Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

L’Europe « Extrême » en COVID-19 fois





Ce texte en provenance de Cuba, de la revue de recherche du Minirex (ministère des affaires extérieures) s’inscrit dans l’idée que pour voir l’avenir il faut lire le monde, il montre à quel point les pays de l’UE sont dans une phase réactionnaire en évolution dans ce monde en transition. D’un côté, il y a la faillite de la construction européenne, de ses politiques d’austérité, antérieure à l’épidémie mais révélée par elle. Ce qui peut alimenter les thèmes de l’extrême-droite contre cette Europe, renforcer la xénophobie. D’un autre côté, l’extrême-droite a démontré sa faillite dans son incapacité à proposer des alternatives de coopération et en est restée au complot, aux coupables imaginaires, les immigrés. Tous les partis européens, pris dans la matrice de l’austérité et de la xénophobie, dans laquelle l’extrême-droite a joué un rôle central, sont confrontés à la même crise. Parce que de l’extrême-droite à la social-démocratie, ils appartiennent tous à la même matrice néo-libérale, incapable d’innover, de sécuriser. Est-ce que la peur et la colère vont déboucher avec la fin du néo-libéralisme sur un conservatisme fascisant traditionnel ? (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Auteurs M. Angel Rodríguez Soler

http://rpi.isri.cu/es/node/93?fbclid=IwAR0Z_JtnFAkf6cOl6ql8Vm6Ka14GG4EJTh8axHFjZR

Master en Histoire Contemporaine et Relations Internationales. Baccalauréat en histoire. Chercheur et professeur au Center for International Policy Research (CIPI), courriel : angelrsoler@gmail.com. ORCID iD: 0000-0002-8704-4625

Reçu: 29 avril

2020 Approuvé: 25 mai 2020

Résumé

L’histoire se lit sur la carte du monde, sans connaître celle-ci, il n’y a aucun moyen de faire face à l’avenir. L’humanité a un défi qui est de se renouveler, d’être un témoin de la vie. L’histoire a été la proie des combats, toutes les grandes transformations que la planète a subies ont résulté de guerres, et l’ennemi le plus durable de l’homme a été, avec les guerres, la maladie. On ne peut donc comprendre la confrontation avec COVIDE-19 que comme une solidarité et une coopération renouvelées entre les peuples, c’est-à-dire le contraire de la guerre et des divisions. Cette crise est un moment historique important qui peut ouvrir la voie à une redéfinition de l’ordre mondial en établissant des critères de justice, d’égalité et de transformation sociale et écologique pour le monde; ce qui risque de disparaître, ce sont les espèces humaines et non les systèmes politiques. Cependant, couplée à des discussions sur d’éventuels coupables et à la politisation de la pandémie, on assiste à une percée de l’extrême-droite dans plusieurs pays européens, indépendamment de la recherche de solutions à la crise du corona.

Introduction

Au cours des vingt dernières années, la scène internationale a été caractérisée par ce que certains spécialistes considèrent comme « un monde en transition »,

1 Celui où les puissances mondiales continuent à être configurées comme l’expression des transformations et des contradictions du capitalisme mondial, et dans le même temps des changements dans la corrélation internationale des forces entre les différents acteurs du système, étatiques et non étatiques. Dans ce contexte, nous avons été témoins des progrès des partis politiques représentant l’extrême-droite.

Deux événements marquants ont configuré le scénario : les attaques terroristes contre les tours jumelles le 11 septembre 2001 et la crise systémique du capitalisme, entre 2008 et 2012, environ. Le premier a déterminé la croisade occidentale contre le terrorisme et a identifié le Moyen-Orient comme le point de conflit, et le second par un système de crise qui a généré à partir des printemps arabes et, en général, le climat d’instabilité que la région du Moyen-Orient a connu, et donc l’arrivée de milliers de migrants dans l’Union européenne. Cette situation, d’un point de vue interne, a exacerbé le climat de mécontentement social, qui déjà caractérisait le bloc communautaire, fortement touché par la récente crise économique et financière.

En outre, le Brexit (sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne) a eu lieu récemment, ce qui a suscité un sentiment nationaliste, ainsi que des événements extra-régionaux qui ont sans aucun doute eu un fort impact international. Un exemple de ceux-ci, l’élection de 2016 aux États-Unis, un fait que certains spécialistes ont identifié avec mépris comme le phénomène Trump, qui ravive l’idée de « suprématie » et donc la notion de « ségrégation » ou de « différenciation » des différents groupes sociaux, une fois de plus eu un air de légitimité dans le discours politique et la montée d’un nouveau parti d’extrême-droite aux parlements et aux gouvernements des pays européens.

