Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Une introduction à la Chine communiste, “Rouge vif, l’idéal communiste chinois” (I)

Le livre d’Alice Ekman est de ceux que je conseillerais à tous ceux qui veulent s’intier à la Chine contemporaine. Il y a là un paradoxe puisque cet auteur n’a aucune sympathie pour le communisme mais elle a écrit un des livres qui aide le mieux un non initié à répondre à l’éternelle question : la Chine est-elle ou non communiste? Il ne s’agit pas de ne lire que ce livre, mais de lire AUSSI ce livre.

D’abord parce qu’il est écrit dans un style aisé avec une présentation pédagogique.

Disons tout de suite Qu’Alice Ekman s’est tellement pénétrée de son sujet, qu’elle a adopté les méthodes d’exposition chères aux Chinois à savoir qu’il y a diverses entrées et que suivant les faits que l’on souhaite aborder on peut prendre le livre par la partie qui vous convient, l’introduction servant simplement à vous guider dans cet exposé à multiples entrées. “Les étiquettes employées par les dirigeants chinois pour qualifier l’économie du pays (telles que “économie socialiste de marché aux caractéristiques chinoises”) sont elles-mêmes empreintes de contradictions. Vouloir aplanir ces contradictions, chercher la cohérence dans un amalgame d’influences diverses, serait une erreur analytique“.(p8)

Donc en juxtaposant des faits suivant l’usage que l’on en a on évite ces erreurs analytiques, on laisse s’opérer la synthèse des contraires et la négation de la négation, en acceptant une certaine déstabilisation.

Voilà qui unit non seulement Xi Jinping à Mao Zedong (souvenons-nous de nos pieuses lectures de la contradiction) et à Deng Xioaping, mais en poussant on peut y faire adhérer Anna Cheng et ses origines de la pensée chinoise. Ce qui nous parait inconciliable à nous cartésiens impénitents doit être juxtaposé autrement et des combinaisons multiples peuvent être fructueuses. D’où ces chapitres apparemment autonomes mais qui nous aident à corriger, préciser ce que nous croyons trop vite avoir compris.

Comme l’exigeait Marx, c’est l’anatomie de l’homme qui explique celle du singe et non l’inverse, c’est du présent que l’on doit partir pour mesurer l’influence d’une histoire millénaire dont les strates sont sans cesse retravaillées. Donc Alice Ekman part de Xi Jinping et son livre a été écrit avant l’épidémie et l’actuel 14e Plan, la double circulation… Mais la logique est celle d’une Chine qui demeure la même tout en négociant des ruptures historiques considérables. Le marxisme est un outil à la fois théorique et pragmatique parce qu’il permet cette permanence dans la transformation, le mouvement des contradictions. Il réalise la grande nation chinoise dans un devenir dont on pourrait soupçonner qu’il est le prélude à l’exploration de l’univers par une une humanité qui aurait bénéficié de cette longue marche chinoise. Je n’invente rien, la fusée partie sur mars s’appelle Longue Marche. Mais là j’extrapole, l’auteur n’étant pas convaincue de ce qu’elle nous donne néanmoins à voir.

Ce qu’elle nous décrit va servir d’introduction au livre qui répond donc à la question: la Chine est-elle communiste? Oui incontestablement OUI.

Alice Akman montre que les inflexions chinoises partent d’une direction collégiale dans laquelle les équilibres politiques existent et dont le renouvellement, la promotion est longuement préparé, en fonction de l’étape que la société doit franchir. Xi Jinping, cela a été dit bien des fois, est à la fois un “prince rouge” et il est issu de la Ligue de la jeunesse communiste. Il a 59 ans, fils de Xi Zhongxun, un compagnon d’armes de Mao Zedong, écarté en 1962 par Mao, remis en selle par Deng Xiao Ping. Il a fait sa carrière dans le sud-est du pays dans des zones d’ouverture au marché donc a priori il paraissait acquis aux réformes, à l’ouverture, pourtant très tôt il y a eu d’autres signes. La campagne anti-corruption est une habitude au début des mandats, une sorte de garantie qui excède rarement une année, mais la nouveauté est que celle inaugurée par XI s’étend déjà sur 7 ans et devient, dit-elle, l’instrument d’un recadrage de grande ampleur. En outre, si comme ses prédécesseurs Xi a franchi toutes les étapes de sa promotion dans la discrétion et sans tapage, la personnalité de Xi Jinping joue un plus grand rôle. L’affirmation du renouvellement de son pouvoir au-delà du mandat habituel correspond à ce poids de la personnalité. Tout cela n’a rien d’un coup d’Etat et a reçu l’assentiment du collectif de direction.

