Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Entre nous, quelqu’un peut-il m’expliquer?

Profitons de ces temps de fête où l’audience est confidentielle pour avoir des colloques relevant de l’intimité, la famille élargie à quelques acquets…

Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce qui se passe exactement avec Le temps des cerises ? La maison d’édition dont je m’honore d’avoir été auteur.

Je fuis avec une telle constance toutes les crises internes et périphériques au sein de ce malheureux parti que quand j’ai vu se dessiner une union sacrée qui partait du PRCF, des contestataires de la CGT jusqu’aux refondateurs, je n’ai eu aucun envie de venir renforcer ce front hétéroclite. Je suis toujours dans le même état d’esprit. Le paradoxe étant que sur le plan individuel, j’éprouve de la sympathie et parfois de la camaraderie pour la plupart des individus signataires mais quand je les vois se regrouper alors qu’ils sont incapables de le faire pour trouver les conditions d’une lutte commune pour le socialisme et donc pour créer un PCF digne de ce nom, je me demande quel est le consensus et contre qui il est dirigé?

En ce qui concerne le temps des cerises et Francis Combes, c’est comme Delga, une maison d’édition qui représente le courage et sans laquelle beaucoup de choses auxquelles je tiens, en vrac le marxisme, Cuba, la mémoire du communisme, des textes rares et précieux auraient été complètement effacés, donc a priori je n’ai pas envie de les voir saborder. Mais je le répète comme j’ignorais et j’ignore toujours de quoi il est question (et je ne dois pas être la seule de mon espèce), je ne signe aucune pétition.

Mon intérêt pour l’existence d’une maison d’édition de ce type est pourtant fondamental. Comment vous le faire mesurer ? j’ai récemment publié un texte d’un marxiste chinois qui explorait les raisons de la contrerévolution qui avait (temporairement) gagné en URSS. J’ai publié beaucoup de textes de diverses provenances sur cette question. Je crois même que l’on peut expliquer toutes mes publications, tous mes choix, par cette volonté de me battre contre l’apparente défaite de 1991, pour en comprendre les ressorts d’un point de vue révolutionnaire. C’est sur cette base là que nous avons commencé notre collaboration avec Marianne. L’apport de Marianne a été cette “révélation”: non seulement les Russes et les peuples de l’URSS n’étaient pas restés passifs devant la remise en cause de la révolution socialiste, mais s’ils avaient paru pétrifiés c’était un KO debout dont ils sortaient à peine. Ils multipliaient les réflexions sur cet évènement non digéré.

Donc, non seulement Cuba refusait de plier, mais les peuples qui avaient vécu le socialisme en pensait autre chose que ce que l’on racontait ici, y compris au parti. C’est vrai qu’à travers cette rencontre d’abord de Cuba puis celle de Marianne, de ce retour en sa compagnie à l’est, je suis passée du temps des Cerises à Delga qui approfondissait le même sillon…

Par ailleurs, toujours grâce à Marianne, je découvrais que les communistes chinois avaient beaucoup travaillé cette question de l’effondrement. Lors de notre voyage en Crimée, nous avons appris que dans un immeuble de 27 étages à Pékin, un grand nombre de Chinois se consacraient à l’étude de “l’échec”… peu à peu ont filtré certaines des publications. Ce Chinois marxiste, récemment publié, était un des chercheurs et dans cette contrerévolution, le fait était patent, il voyait, entre autres, la victoire intellectuelle du nihilisme occidental, passé de la contestation du capitalisme à la contrerévolution contre le socialisme. Et il dénonçait l’attitude de l’appareil du pouvoir qui avait surgi depuis le stalinisme et avait trouvé son épanouissement sous Khrouchtchev et les successeurs. A l’inverse de Lénine, qui malgré de terribles circonstances, menait toujours le combat théorique et politique avec ses adversaires, il y avait eu “l’efficacité stalinienne”, un incroyable démiurge, menant génialement la modernité, écrasant le nazisme, mais aussi le revers, pas le temps de bavarder. C’était à la fois vrai et faux, Staline ne cesse d’expliquer, d’analyser mais comme le disait Lukacs, avec une tendance au dogme, mais tout est expliqué , commenté. Il m’est arrivé sous la censure actuelle du PCF d’affirmer qu’un procès stalinien serait un degré supplémentaire de liberté par rapport à ce qui était à l’oeuvre dans le parti, en 2020, dans l’humanité, depuis Robert Hue…

Donc disons pour revenir à l’uRSS, qu’il y a un parti détruit par la grande guerre… 40% des cadres communistes ont succombé parce qu’ils étaient en première ligne… Il y a la difficulté de réformer. Les défauts initiaux se sont aggravés ultérieurement avec la déstalinisation. Tant qu’il y a eu des conquêtes prolétariennes, tant que l’élan révolutionnaire a été là, cela a tenu, mais quand avec Khrouchtchev et jusqu’au désastre de Gorbatchev ce sont des couches moyennes, des bureaucrates qui se sont emparés du parti confondu avec l’état, la censure, l’art de faire taire en ignorant, en faisant comme si cela n’existait pas a remplacé pour une part le goulag, mais a livré l’URSS à ses ennemis.

Ce que je pense c’est que les partis nés de l’eurocommunisme ont suivi la même trajectoire que je décris dans mes mémoires. Ils combinent la liquidation, l’abandon, voire les illusions khroutchévienne, le ya qua, avec la censure suppléant à l’affrontement des idées.

