Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

L’insondable profondeur de l’histoire du communisme chinois et l’imbécile censure

Voilà qui devrait tranquilliser l’invraisemblable responsable à la formation, à l’université d’été, à la revue Cause commune et la mémoire d’Aragon, (R.Q,) les éditions Delga sont beaucoup pluralistes qu’il ne le croit (1) et donnent à voir une palette assez diversifiée du marxisme vivant. Ce que cette maison d’édition publie sur la Chine comme sur l’histoire du communisme n’a rien à voir avec un bréviaire, une ligne, une doxa. Pas d’index Vatican comme celui en usage dans la presse communiste, dans le PCF encore aujourd’hui puisque la double direction sévit, ce qui en fait intellectuellement un appareil à censure… au service de la bourgeoisie. Rien n’a changé dans le domaine des activités intellectuelles et de la presse depuis le 38e congrès, mais on peut rêver à ce qu’une nouvelle pratique politique peut produire, ici et peut-être dans le socialisme chinois.

Les éditions Delga, un patrimoine

Les éditions Delga c’est différent et c’est ce qui en fait le prix, le caractère incontournable.

Ainsi avoir édité la même année le dernier livre de Jean-Claude Delaunay sur la Chine (2) édité dans la foulée le livre de Mobo Gao sur Mao et la Révolution culturelle (3) témoigne de la diversité des approches que l’on retrouve dans bien des analyses. Les deux livres font un diagnostic différent sur le présent, puisque pour ce dernier et surtout pour sa préfacière Liliane Truchon, la réforme de Deng Xiaoping a complètement rompu avec le communisme, elle parle de “coup d’Etat” et ne se prive pas de tisser des parallèles entre la nouvelle direction issue de ce coup d’Etat anti-maoïste et l’évolution des sinologues et même les dirigeants du PCF. Elle dénonce ceux qui font toujours confiance à l’actuelle direction du PCC pour avancer dans la voie socialiste “à la chinoise” et note que “cela les conduit, quoiqu’ils en disent avec le constat plus général d’un échec fondamental et inévitable des expériences socialistes en Chine mais aussi en URSS au XXe siècle. En effet, si le ‘socialisme de marché’ ou ‘socialisme aux caractéristiques chinoises’, défendu par l’actuel PCC né de la démaoïsation, est conforme au projet marxiste, cela ne peut logiquement que signifier qu’une seule chose: le socialisme chinois (mais aussi soviétique) n’a jamais été autre chose qu’un capitalisme d’Etat. Si l’on suit ce point de vue, il ne pourrait en être autrement “matériellement” à cause des forces productives insuffisantes dans un pays arriéré économiquement comme la Chine. La construction du socialisme se résumerait alors au projet de Deng Xiaoping : l’enrichissement personnel individuel et familial (gagner plus en travaillant plus) et peu importe, comme il le disait qu’un chat soit blanc ou noir s’il attrape la souris. Cette logique d’entreprise est celle en fait de la “théorie des forces productives’ combattue à l’époque par Mao et la gauche du parti chinois. Ajoutons à cela que la comparaison entretenue actuellement en Chine entre le socialisme de marché et ‘la nouvelle Politique Economique’ (NEP) de la Russie bolchevique du début des années 1920 est problématique, voire une simple imposture. Il faut rappeler que Gorbatchev déjà utilisait idéologiquement l’exemple de la NEP pour justifier sa glasnost avec les résultats catastrophiques que l’on connait“(p19 et 20).

Il y a là certaines thèses que l’on retrouve dans une partie du mouvement communiste international qui a résisté à la liquidation, dans le KKE et chez certains communistes russes, pas tous, Ziouganov est au contraire très attentif à ce qui se passe en Chine. Et il est vrai que l’on trouve cette possibilité de nier l’apport de l’URSS, y compris chez certains tiersmondistes, je pense en particulier au cinéaste Raoul Peck dont le film sur Marx accomplit l’exploit de ne jamais citer au titre de sa postérité la révolution soviétique et il n’est pas le seul parmi ceux qui sont les plus enthousiastes défenseurs de la politique chinoise actuelle. Auxquels répondent d’une manière tout aussi tranchée ceux qui ne voient dans celle-ci que le retour en force du capitalisme depuis les réformes de 1976. On peut se demander si ceux là ne poursuivent pas la querelle sino-soviétique qui a sans doute été un des facteurs favorisant la contre-révolution des années quatre-vingt. Il y a un énorme travail historique à effectuer. Pour le moment nous en sommes à accumuler les pièces du dossier et Delga nous y aide.

