Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Paris Match : Le vaccin chinois à la conquête du monde

Aujourd’hui nous avons choisi de vous montrer la manière dont ceux qui défendent le capitalisme en arrivent à le dénoncer… En partant de l’idée chère à Lénine qu’il faut aller chercher la vérité chez l’adversaire , voici la manière dont Paris Match prétend se moquer des vaccins chinois. Pourtant, comparée à la politique impérialiste, à la gabegie, la catastrophe générale que cette dernière provoque y compris chez elle, ce qui devrait être une charge contre la Chine tourne à son avantage. Tout est dit dans cette simple phrase : “La Chine offre une alternative pas chère, aisément stockable et disponible”… Alors en découvrant ce reportage on commence à avoir une vague idée de ce que la “communauté internationale’ n’est pas tout à fait celle dont on nous dit habituellement qu’elle condamne les ennemis qu’on lui désigne. (note de danielle Bleitrach)

Enquête Loïc Grasset

C’est l’arme de l’espoir et de la diplomatie. Aucune des cinq formules commercialisées par la Chine n’est encore approuvée par l’Agence européenne des médicaments. Mais elles lui servent à accroître son influence sur tous les continents et à semer la dissension jusque dans l’Union : la Hongrie utilise déjà le Sinopharm et le vaccin russe. La France s’en tient à quatre vaccins qui seront administrés à 30 millions de personnes d’ici à l’été.

© AFP
Jean-Luc Mélenchon les réclame à grands cris. Que valent ces vaccins déjà vendus à 500 millions d’exemplaires dans près de trente pays? Pas chers, faciles à stocker, mais toujours entourés d’une grande opacité. De Manille à Budapest, le cérémonial est rodé, millimétré, et toujours parfaitement orchestré. La masse boursouflée et vif-argent du Xian Y-20, le premier avion de transport militaire jamais construit par la Chine, se pose sur le tarmac dans un vacarme du diable. Le monstre chemine, adagio puis lento, avant de s’immobiliser devant le hall d’honneur de l’aéroport. Une foule raisonnable – on est quand même en pandémie –, mais cadrée très serré par les caméras, agite de petits drapeaux du pays d’accueil et de la République populaire de Chine. Puis un hiérarque vient prononcer un discours et vanter la philanthropie de l’ami chinois.

A Moroni, la capitale des Comores (100000 doses offertes), le colonel-président Azali Assoumani a ainsi évoqué, emphatique, «un geste fraternel et généreux du grand président Xi Jinping». Depuis, à l’aéroport de Santiago du Chili (8 millions de doses), le chef de l’Etat, Sebastian Piñera, lyrique, est venu en personne célébrer «ce moment de joie et d’espoir que la Chine a rendu possible ». A Belgrade, le numéro un de la République de Serbie (1 million de doses), Aleksandar Vucic, carrément extatique, a embrassé le « Wuxing Honqi », le drapeau rouge à cinq étoiles voulu par Mao Zedong, et rendu hommage à « la civilisation millénaire qui vient en aide à son pays».

La Chine offre une alternative pas chère, aisément stockable et disponible
Point commun de ce torrent de louanges, ces pays ont tous bénéficié de livraisons de vaccins contre le Covid- 19 « made in China ». Car à côté des Pfizer, AstraZeneca ou Johnson & Johnson, le pays du Milieu offre une alternative pas chère, aisément stockable et disponible. Des vaccins qui séduisent beaucoup de nations en voie de développement que n’effraie pas l’opacité sur leur efficacité réelle. «Lors de cette pandémie, la Chine a fait des vaccins un outil de “soft power”, explique le professeur Daniel P. Aldrich, directeur du département Security and Resilience à la Northeastern University de Boston. Ça lui donne une image positive et une réputation de pays au grand cœur. » « Les Chinois ratissent large, tous les pays sont les bienvenus, confime Antoine Bondaz, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Pour eux, l’important en matière de communication, c’est d’être les premiers à offrir le vaccin. Et ça marche.» Il n’est pas rancunier: la semaine dernière, l’ambassade

de Chine à Paris l’a qualifié de « petite frappe » et de « hyène folle » parce qu’il avait rappelé que les parlementaires français étaient libres de se rendre à Taïwan.