Tout cela pour dire à quel point je suis ennemie de toute censure, des pratiques consistant à étouffer les voix qui dérangent, non seulement parce que j’en ai été la constante victime mais parce que c’est le cercueil du communisme tel que je l’entends. Depuis plus de vingt ans je tente de comprendre, et pas seulement ce qui va dans mon sens. Je me bats contre ce que l’on me raconte, et donc j’ai vu à Cuba jusqu’où pouvait aller le mensonge, et avoir rencontré des maisons d’édition d’abord comme le temps des cerises, puis Delga fut une aide inestimable dans le désert communiste.

C’est d’ailleurs cause de cette exigence de parole, que j’ai quitté ce parti tant le compromis y restait fort autour de la censure dans l’Humanité, dans la presse communiste et le consensus délétère de l’eurocommunisme s’y poursuivait, c’était de l’impatience, mais je n’avais plus le temps, ni la force, je reprenais ma liberté de parole et de pensée.

Je dois dire que parmi les vertueux protestataires contre ce qui était infligé au temps des cerises j’ai vu avec plaisir s’élever Claude Mazauric, j’ai beaucoup d’estime pour lui, pour sa roborative intelligence, sa culture, son art de la polémique mais je suis contente de savoir qu’à toutes ces vertus il ajoute un haine de la censure qui nous rapproche un peu plus parce que jusqu’ici il s’est fort bien accommodé de celle dont ses amis me frappaient depuis plus de vingt ans, à l’inverse de Roland leroy et de jean Pierre Kahane, il n’est pas intervenu pour faire cesse le caprice despotique de son ami le Hyarec me concernant . Comme quoi on peut penser que chacun est susceptible d’évoluer si le fond est bon… Je vous ferai grâce de tous ceux dont j’ai eu la joie de découvrir qu’enfin ils étaient ennemis de toute censure, rien ne me laissait présager tant de bonheur vingt après…

Pourtant, je demeure très consciente du fait que rien n’est plus difficile que de trouver les conditions réelles d’un débat qui ne soit pas verbiage inutile, appropriation “nihiliste” de la fausse démocratie, celle qui ne mène que sur la dissolution des forces. Donc je respecte ce qui va dans le bon sens. Je suis convaincue que nous sommes dans une situation de transition et que ce qui aidera le plus la transformation nécessaire est la volonté de faire face à l’autre transition, celle de la réalité, de la fin du capitalisme ou celle de l’humanité. Il faut aider d’abord même en mettant à jour.

C’est pourquoi je me méfie des protestations de ceux qui se regroupent dans des coalitions hasardeuses contre tel ou tel, tirant sur tout ce qui bouge encore et se faisant les alliés momentanés de ceux qui ne veulent que liquider. Alors oui il faut que Le temps des cerises se développe, que ce qu’il a porté et peut porter encore existe mais il faut qu’on arrête d’envoyer des insultes, des procès a priori, et que l’on puisse en paix contribuer à un véritable dialogue qui ne braderait pas le peu qu’il nous reste.

Cela suppose que toutes ces participations, ces propriétés dont on ne sait à qui elles appartiennent en matière de locaux, de titres de presse, d’édition ou autres relèvent d’un véritable état des lieux dont les militants doivent avoir connaissance et pas seulement dans les appels à renflouement… Que l’on sache qui finance quoi et qui… Les ventes du patrimoine considérable, les transactions type pif le chien, doivent ne plus être des pratiques de couloir entre quelques individus devenus les copropriétaires, ce qui évitera les procès d’intention et permettra au militant communiste d’être responsable. Les rumeurs seront évitées, les indignations orientées également.

Je suis peut-être en effet très naïve mais je considère que quelles que soient la multiplication des pratiques de sommet, voire de couloir, le PCF a de beaux restes et c’est encore un lieu dans lequel demeurent des potentialités pour un combat pour le pluralisme intellectuel, pour la culture… Il faut partir de là… C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes mémoires qui ont été censurées, ceux qui les ont lues savent qu’il n’y a aucun règlement de compte mais des choix politiques. Encore un thème pour le Congrès, pas de règlement de compte mais la nécessité de changer en profondeur, s’ouvrir au nouveau en s’appuyant sur ce que la tradition communiste avait de meilleur, l’éducation, la formation mais aussi la transparence dans laquelle chaque militant pouvait opérer des choix.

Donc il faut comprendre pour agir et je sens bien que je n’ai pas les éléments de ce choix. Comme j’ai beaucoup à faire, j’ai tendance à négliger ce sur quoi je ne sens pas mon action d’un apport quelconque, résultat j’ignore la quasi totalité des Faits concernant ce sujet qui pourtant me tient à coeur.

Mais comme je vois se succéder des proclamations déplorant les effets désastreux de je ne sais toujours pas quoi, j’aimerais bien savoir de quoi il est question. Si l’explication pouvait se limiter aux FAITS cela m’arrangerait. Merci.

Danielle Bleitrach

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A noter la lettre de Marc Lacroix-Riz entre autres.

Danielle Trannoy et Marie-Christine connaissent bien le dossier, voir avec elles

La lettre d’Anita résume bien, rien à redire à son esprit de responsabilité

Last edited 21 jours il y a by Trannoy

Il y aune lettre de réponse de Francis Combes. Je vais la rechercher et la mettre en ligne.

La voici. Une lettre de Francis Combes aux lecteurs du Temps des Cerises Chères amies, chers amis, Avant toute chose, je souhaite vous adresser mes vœux pour l’année qui commence. Quelle soit meilleure, pour nous tous, que l’année qui vient de s’achever. Vous avez été nombreux, à recevoir, à la veille du Nouvel An, une lettre signée Anita Binacchi et envoyée d’une adresse du syndicat CGT-FNAF (Agro-alimentaire) ; ce qui a dû en surprendre plus d’un. Disons-le simplement, cette lettre est une tentative d’enfumage sur le mode « tout va très bien madame la marquise »… mais elle a bien peu à voir avec… Lire la suite »