Qui est Mobo Gao

Ainsi, il y a chez l’auteur du livre Mobo Gao, ce que je connais bien pour ne cesser de l’éprouver une véritable souffrance devant la manière dont la mémoire de générations entières a été tronquée, manipulée. Il répond aux détracteurs de la révolution culturelle, à ceux qui ont fait un portrait ignoble de Mao en montrant ce trafic de la mémoire devenue une entreprise d’Etat qui a fourni les matériaux au capitalisme et à ses idéologues du totalitarisme. Je ne cesse de vivre ce drame à l’intérieur du PCF et ce trafic de mémoire m’a obligé à le quitter tant était insupportable la manière dont celui qui ose tenter de restituer les faits, rien que les faits est disqualifié en s’appuyant sur les thèses bourgeoises qui ont créé de monstrueuses identifications, le décérébrage des militants, leur puissance d’agir volée. Mobo Gao est incontestablement un homme honnête qui a choisi de remonter ce courant.

Fils de paysans pauvres, Mobo Gao naît en 1952 dans un petit village du nom de Gao dans la province de Jiangxi en Chine. Il n’y a pas l’électricité dans son village à l’époque. Il s’acquitte de toutes sortes de tâches domestiques : vider les seaux hygiéniques, nettoyer la porcherie, pousser une brouette.

Pendant le Grand bond en avant, son village connaît une famine pendant une brève période : âgé de 7 ans, il doit aller dans les collines, sur les rives des cours d’eau, le long des haies et dans les marécages pour trouver des plantes sauvages comestibles mais personne ne meurt de faim.

Au début de la révolution culturelle prolétarienne, il devient instituteur « aux pieds nus » dans l’école du village. Pour s’exercer à la calligraphie, il récupère de vieux papiers qui s’avèrent être d’anciens registres généalogiques claniques. Accusé d’avoir sauvegardé des documents « féodaux », il est démis de son poste et soumis à des séances d’autocritique.

En 1973, à l’âge de 21 ans, il quitte son village natal pour aller étudier l’anglais à l’université de Xiamen. Il se rend ensuite, en 1977, au Royaume-Uni, où il étudie à l’Université du pays de Galles et à l’université de Westminster à Londres. Il passe sa maîtrise et son doctorat à l’université de l’Essex à Colchester.  

Spécialisé en chinois et civilisation chinoise, il est chercheur invité chargé de cours (visiting fellow) à l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne et à l’université d’Havard aux États-Unis.

En 1990, il émigre en Australie. Il enseigne à l’université de Tasmanie à Hobart comme professeur associé (associate professor) d’études chinoises à l’école des études et langues asiatiques : sa manière charismatique de faire cours est restée légendaire. Il rejoint ensuite le corps professoral de l’université d’Adélaïde en tant que maître de conférences (senior lecturer).

En 2008, il est nommé directeur de l’Institut Confucius à l’université d’Adélaïde, institut créé en 2007 en partenariat avec l’université de Shandong.

Au nombre de ses thèmes de recherche :

  • la Chine rurale,
  • la politique et la culture chinoises contemporaines,
  • l’émigration chinoise en Australie,
  • les grands médias

Chaque année, Mobo Gao retourne dans son village natal rendre visite à son frère qui y vit toujours.

Mobo Gao est aussi haut conseiller auprès de l’association sino-australienne des entrepreneurs (China-Australia Entrepreneurs Association Incorporated ou CAEAI.

Des racines chinoises du négationnisme occidental

On le voit non seulement Mobo Gao est un enfant de paysans pauvres mais il sait comment l’Occident voit l’histoire de la Chine. L’Australie aujourd’hui dans ce domaine n’est pas en reste et dans la lutte idéologique ne cesse d’apporter de l’eau au moulin de l’acharnement de Pompeo, en relayant les inventions de l’extrême-droite des Etats-Unis. Mobo Gao en ce moment même peut-être écrirait autre chose mais quoiqu’il en soit il apporte une vision qui mérite d’être lue.

Parce que le contexte dominant n’est pas celui d’un débat entre marxistes s’interrogeant sur les voies du socialisme, mais il est la dérive qui a gagné y compris certains militants communistes ou qui se considèrent comme tels, le communisme celui de Lénine, Staline, Mao serait un “totalitarisme“, une monstrueuse erreur et comme Staline, Mao serait l’équivalent d’Hitler.

