Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Un trou noir dans la mémoire collective : la Chine et la Seconde Guerre mondiale

Nos publications du jour pourraient se rassembler sous un angle commun. Ce serait « apprendre à voir le monde différemment, c’est à dire tel qu’il est, nous qui avons été élevés dans la soi-disant grandeur de l’occident ». Si cette grandeur a été, il est en tous cas certain qu’elle n’est plus. La France, comme chaque pays a toute sa place dans le monde de demain, dès lors qu’elle cessera de vouloir le dominer, même en tant que second couteau des USA. Pour cela, il faut apprendre. Il faut apprendre la géographie réelle du monde, l’Europe n’est par exemple pas un continent. Elle n’est séparée de l’Asie par aucune mer ni aucun océan. Elle n’est qu’une partie minoritaire et éloignée de l’Eurasie. Il faut apprendre l’économie réelle du monde. L’économie, ce n’est pas délocaliser la production vers des pays à bas salaires pour exploiter davantage, ni abaisser les salaires de force (ou de manipulation et de corruption) pour lutter contre la baisse du taux de profit. Non, l’économie, c’est penser et réaliser le développement des forces productives, préparer et investir dans de nouveaux systèmes de productions, plus efficaces et répondant aux besoins et aux contraintes de la relation entre l’humanité et la nature. Et enfin, il faut réapprendre l’histoire. L’Asie hier soumise et divisée se révèle aujourd’hui dans sa grandeur uniquement parce que nous ne savions pas voir. Déjà, au 20ème siècle, le peuple chinois sous la direction du Parti Communiste et de Mao a changé le monde. Nous avons encore des leçons à en tirer. (note de Franck Marsal pour HistoireetSociété)

28 août 2025

Toujours dans le cadre de notre réflexion sur la nécessité non seulement de repenser le rapport des forces mondiales mais également de revoir « le viol de l’histoire » qu’est l’hégémonie occidentale en train de s’effondrer. Le tout dans un des événements les plus cruciaux du moment : le 3 septembre le défilé de la victoire de la Chine sur le Japon en présence de tous les représentants de l’immense majorité de la planète mais boycotté par le petit club qu’est devenu le G7. (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Biljana Vankovska

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Source de la photographie : Sha Fei – Domaine public

Un trou noir dans la mémoire collective : la Chine et la Seconde Guerre mondiale

Alors que la Chine se prépare à commémorer le 80e anniversaire de la victoire sur le fascisme le 3 septembre 2025, l’attention du monde entier se tourne vers le défilé militaire de Pékin. Les spéculations vont bon train sur les dirigeants mondiaux qui se joindront au président Xi Jinping – la présence de Poutine est presque certaine, bien que les rumeurs selon lesquelles Trump y assisterait semblent tirées par les cheveux. Certains défenseurs de la paix affirment que ce moment offre aux puissances mondiales l’occasion de réfléchir aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale, un sentiment aligné sur l’esprit de la Charte des Nations Unies et qui urge dans un contexte de tensions mondiales croissantes. Pourtant, le refus des dirigeants européens d’y assister, invoquant la crainte d’offenser le Japon, révèle un problème plus profond. La commémoration de la Chine clôt le cycle des anniversaires de la Seconde Guerre mondiale, mais elle soulève une question cruciale : comprenons-nous vraiment la portée mondiale de cette guerre, ou avons-nous laissé des chapitres vitaux s’estomper dans l’obscurité ?

Il existe un vide flagrant dans notre mémoire collective de la Seconde Guerre mondiale – une guerre que nous appelons « mondiale », mais où le rôle du quatrième vainqueur allié, la Chine, est constamment mis de côté. La Chine est entrée dans le conflit en premier en 1931, et non en 1939, et a continué jusqu’à la capitulation du Japon en 1945. En 14 ans, elle a subi environ 35 millions de pertes et immobilisé un million de soldats japonais, ce qui a permis à l’URSS et aux États-Unis de se concentrer ailleurs. Des dirigeants comme Roosevelt, Churchill et Staline ont reconnu le rôle central de la Chine dans l’issue de la guerre. Alors pourquoi cette contribution est-elle si souvent ignorée et enterrée sous des couches de récits centrés sur l’Occident ?

