté massive qu’a engendré en Ukraine la destruction pure et simple de l’économie socialiste. Cette destruction s’est accompagnée d’une interdiction idéologique qui a mené à transformer la cause en solution, ce que l’on peut aisément car c’est exactement ce que l’on vit ici : La cause du problème, la destruction du système collectif, de l’état social, de la planification est présentée comme la solution aux problèmes. Plus les problèmes s’accroissent, plus la société s’appauvrit globalement et plus on appelle à détruire encore plus l’état social, le système collectif et la planification. Ceci est rendu possible parce que les forces qui devrait mener le combat pour renforcer la perspective du socialisme, d’une part, se sont rendues complices de la destruction des structures socialistes en Europe, qu’elles ont présentées (ici comme là-bas) comme réactionnaires et anti-démocratiques. Il s’est créé un vide de la pensée pour construire le combat car la pensée nécessaire avait été rendue tabou.


L’Ukraine est, de toutes les républiques de l’ex-URSS, celle qui a le plus souffert économiquement. Il y avait probablement des raisons historiques pour cela. Et je pense (mais c’est un travail qui devra être approfondi) que ces raisons et cette situation ont un lien avec la puissance des forces réactionnaires qui ont pu être organisées pour servir de point d’appui à la grande manipulation à laquelle nous assistons aujourd’hui, pour justifier le coup d’état fasciste, l’état de guerre civile qu’a représenté l’envoi de l’armée contre les population du Donbass dès le printemps 2014. Les racines de la crise actuelle ne remontent pas seulement à 2014. En réalité, elles remontent à 1991. Dès l’affaiblissement de l’URSS, le schéma d’inversion de la pensée a été installé et le combat a été sans cesse accentué pour l’élargir et en faire le socle de l’idéologie dominante. L’Ukraine a été utilisée comme une des bases principales pour briser l’Union Soviétique, l’unité des peuples qui la constituait. Les séparatismes baltes n’étaient pas suffisants. Ils auraient abouti à une simple réduction du périmètre, et non à une destruction complète. Le départ des républiques d’Asie Centrale aurait encore permis un recentrage. Pour atteindre le cœur de l’URSS, il fallait briser l’unité des trois principales républiques de culture slave : la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine. Alors que le référendum organisé en mars 1991 avait montré le très profond attachement populaire à la préservation de l’URSS, le coup d’état d’août 1991 (très suspect de mon point de vue) fût le prétexte qui permit à une poignée d’anticommunistes, dont l’antisémite Loukianenko, d’obtenir le 24 août le vote d’une déclaration d’indépendance de l’Ukraine presque à l’unanimité par la rada de Kiev. Le Parti communiste d’Ukraine (PCU), persuadé dans les coulisses par Leonid Kravtchouk, membre du Parti et président du Soviet suprême, se sent obligé de soutenir la loi afin de se distancer du coup d’État. On connait la suite.


Une fois installé le schéma de renversement, tout est allé crescendo. Par vagues successives (notamment le premier coup d’état de la soi-disant « révolution orange » en 2004, déjà de grandes « manifestations spontanées », financées par des oligarques, des ONG et des gouvernements occidentaux), l’idéologie anticommuniste a été criminalisée et le nationalisme néo-nazi a pénétré librement les consciences. En 2014, l’Ukraine a été placée face à un chantage et soumise à une terrible pression : L’UE l’a sommée de choisir entre l’est et l’ouest, d’accepter la rupture de ses liens avec la Russie pour avoir le droit de développer ses liens avec l’occident. Comme le gouvernement ukrainien refusait de céder, le coup d’état néo-nazi a été organisé.


En dollars constants de 2015, le PIB de l’Ukraine passe de 170 milliards de dollars en 1989 (niveau qui ne sera jamais retrouvé) à moins de 70 milliards en 1999. (https://donnees.banquemondiale.org/indicator/NY.GDP.MKTP.KD?locations=UA). Il remontera ensuite partiellement jusqu’à la crise financière mondiale de 2007, pour reprendre une longue série de baisse depuis. L’autre indicateur, très important pour les pays anciennement socialistes après 1991, c’est l’émigration forcée de la population. La population de l’Ukraine a augmenté régulièrement depuis 1945 jusqu’en 1991. En 1963, l’Ukraine comptait environ 43 millions d’habitants et en 1991, elle était montée à plus de 52 millions d’habitants. Dès 1992, la population chute. En 2020, elle était redescendu à moins de 45 millions.
Pour que la population ne fasse pas le lien entre la dégradation du niveau de vie et la destruction de l’URSS et des structures sociales, de vastes aides économiques et un puissant schéma de corruption ont été mis en place et constamment renforcées.
Les travailleurs d’Ukraine ont été confrontés à cette situation sans avoir les moyens de la dépasser, soumis à une répression constante. Le Parti Communiste d’Ukraine est récompensé de son vote en faveur de l’indépendance en étant dissous le 30 aout 1991. Reformé en 1993, il obtient pourtant plus de 100 députés et une majorité relative lors des élections de 1994 et de 1998. Progressivement marginalisé par les opérations occidentales, il sera interdit de se présenter aux élections à partir de 2015 et formellement interdit à partir de 2022.
Cette répression n’est cependant possible que dès que le schéma d’inversion idéologique devient dominant, grâce à la corruption et aux subventions de la presse et des ONG. Le sous-continent européen ne pourra pas sortir de la spirale de la guerre et du fascisme tant que l’ensemble de ces schémas n’auront pas été mis à jour et que la question de la destruction des acquis socialistes et la vaste régression sociale et économique qui s’en est suivie ne sera pas posée et résolue. Cette régression sociale est en effet la base de la perte de l’ensemble des positions acquises par les travailleurs également à l’ouest, engendrant une masse de travailleurs sans droits que l’UE a utilisé comme base de manœuvre pour délocaliser et mettre en concurrence de manière massive les travailleurs de l’ouest.

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