La France, celle qui résistait à la CIA avec son grand parti communiste, ses intellectuels comme Sartre a baissé culotte à tous les sens du terme. Il est à noter que le livre de Mobo Gao sur Mao et la Révolution culturelle a donné lieu à d’importants articles dans la presse anglophone, par exemple The Guardian. Inutile de dire que la censure qui sévit en France, et qui fait de ce pays un étouffoir à idées, n’a pas valu aux auteurs de ces deux livres sur la Chine un compte-rendu dans disons le Monde… Et comme quand il n’y a pas de compte-rendu dans le monde l’interdit s’étend à l’humanité et au reste de la presse communiste. Ce désert intellectuel meublé d’âneries, fait partie de la solitude de l’enseignant obligé de suivre des manuels qui créent l’identité entre communisme et nazisme, Staline, Hitler et Mao… Quitte à mériter des funérailles nationales pour avoir osé vanter des caricatures pornographiques comme l’essence de la liberté de penser de ce monde. Pauvre enseignant aux pieds nus, sans la moindre révolution culturelle en vue et laissé en proie à tous les démons de l’obscurantisme, la proie de ceux qui sont profondément complices dans l’enfer des peuples, il est mort et Corne d’Auroch peut le célébrer..

Mais revenons-en à la Chine : la nouveauté est que la Chine est désormais en première ligne, elle ne peut plus amadouer l’occident et se retrouve obligée d’affronter les fables qui dénient ses combats, ses résultats.

Alors montrer comme le prétend Mobo Gao que l’essor de la Chine n’est pas né de la seule réforme de Deng Xiao Ping mais le développement est l’oeuvre de la Révolution initiée par Mao, n’est plus totalement en rupture avec cette volonté de marquer la continuité qui parait caractériser l’actuel gouvernement chinois. L’ère XI ne crée pas de rupture mais laisse de plus en plus voir la part du socialisme dans la force chinoise. Par parenthèse, la Chine n’a jamais dénoncé le rôle de l’URSS, mais a tenté de comprendre pourquoi la contrerévolution avait pu triompher.

Mais le véritable apport du livre de Mobo Gao, les réfutations qu’il apporte à ceux qui justement établissent un signe d’égalité entre Hitler et Mao, communisme et nazisme en insistant sans cesse sur des épisodes comme la collectivisation stalinienne ou le Grand bond et la Révolution culturelle c’est de défendre une autre conception de l’histoire, à savoir le point de vue de ceux à qui on ne cesse de voler la parole pour mieux les convaincre de ne pas intervenir.

Comme le contre-récit à ‘l’histoire fabriquée’ de Chang et Halliday, le chapitre 5 fait valoir qu’il y a une histoire connue et facilement disponible que ces auteurs ont choisi d’ignorer. C’est l’histoire qui donne la primauté au peuple chinois et à son rôle dans la révolution menée par le PCC sous la direction de Mao, révolution à laquelle les parents de Chang ont participé, et dont lui-même a bénéficié. C’est une histoire qui ne nie pas, ni n’oublie, que c’est à cause de cette révolution que l’espérance de vie moyenne de la majorité des Chinois est passée de 35 ans en 1949 à 63 ans en 1975; ce fut une révolution qui a apporté l’unité et la stabilité à une nation torturée pendant si longtemps par la désunion et l’instabilité, et qui a jeté les bases pour que la Chine devienne l’égale des grandes puissances du monde. C’est l’histoire d’une révolution ‘du peuple’ qui a permis la réforme agraire, qui a favorisé le statut des femmes, l’amélioration de l’alphabétisation populaire et de la santé et qui a finalement transformé la société chinoise pour la rendre méconnaissable par rapport à son état précaire d’avant la Révolution.(p.37)

Mobo Gao montre que si l’occident et ceux qui en Chine sont ses admirateurs éperdus a fait un sort à Mao tyran rouge, identifié à Hitler, le pouvoir chinois s’est bien gardé d’une telle interprétation. Il montre néanmoins que celle-ci a été favorisée par l’interprétation de la Révolution culturelle par Deng Xiao Ping devenue par une résolution de 1981, la période où Mao aurait dévié de la “Pensée de Mao Zedong”, ce qui a “ouvert la porte à un dénigrement total. Le mot employé alors pour caractériser la révolution culturelle haojie qui signifie une calamité traditionnelle a été traduit par holocauste, Mao est devenu Hitler et les gardes rouges, les sections d’assaut. l’occident a choisi ce terme, l’idéologie des droits de l’homme a fait le reste et toute rectification devenait du négationnisme.