La Chine entend démontrer à sa population qu’elle est un acteur majeur sur l’échiquier mondial. Au total, 53 pays ont commandé chinois et 28 – dont le Brésil, la Hongrie et les Emirats arabes unis – ont déjà reçu les précieuses fioles. En réalité, il ne faut pas parler d’un vaccin chinois mais de plusieurs. Sur les 13 vaccins approuvés par au moins une haute administration de la santé dans le monde, cinq sont chinois. Deux produits émanent du holding d’Etat Sinopharm, le numéro un local. Un troisième, dont le nom claque comme un coup de fouet, CoronaVac, cartonne à l’exportation. Sa boîte orange et blanche est déjà iconique dans les pays émergents. Il est fabriqué par le laboratoire pékinois Sinovac. A l’inverse de leurs concurrents occidentaux Pfizer et Moderna, qui font appel à la technologie révolutionnaire de l’ARN messager, ces vaccins, inoculés en deux doses, sont dits inactivés – c’est-à- dire fabriqués à partir d’un virus vivant mais très peu actif, voire pas du tout. « Des vaccins classiques qui, en général, sont bien tolérés et efficaces », selon la virologue Marie-Paule Kieny, directrice de recherche à l’Inserm et présidente du très écouté Comité Vaccin 19. C’est la même technique qui est utilisée pour les vaccins contre la polio ou la grippe. Le troisième fabricant, CanSino, est une start-up, mais qui bénéficie du puissant soutien de l’Armée populaire de libération, dont plusieurs garnisons ont servi de cobayes pour des essais en phase 3. Ce vaccin, qui s’administre par inhalation, a déjà été adopté par l’Argentine, le Chili, le Pakistan, la Russie et la Hongrie. Le RBD-Dimer de la société Anhui Zhifei Longcom, enfin, beaucoup plus énigmatique, est seulement référencé en Chine et en Ouzbékistan.

Champions à l’export, les vaccins ont du mal à convaincre chez eux
Outre ces cinq vaccins déjà administrés à grande échelle (la France n’en a aucun), la République populaire de Chine a actuellement 41 vaccins en phase de test (trois pour la France). «Il y a dix ans, nous n’aurions jamais vu ça, analyse Chong Ja Ian, professeur de relations internationales à l’université de Singapour. Grâce à de gros investissements, la Chine a effectué un rattrapage technologique bluffant. Sans compter les transferts de savoir des laboratoires étrangers, qui ont tous des usines en Chine [Pfizer y compte ainsi quatre méga-usines et Sanofi 9 000 employés et chercheurs].» Selon l’institut de recherche Frost & Sullivan, les investissements de la « Big Pharma » chinoise en recherche et déve- loppement vont, de 2018 à 2023, augmenter de 25%. Au niveau mondial, l’augmentation est de 4 %.

Champions à l’export, les vaccins chinois ont plus de mal à convaincre… en Chine. Avec 75 millions de doses inoculées, la Chine se place au deuxième rang derrière les Américains. Mais loin derrière en matière de pourcentage pour 100 habitants : moins de 5, contre 25 aux Etats-Unis. Les raisons de ce désamour ? « Je ne vois pas l’intérêt, personne n’est malade ici ni ne porte de masque, explique sur Weibo, le Twitter chinois, Mei Yan, infirmière à Shijia- zhuang, dans la province du Hebei. En plus, il y a eu pas mal de scandales de contrefaçons et de faux vaccins. » Les pouvoirs publics, qui visent le chiffre de 500 millions de vaccinés en juillet, grondent un peu. Et ils viennent d’accélérer la cadence, avec un rythme actuel de 2,5 millions d’inoculations par jour. Et même 10 millions, selon le quotidien de propagande en anglais «Global Times».

Les vaccins comme une arme de troc diplomatique
« Mais le plus important pour Pékin reste l’export et l’image, poursuit Antoine Bondaz. Avec les pays émergents, les Chinois ont une argumentation très simple : les Occidentaux sont égoïstes. Ils vous ont laissés tomber comme de vieilles chaussettes. Leurs produits sont chers et reposent sur une technologie aléatoire. » Pour enfoncer le clou, ils n’hésitent jamais à faire des dons : 1 million de doses au Cambodge, 400 000 au Niger… En matière de prix, avec une dose au-dessous de 2 euros, les vaccins chinois sont beaucoup moins chers que Pfizer (12 euros) ou Moderna (14,60 euros), mais au niveau d’AstraZeneca (1,78 euro). Ils se gardent au réfrigérateur entre –2 °C et –8 °C contre –70 °C pour Pfizer.