La personnalité de Xi Jinping, telle qu’elle a été promue par le collectif, est selon Alice Ekman en parfaite harmonie avec le fait que jamais le pays n’a tourné le dos à son identité communiste depuis l’ère des réformes et d’ouverture lancées en 1978, simplement les temps sont venus pour que la Chine y revienne avec plus de force. On a envie d’ajouter que ce temps correspond comme par hasard à un monde multipolaire et une crise de l’hégémonie occidentale derrière les USA, avec le rôle spécifique de la Chine qui assume son rôle international. Ceci sera vu dans les conséquences internationales

Nul doute que l’épidémie du coronavirus et l’hostilité manifestée par les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux ont accéléré le processus tel qu’on le voit aujourd’hui, mais Alice Ekman écrit avant d’analyser les effets d’une telle situation. Pourtant, elle nous montre que cette affirmation communiste était déjà à l’œuvre dès l’installation de Xi Jinping. Une promotion je le répète qui n’a rien d’un coup d’Etat mais a été le produit d’une décision collective en particulier, dit-elle, des sept membres qui forment l’exécutif chinois du Comité central, nommés en 2012 à l’issue du 18e congrès du parti communiste chinois.

Après avoir noté la manière dont Xi Jiping appuie sa pensée sur le marxisme, sur Mao lui-même, elle s’interroge sur ce jargon “rouge” (sic) et s’inscrit en faux contre l’opinion des observateurs qui considèrent son usage comme le moyen de Xi de consolider son propre pouvoir par rapport au peuple chinois. p.20. Ce qui par parenthèse, je me permets de le noter, dirait la popularité du communisme chez le peuple chinois, comme d’ailleurs l’étrange reproche fait par les pires libéraux au fait que les Chinois seraient capitalistes.

Alice Ekman s’inscrit en faux contre l’idée que le recours au “jargon rouge” serait “pur cynisme politique“. Elle constate une “ferveur” chez Xi. il y a là une conviction, une “foi” communiste qui se combine avec “le renouveau de la nation chinoise“. Bien sûr, selon la logique de l’auteure, cela ne peut que déboucher sur une “réduction du champ d’expression artistique et intellectuel“. Alors que, comme chacun sait l’idéologie occidentale libertaire-libéral engendre un essor culturel et intellectuel que chacun peut constater ou pour être plus lucide déplorer : la courtisanerie médiatique macronienne succédant à une trentaine d’années de même tabac de Mitterrand à Sarkozy, engendre des Onfray et BHL, un spectre exaltant. Mais retournons à la ferveur communiste, qui selon Alice Ekman est clairement visible chez les cadres communistes, mais aussi chez les jeunes étudiants y compris ceux qui étudient en occident. L’ensemble de la population chinoise aurait subi “une imprégnation” depuis 1949 toujours selon l’auteure (du type de celle qu’un petit français recevrait sur la laïcité et la République et qui est si peu une idéologie qu’il s’avère que la quasi totalité de l’humanité a du mal à s’y faire. NDLR) et ce livre va prendre la peine de l’étudier au lieu de la nier.

Je recommande au lecteur pressé d’aller à l’essentiel sur le sujet de voir en priorité les chapitres “conséquences” à partir de la page 122, conséquences de cette idéologie sur la politique intérieure, sur la politique étrangère et sur le monde. Mais nous y reviendrons.

Danielle Bleitrach

(1) Alice Ekman Rouge vif, l’idéal communiste chinois éditions de L’Observatoire. février 2020

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La présentation donne envie de le lire.