Donc Mobo Gao veut recomposer la mémoire trahie, il ne veut pas nier les violences mais il veut d’abord dénoncer la manière dont celles-ci ont été interprétées, utilisées. La manière dont l’occident identifie ces violences au nazisme procède de la même réduction celle que l’on retrouve à propos de la Terreur dans la révolution française, à propos de la collectivisation ou de la lutte contre les koulaks en URSS. Le fond en est que l’on identifie l’horreur programmée, industriellement organisée et soutenue par une idéologie raciste qu’à été le nazisme avec un déferlement de foule. La révolution culturelle n’a pas été téléguidée par un pouvoir central contrôlant tout comme le fit le nazisme, mais bien un phénomène de foule qui a pris de multiples dimensions, certains conflits avaient une nature de classe, d’autres étaient de nature sociale, d’autres relevaient de vengeances personnelles surtout dans les premières années. Pas plus de phénomène de violence planifiée comme le nazisme que dans la lutte contre les koulaks… au contraire en 1966, le comité central du PCC a promulgué un décret déjà à l’oeuvre à Beijing décrétant qu’il était interdit à chaque entreprise, usine, administration ou tout autre unité d’établir un centre de détention ou un tribunal de fortune. Même si Mao au début de 1967 a des attitudes ambigües face à la violence, la règle officielle était claire: yao yao wendou hu wudou ( s’engager dans la lutte avec les mots mais pas une agression physique).

A partir de là, il a été monté une vision de ces dix années et même de Mao lui-même qui a alimenté toute la perception de la Chine et qui pèse encore aujourd’hui. Mais cette image a été entretenue par les dirigeants chinois eux-mêmes alors qu’ils se présentaient aussi comme les héritiers de la révolution et de son apport au peuple.

Nous sommes devant un texte riche, fourmillant de faits et on voit de jeunes ouvriers venir placarder dans la province du sHaanxi, une affiche contre le mur nord-ouest de l’usine de coton sur laquelle est inscrit “La révolution culturelle a été bonne“. Ce qui fait très peur aux notables du coin et même au Comité central, le jeune ouvrier a été condamné à dix ans de prison et est mort en détention. La volonté d’étouffer la mémoire révolutionnaire celle du peuple chinois à qui l’on faisait miroiter un plus de consommation est alors allée très loin et aujourd’hui il faut la reconstruire en particulier chez les enfants gâtés des couches qui ont bénéficié de la réforme.

Nouvelle étape de la révolution chinoise

Selon Mabo Gao depuis la fin des années 1990, “des voix remettent en cause le discours officiel ou semi-officiel” qui faisait de la Révolution culturelle une catastrophe qui permettait l’identification Mao-Hitler; “des récits historiques ont commencé à se faire entendre” dans l’équivalent d’internet, c’était le seul espace qui restait, un peu comme chez nous ou avec la censure de la presse communiste celle de la presse bourgeoise prenait son plein effet, isolant, détruisant tout intellectuel non conforme. Il reste les éditions Delga, c’est pourquoi aux yeux du liquidateur en chef elles sont non “éthiques”.

Encore un intérêt du livre de Mogbo Gao c’est qu’il opère un véritable recensement bibliographique de ce qui est paru sur le sujet en anglais ou en chinois et nous sommes conscients une fois de plus de la marginalisation intellectuelle qui frappe la France en proie à un “politiquement correct” des droits de l’homme sans contradicteurs et ce qui va avec la fragmentation, l’émiettement du mouvement communiste en chapelles impuissantes, ce que Delaunay désigne comme “les féodalités”.

Ce texte, cette colère n’est pas celle d’un individu isolé, elle est celle d’une génération, d’un peuple paysan ouvrier dépossédé par des technocrates corrompus mais elle jaillit dans un temps où avec l’arrivée de Xi au pouvoir, il est clair que c’est “la gauche” du parti qui l’a emporté, car quelle que soit l’influence de Xi jamais celui-ci ne serait parvenu au pouvoir s’il n’avait été porté par un collectif au moins dans le bureau politique.

