Dans les regards que nous devons changer, pour apprendre à voir, au delà du monde d’hier, le monde en train d’émerger, il n’y a pas que le regard au loin. Il y a aussi le regard sur nos proches, qui est en fait le regard sur nous-mêmes et notre propre histoire, qui nous a été en grande partie volée. L’Algérie, Macron cherche par tous les moyens à nous en éloigner, après avoir ridiculisé la France en Afrique occidentale, et après avoir interdit les relations historiques profondes nous liant à la Russie (pensons par exemple au voyage de Diderot à la cour de Catherine II à St Pétersbourg et l’impulsion que cela a donné à son travail). Ce travail d’isolement de la France, pour la serrer dans la tenaille UE / OTAN, entraîne une régression profonde de notre perception collective du monde. Nous sommes à l’inverse des relations que les communistes français, sous l’impulsion de Lénine et de la révolution russe avaient nouées avec les plus grandes personnalités du monde et les grands pays. Le PCF commence timidement sous l’impulsion de Fabien Roussel à reprendre ce rôle d’ouverture de la France sur le monde. La solidarité avec Cuba a été relancée. Des voyages ont été entrepris, au Vietnam, en Chine. La relation avec l’OLP a été reprise et des réunions avec des partis communistes sont organisées. Mais il y a encore des freins (et au plus au niveau) et plusieurs voies décisives sont à ouvrir. L’Algérie est une pièce fondamentale pour l’ouverture de la France vers son avenir dans le monde multipolaire, le seul possible. Il faut rétablir cette histoire commune de deux peuples, dans un seul combat, celui de la liberté et, déjà au fond, d’un destin commun pour l’humanité. Les liens entre communistes sont essentiels à ce chemin. Nous attendrons avec impatience le compte rendu de ce voyage et nous publions pour le préparer cet hommage à Zoher Bessa. Retrouver le sens et le rôle qui fut celui des communistes algériens dans le chemin qu’a suivi leur pays depuis l’indépendance est la première étape indispensable pour comprendre où en est et où va l’Algérie. (note de Franck Marsal pour HistoireetSociété)
Nath Amar Arezqi
8 h ·
Il est question que nous allions Marianne et moi présenter notre livre « quand la France s’éveillera à la Chine, la longue marche pour un monde multipolaire, à l’université d’Alger dans un cadre académique. A la suite de la rencontre en Chine de notre éditeur Delga dans un symposium sur les relations entre la Chine et l’Islam. La seule chose dont je sois assurée c’est que je ne vais pas imposer ma vision politique de l’avenir de l’Algérie mais écouter et tenter de comprendre. A ce titre la conférence devrait s’accompagner d’un voyage jusque dans le grand sud, mes amis algériens savent que le désert est ma passion, Gardhaïa, Timimoun et là aussi comme dans la casbah, il y a la nécessité de s’éveiller plutôt que de prendre position. De rompre avec un néo-colonialisme qui interdit l’essentiel, ces profonds liens qui unissent la France à l’Algérie. Zoheir Bessa en est un symbole pur et fort, celui des communistes mais je suis aussi touchée par le rédacteur de l’article qui lui a fait un choix disons proche de celui de l’eurocommunisme. Donc en publiant cet article, il est dit l’admiration pour Alger républicain, pour ceux qui n’ont jamais varié d’un iota, mais il ne s’agit pas seulement de l’hommage à la vertu du communiste (dit stalinien) mais bien de tenir compte du mouvement du monde, de ce monde multipolaire qui bouleverse les lignes, et oblige à l’inconfort de devoir tout reconsidérer du travail ensemble. Donc merci camarade et à bientôt peut-être pour m’enrichir de vos réflexions et actions. (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Je suis profondément attristé par le décès de Zoheir Bessa. Rien ne laissait présager que nous pourrions, lui et moi, nous entendre — et pourtant, une amitié est née. Nous avions partagé une tribune lors d’une table ronde à Bordeaux, il y a une quinzaine d’années. Il s’affirmait communiste, bolchevique même, sans le moindre complexe. À une personne dans la salle qui évoqua les déportations massives sous Staline, Zoheir répondit avec calme : « Puisqu’on parle d’histoire, je peux aussi rappeler que Staline a écrasé le nazisme, et que son peuple est celui qui a le plus donné dans ce combat. »
Zoheir était un communiste, et il l’est resté. Lorsque j’ai réalisé un dossier pour Le Monde Diplomatique sur la gauche algérienne, je l’ai contacté en sa qualité de dirigeant du PADS. Il mit du temps à répondre. De passage à Montpellier, je l’ai appelé et nous nous sommes retrouvés dans un café, place de la Comédie. Il m’a dit : « Je ne t’ai pas répondu parce qu’en relisant bien tes questions, je me suis aperçu que nous ne sommes pas concernés. Nous ne sommes pas la gauche, nous sommes communistes. »