Lire aussi.Macron critique l’opacité du vaccin chinois et ses risques éventuels, Pékin lui répond

Même s’ils s’en défendent, les Chinois utilisent aussi leurs vaccins comme une arme de troc diplomatique. Je te donne… tu me donnes. En Malaisie, ils ont obtenu en échange de doses la libération de 60 pêcheurs chinois détenus pour avoir violé les eaux territoriales malaises. Au Paraguay, Pékin a carrément conditionné son aide à la rupture des relations diplomatiques avec Taïwan. Par manque de… malades, la Chine exporte aussi ses tests de phase 3. «C’est une pratique courante qui leur permet d’emmagasiner des données de santé personnelles sur de nouvelles populations », analyse Nicholas David Thomas, professeur à la City University de Hongkong. « Cette fois, avec le Mexique et le Brésil, ils touchent directement au pré carré des Etats-Unis, ce qui énerve prodigieusement l’administra- tion américaine.»

De nombreuses questions en suspens
En échange de ces essais sur l’homme, elle consent des rabais importants. Alors, faut-il accueillir à bras ouverts les vaccins chinois, comme le réclame Jean-Luc Mélenchon ? C’est politiquement impossible et, d’un point de vue sanitaire, très risqué. Car de nombreuses questions restent en suspens. Sont-ils aussi fiables que leurs rivaux occidentaux ? Seule certitude, les Chinois délivrent peu d’informations. Une seule étude, sur la phase 2 du CoronoVac, a fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique «The Lancet», fin 2020. Depuis, silence radio. Aucune entreprise chinoise n’a soumis de dossier technique à l’Union européenne. « Les données de Sinopharm sont moins claires, explique la virologue Marie-Paule Kieny, mais des données fiables sont disponibles pour le vaccin de Sinovac. Il apparaît comme un produit de valeur pour limiter la morbidité et la mortalité.» Le CoronaVac de Sinovac est jugé efficace à 90% par Pékin et à 83% par la Turquie… Par contre, son niveau de performance a été évalué au Brésil à 50,4%, juste au-dessus du seuil acceptable par l’OMS. « Attention ! Mauvaise monnaie chasse la bonne, prévient Chong Ja Ian de l’université de Singapour. En acceptant un vaccin chinois, un pays prend le risque de décrédibiliser tous les vaccins auprès de ses populations.»

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Cela n’empêche pas les Chinois de continuer à jouer les donneurs de leçons. Ils n’autorisent toujours aucun vaccin étranger sur leur sol. Morceaux choisis de commentaires laissés sur Weibo : « Hors de question que l’on m’injecte ces poisons. » « Seuls des produits chinois peuvent être inoculés dans le sang chinois.» La semaine dernière, la Chine a suspendu le Pfizer dans ses territoires administrés de Hongkong et Macao pour un pseudo-problème d’emballage défectueux. Et plusieurs cliniques qui recommandaient à leurs patients le vaccin américain ont été dégagées manu militari du programme. Depuis le 15 mars, pour entrer en Chine, tout voyageur doit justifier avoir reçu deux doses d’un vaccin « made in China ». Et à Pékin ou Shanghai, les arrivants doivent toujours se soumettre dès l’aéroport à un dépis- tage anal par écouvillon. Officiellement parce que ces tests sont plus efficaces, ce que démentent les scien- tifiques occidentaux. Cet « analgate » a déjà provoqué l’ire du gouvernement japonais, qui évoque une pra- tique « humiliante et traumatisante ». Côté occidental, pas encore de réaction officielle à ce nouveau supplice chinois.

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Oui mais! Les “toutous” suivront-ils l’exemple d’un vaccin pour ceux qui ne sont que des RIENS”? Allemagne : la Bavière a négocié une commande de 2,5 millions de doses de vaccin russe Spoutnik V 7 avr. 2021, 16:38 Source: Reuters Image d’illustration du vaccin russe Spoutnik V. La Bavière a négocié un «contrat préliminaire» en vue de recevoir prochainement 2,5 millions de doses du vaccin russe Spoutnik V contre le Covid-19, sous réserve de son approbation par le régulateur européen. Ce «contrat préliminaire est signé aujourd’hui», 7 avril, a indiqué le dirigeant régional allemand Markus Söder, qui appartient au camp d’Angela Merkel,… Lire la suite »