Il y a entre les enfants perdus de la révolution, ceux qui conservent le flambeau marxiste, des approches théoriques divergentes et qui mériteraient d’être traitées en tant que telles par le débat mais un débat en lien avec la pratique politique. Mettons à part l’interprétation libertaire-platonicienne de Badiou dont le parti n’a jamais été le souci premier, pour les autres ce parti est essentiel et même les petits enfants de Boukharine, la section économique du PCF ne sont pas totalement anti-étatistes. Ce qui les différencie est beaucoup plus ce qui serait le point nodal de l’analyse marxiste. Pour Mobo Gao c’est la lutte des classes, pour Delaunay c’est la relation entre forces productives et rapport de production, le capitalisme selon eux est non seulement confronté à la rareté de l’apport de la nature et des forces productives matérielles et humaines mais l’organise pour la majeure partie de l’humanité. Le socialisme reste pris dans cette contradiction mais a pour tâche de créer les conditions du communisme qui n’est plus comme dans le socialisme à chacun selon son travail mais à chacun selon ses besoins. Organiser différemment que sous le capitalisme la rareté, aller vers l’éducation, la santé, le développement scientifique et technique au profit de tous, promouvoir la paix pour en finir avec les classes sociales et l’Etat tel est le but du socialisme.

Il s’avère qu’avant d’aborder Delaunay qui lui on le sait donne une analyse convaincante du socialisme chinois et Mobo Gao, j’ai lu le livre de Xi Jinping “Construisons ensemble une communauté de destin” et je n’y ai trouvé nulle part une condamnation de Mao Tse toung, mais on l’a vu les dirigeants chinois n’ont jamais accompli l’erreur soviétique de la déstalinisation à la Khrouchtchev, et sa prise de pouvoir par les technocrates, ni celle de Gorbatchev, l’élimination négationniste du PCF, ils ont assuré la continuité. Y compris avec Confucius, contemporain de Socrate. Et en ce qui concerne la Révolution culturelle, je conseille de lire le discours de Xi, prononcé devant les dirigeants américains (22 septembre 2015) y compris Henry Kissinger, dans lequel il décrit ce que lui a apporté la révolution culturelle. Lui un “prince rouge”, fils de l’un des héros de la longue marche, mis en cause par les gardes-rouges. Il décrit devant ces américains avec une sincérité puissante son envoi dans une localité très pauvre Liangjiahe dans la province du Shaanxi, les 7 années passées à partager la vie des paysans, leur envie de viande. Il raconte comment devenu secrétaire du parti il a voulu résoudre cette faim, cette misère, comment il appartient à un pays du tiers monde dont il doit assurer un meilleur sort en particulier pour les paysans (4). Apporter le bien-être et la souveraineté au peuple chinois tel est le mandat céleste confié à la dynastie communiste… Oui mais désormais de plus en plus ce qui est en cause, c’est la mobilisation du peuple pour répondre aux divers défis autant qu’à l’agressivité occidentale et donc le rôle du parti dans les masses.

C’est ce qui rend passionnant la confrontation des points de vue parce que ce qui demeure le fondamental de l’aventure du socialisme telle que les communistes l’ont impulsée c’est le sentiment d’avoir participé à l’épopée humaine, une transcendance, un dépassement de soi, une chance pour tous ceux qui l’ont vécue quelque soit leur place, le partage de l’Histoire. Si en Russie, tant de cinéastes qui cherchent à se faire bien voir de l’occident ne cessent de puiser dans l’Histoire de l’URSS et même du stalinisme, c’est sans doute que depuis il n’y a rien eu d’aussi passionnant. La Chine ce pays qu’il est difficile de ne pas voir tant il est grand, mystérieux, complexe se retrouve aujourd’hui au coeur de tous les défis planétaires. Tenter de multiples lectures est le moins que l’on puisse faire, adopter la capacité de dépasser les contraires également, on sent vaguement que quelque chose peut repartir et le coeur bat, ce coeur gros comme ça qui est celui de Mobo Gao et de Vltchek qui en mourut.

Il y a une série de livres de sciences fiction dont je suis fanatique, c’est le cycle fondation d’Asimov. Il raconte comment dans des millénaires, l’être humain ayant conquis la galaxie et installé un empire, un individu de génie, l’inventeur de la psychohistoire, prévoit l’effondrement de l’empire et en préserve le legs en instaurant deux fondations, l’une qui recueille tout le savoir scientifique et technique, les forces productives et l’autre dont on ignore où elle se trouve qui dirige en fait le processus pour surmonter les temps de la barbarie, un millénaire.