Pour beaucoup, la tragédie déterminante de la Seconde Guerre mondiale est le bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki, des actes horribles qui servent d’avertissement sévère de la puissance destructrice de l’humanité, déchaînée par les États-Unis. Ces événements méritent d’être commémorés, mais l’occupation américaine du Japon qui a suivi et la constitution de paix imposée (également connue sous le nom de Constitution MacArthur) étaient moins une question d’harmonie que d’assurance d’un point d’ancrage stratégique dans l’Indo-Pacifique pendant la guerre froide. Aujourd’hui, le Japon s’arme sous le parapluie nucléaire américain, officiellement pour contrer une « menace » de la Chine. Cette tournure narrative est aussi commode qu’elle est trompeuse.

À l’instar de la Russie, qui préserve farouchement les sacrifices qu’elle a consentis pendant la Seconde Guerre mondiale, la Chine exige aujourd’hui la reconnaissance des siens. Sa résistance au militarisme japonais reste une saga largement méconnue. Un coup d’œil dans ce « trou noir » de la mémoire collective révèle des atrocités qui défient l’entendement : le massacre de Nanjing en 1937, où 300 000 civils ont été tués et des viols de masse commis. Les expériences chimiques et biologiques de l’Unité 731 sur des prisonniers, y compris des enfants, étaient si ignobles qu’elles choquaient même les observateurs nazis. Des émissaires allemands pressèrent Berlin de contenir Tokyo, tandis que les archives japonaises documentaient méticuleusement leur chaos brutal. De courageux historiens japonais ont depuis exposé ces horreurs, mais elles restent marginales dans le discours mondial. Pourquoi ce silence ?

Découvrir l’histoire de la Seconde Guerre mondiale du point de vue de l’Asie met en lumière une vérité honteuse : les récits occidentaux, amplifiés par Hollywood et les médias, ont sélectivement glorifié certaines histoires tout en en effaçant d’autres. Le résultat ? Les auteurs sont réhabilités et les victimes sont transformées en méchants. L’Occident s’accroche souvent à une position biaisée qui valorise certaines vies par rapport à d’autres. Les victimes chinoises ont reçu peu de reconnaissance mondiale, leurs souffrances étant éclipsées par le récit de la rédemption du Japon après la guerre. Cette hypocrisie résonne aujourd’hui à Gaza, où l’indignation sélective, les larmes pour l’Ukraine mais le silence pendant 22 mois de souffrance des Gazaouis sous la politique d’Israël, révèlent le même deux poids, deux mesures. Les dirigeants européens, façonnés par l’héritage colonial qu’ils présentent comme une « mission civilisatrice », sont complices. Pendant ce temps, les États-Unis alimentent une guerre commerciale avec la Chine et, comme Kaja Kallas et certains médias l’avertissent, se préparent à un conflit plus large, tout en dépeignant la Chine comme « autoritaire et belliqueuse ». Cela se heurte fortement à l’histoire antifasciste de la Chine et à son engagement moderne en faveur de la paix mondiale.

L’adage selon lequel les vainqueurs écrivent l’histoire s’effiloche ici. La Chine, grand vainqueur, s’est vu refuser la possibilité de mettre en valeur son courage, ses sacrifices et ses contributions. Aujourd’hui, elle est injustement qualifié de menace par le discours occidental. La Seconde Guerre mondiale n’a ni commencé ni pris fin en Europe. La Chine, membre fondateur de l’ONU et première à avoir signé la Charte des Nations Unies, reste son soutien le plus indéfectible. Elle rejette le récit dominé par les États-Unis, élaboré par un pays qui est entré tardivement dans la guerre, qui a le moins souffert mais qui a déclenché une dévastation atomique. L’héritage de la Chine pendant la Seconde Guerre mondiale alimente sa mission moderne : éradiquer la pauvreté, aider les pays du Sud, construire des infrastructures mondiales et défendre la paix et un avenir partagé pour l’humanité.

La commémoration de Pékin est une réfutation audacieuse du monopole de l’Occident sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Comme le dit si bien Warwick Powell : « Pendant huit décennies, l’Occident a réécrit la Seconde Guerre mondiale comme une victoire des États-Unis et de l’Europe, reléguant la Chine au statut de note de bas de page. La commémoration de la Chine cette année remet en question cette amnésie, en réaffirmant le rôle du pays en tant que force centrale dans la défaite du fascisme. Cependant, en ces temps troublés, le souvenir seul ne suffit pas. De Gaza et au-delà, la lutte contre l’inhumanité et le fascisme exige que nous affrontions ces angles morts historiques et leurs échos modernes.

Cet article a été produit par Globetrotter.

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