Quand il relança Alger Républicain vers 2003-2004, il contacta plusieurs journalistes, dont moi, pour contribuer à la renaissance du journal. J’ai accepté. Je lui ai proposé une chronique intitulée Fakô, que j’ai tenue régulièrement tant que la version papier existait. Un jour, alors que j’étais de passage à Alger, je le croise dans la cour de la Maison de la Presse. « Tu tombes bien, me dit-il, passe me voir au bureau dès que tu peux. » Une heure plus tard, je suis face à lui dans son modeste bureau. Il me dit : « Je veux formaliser ta collaboration avec nous. » Je lui demande ce qu’il entend par là. Il répond : « Combien tu demandes ? » Étonné, je lui dis : « Je ne demande rien. » Il insiste. Alors je lui dis : « Non seulement je ne demande rien, mais je veux faire un don au journal. »
Alger Républicain n’était pas pour moi un simple journal. C’était un symbole. Un de mes oncles faisait partie de l’équipe d’Henri Alleg. Tous les adultes de ma famille le lisaient. Quand le journal a été relancé en 1989, la rédaction m’avait demandé, en même temps que Djaout et Kaouah, un article pour le numéro zéro. Pour moi, c’était un engagement qui dépassait la profession de journaliste. Une dette envers mes oncles et leurs camarades, qui ont payé cher leur attachement au journal et à ce qu’il représentait. Ma mère le lisait, pour dire.
J’ai rédigé mes billets Fakô aussi longtemps que la version papier a tenu. Contrairement aux prédictions d’amis amers, Zoheir n’a jamais censuré un seul de mes textes, ni même protesté. Une seule fois, il m’a dit : « Je ne suis pas d’accord avec ton billet, mais je le passe. » Il s’agissait d’un Fakô ironique où je rappelais la fameuse histoire de la kasma de Bougalb qui mettait en garde l’impérialisme américain…
Quand le journal, étranglé financièrement par le pouvoir, a cessé d’être imprimé, Zoheir a dirigé une version numérique. Elle était régulière pendant un moment, et il m’appelait pour rédiger mon billet. Puis, petit à petit, il cessa de m’appeler car le journal ne paraissait quasiment plus. Je voudrais ajouter ceci : de toute ma carrière, c’est le seul rédacteur en chef qui proposait des idées de chroniques. Quand on tient une chronique libre dans un journal, on doit choisir soi-même le sujet. Parfois, on n’en trouve pas. Parfois, quand on est loin de la rédaction, comme c’était mon cas, on fait doublon avec d’autres articles. Dès que notre collaboration fut mise au point, nous avons convenu qu’il m’enverrait le sommaire du journal. Il l’a fait chaque fois. Et c’est à partir de là que je choisissais mon sujet.
Nous avons beaucoup discuté. J’ai toujours perçu chez lui une prudence qui frôlait le silence suspicieux. On avait l’impression qu’il était constamment en état de vigilance, et cela devait sûrement être le cas. Il ne faut jamais oublier qu’il a été victime d’un attentat qui a failli lui coûter la vie.
Zoheir Bessa était un dialecticien, attaché à son peuple et à ses couches les plus vulnérables. Il n’était pas un révolutionnaire de salon ou de parade, mais un vrai lutteur de classes, humble et rigoureux. Souvent, il ne disait pas grand-chose, car il connaissait déjà les opinions des uns et des autres. C’était aussi un grand bosseur : il écrivait lui-même les éditoriaux et de nombreux articles importants pour le journal. En le lisant, bien documentés et bien écrits, on saisissait immédiatement le travail que cela avait nécessité.
C’est une grande perte pour l’Algérie laborieuse, pour les progressistes, pour ceux qui savent que le changement ne vient pas des tribunes spectaculaires, mais de gens discrets et redoutablement efficaces comme lui.
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Slassia
Ne serait-il pas préférable de parler d’Afrique de l’ouest plutôt que d’Afrique occidentale (française) ?
Merci pour votre précieux travail …
Franck Marsal
Merci ! je note la remarque. Je ne sais pas quelle est l’appellation utilisée communément par les africains eux-mêmes.
Slassia
Bien que ces organisations demeurent sous » l’influence » de la France, la CEDAO est la communauté économique des États d’Afrique de l’ouest et l’UEMOA est l’union économique et monétaire d’Afrique de l’ouest.
Occidentale pour l’Afrique de l’ouest comme équatoriale pour l’Afrique de l’est sont des termes qui renvoient à l’époque coloniale …