Il m’arrive avec ma propension au rêve en suivant une piste cinématographique ou littéraire, une vision, d’imaginer la direction du Parti Communiste Chinois, ses tendances parce qu’elles existent incontestablement et coexistent, comme étant en proie à l’équivalent de cette psychohistoire. Est-ce que Deng Xio Ping était une sorte de Khrouchtchev contre-révolutionnaire ou au contraire celui capable d’intégrer la contre-révolution qui avait lieu à l’échelle mondiale dans le socialisme en mettant en place des fondations? Ou plus simplement les luttes de tendances ont-elles produit ce que nous voyons se développer sous nos yeux. En quoi ce retour en force du parti communiste est-il le fruit de l’effondrement destructeur de l’empire américain, occidental, comment s’en abstraire, agir comme face à une épidémie en faisant agir plus fortement la part du collectif? Ce qui est sûr c’est que si les Etats-Unis avaient de l’argent mais pas de temps, les Chinois se considèrent un peu comme les maitres du temps et se projettent sur des générations, dans le temps comme dans l’espace et semblent développer le projet communiste à une échelle qui va au-delà de la simple planification.

Bon arrêtons de rêver et Soyons réalistes si faire se peut…

Le monde est suspendu à deux annonces majeures: 1) celle d’un vaccin en nombre suffisant et à un prix réduit pour que toute l’humanité puisse en profiter (nécessité absolue dans une pandémie). La Chine paraît le seul pays en état de répondre à cette exigence. 2) La Chine réussit l’internationalisation de sa monnaie, ce qui permettra à un grand nombre de pays de se libérer des échanges inégaux, des sanctions, de l’impossibilité d’avoir une monnaie souveraine et donc d’avoir une plaie ouverte dans son économie… Ces deux attentes dépendent de la Chine, comme d’ailleurs l’efficacité d’une politique environnementale. On voit la crédibilité de partis politiques français feignant d’ignorer cette situation et établir un programme sans en parler, ou s’ils en parlent c’est pour donner des leçons de bonne conduite, voir d’économie à la Chine. C’est d’un ridicule achevé… J’allais oublier la guerre économique menace à tout instant de devenir guerre nucléaire… Avec une Europe devenue champ de ruines…

Si j’avais des conseils de lecture à donner ce serait de justement faire le contraire de ce à quoi des imbéciles incultes veulent nous contraindre, adopter une explication unilatérale à partir de nos idées préconçues, de lire à la fois Xi Jinping, Delaunay et Mobo Gao, Rémy Herrera, les critiques non communistes connaissant bien la Chine, Rouge vif, dont je vous ferai un compte-rendu sans oublier les grands classiques… de sortir enfin de cette manière angoissante de nos sociétés de croire savoir alors qu’on est ignorant. Surtout pas faire comme l’imbécile qui dirige la formation des militants au PCF et chez qui la peur de la contradiction réelle devient ce choix de la censure pour retrouver la sécurité de la logique formelle, limiter à l’isolement des parties la compréhension du tout, un travers de petit bureaucrate sans vision. Ce qui est pourtant à l’oeuvre dans tous les livres, articles que je nous vous recommandons de lire dans ce blog, pour échapper à l’asphyxie ambiante. Précipitez-vous donc sur les livres qui paraissent chez Delga.

Danielle Bleitrach

(1) on se souvient de la réaction de ce “responsable” devant le choix du libraire de Dunkerque en aout 2020, lors de l’université d’été du PCF, le forçant à remballer ses livres parce que ce n’était pas “éthique” tant de livres marxistes.
(2) Jean-Claude Delaunay (2020), Rompre avec le Capitalisme, Construire le Socialisme, Editions Delga, Paris.
(3) Mobo Gao Bataille pour le passé de la Chine, Mao Tsé Toung et la Révolution culturelle, Delga 2020, 24 euros
(4) Xi Jinping Construisons une communauté de destin pour l’humanité Pp 266 à 271

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Pleinement d’accord avec toi. Sans la révolution culturelle, comment la Chine serait devenue ce qu’elle est? Sun Tzu disait à juste raison:” celui qui n’a pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre”. La construction du socialisme à la chinoise n’en manque pas, ce qui fait un très grande différence avec ceux qui ont renoncé à en avoir.