Face à l’avancée du coronavirus, l’incapacité de l’Union européenne à coordonner des mesures dont la responsabilité incombe avant tout aux États membres (politique de santé ou contrôle des frontières) a été évidente. De ce fait les tendances actuelles telles que « mon pays d’abord » ont également été reproduites, traduites par la limitation des exportations de matériel de santé entre États membres ou la fermeture des frontières nationales, en plus d’un manque de coordination au niveau européen des mesures prises par les États (Morillas, 2020).

En pleine crise des coronavirus, le 70e anniversaire de l’Union européenne a été célébré. A été constatée la fragilité de ce que le ministre des Affaires étrangères de l’époque, le Français, Robert Schumann, avait dit dans la déclaration proposant la création d’une Communauté européenne du charbon et de l’acier, marquant ainsi le début de l’Union européenne : « L’Europe ne se fera pas une fois pour toutes : elle se fera grâce à des réalisations concrètes, qui créent d’abord une solidarité de fait » (Union européenne, 2020).

En ce sens, nous notons que le développement d’une famille de partis politiques d’extrême-droite s’en est suivi, caractérisé par la combinaison de trois éléments idéologiques: l’autoritarisme, le nativisme et le populisme.

Fig. 1

Parmi les approches de la nouvelle droite figurent des concepts tels que celui de l’Europe des nations, le droit à la différence, l’importance de l’État en tant que dirigeant de l’économie, le christianisme des peuples européens et l’impossibilité de coexistence des sociétés multiculturelles sur la scène de l’Union européenne; ces idées apparaissent d’une manière ou d’une autre incarnées dans l’idée politique d’extrême droite.

Ces partis, qui ont été désigné comme une « nouvelle extrême droite » ou « une droite populiste radicale », peuvent être considérés comme une famille de partis qui, malgré les points de contact et les similitudes, diffèrent de l’extrême droite traditionnelle ou néo-nazie.

D’un point de vue politique, les partis d’extrême droite devraient être considérés comme des partis qui entrent dans l’arène politique pour y capturer le plus d’électorat possible. Ce qui est lié aux facteurs propres de la demande, ceux liés au développement socio-économique, tels que l’impact de l’immigration, et les facteurs d’offre, ceux qui se rapportent à ce que l’électeur reçoit finalement, pour un parti d’extrême droite pour réussir, il ne suffit pas qu’il ait une situation favorable, mais cela dépend aussi de la structure du pays, de son histoire, des autres partis politiques.

L’expérience européenne a donc montré que l’émergence de nouveaux partis d’extrême droite a un fort impact social et politique. D’abord parce que ces partis sont capables d’attirer une base électorale large et hétérogène. Alors qu’ils étaient des acteurs marginalisés, par le vote, beaucoup de ces partis sont désormais au centre de la scène politique. Outre le soutien électoral qu’ils ont reçu, ces partis ont eu un impact et une influence majeurs sur le débat et l’agenda politique de leurs pays respectifs et de l’ensemble de l’Europe, malgré leur image de « radicalité ».

Ainsi, la montée de l’extrême droite peut être considérée comme le résultat d’une demande nationaliste de certains secteurs de la société que les partis traditionnels semblent ne pas satisfaire, et pas seulement comme un signe de mécontentement, ce qui est ce que la thèse du « vote de protestation » revendique.

Il ne fait aucun doute que la crise actuelle libérée par la pandémie COVIDE-19 et en tenant compte des vulnérabilités présentées par l’Union européenne dans la gestion de la situation ont été un motif de montée de ces forces politiques.

Développement

La crise des coronavirus a permis à l’extrême droite européenne de relancer son discours contre l’espace de libre circulation Schengen2 l’utilisation de la propagation de la pandémie pour blâmer les migrants et approfondir la stigmatisation contre l’international. L’urgence sanitaire a également déclenché ce que certains spécialistes considèrent comme une « hystérie sociale », créant une occasion pour ces forces politiques d’éroder le discours traditionnel du gouvernement, de promouvoir la méfiance à l’égard des institutions et de relancer leur programme politique sur la frontière.

La quarantaine, une population anxieuse, avec des peurs et une économie en récession : le scénario présente a priori, pour tout politicien d’extrême droite, un terreau propice aux citoyens attirés par les messages les plus autoritaires, xénophobes, racistes et sexistes, en faveur de la défense des États nationaux contre les mécanismes d’intégration régionale, en l’occurrence l’Union européenne.

Face à une telle situation, la réponse immédiate de l’extrême droite en Italie, en France ou en Allemagne a été d’appeler à des contrôles plus stricts aux frontières. Matteo Salvini, chef de la Ligue du Nord, a appelé dans un message à la démission du gouvernement central du Premier ministre Giuseppe Conte et à la fermeture des frontières. En outre, il a noté que l’émergence du virus est la faute de la « migration en provenance d’Afrique »; cependant, seuls trois cas avaient été détectés à l’époque : l’Égypte, l’Algérie et le Nigéria (Rodríguez Soler, 2020).

Au fil du temps, l’europhobie pourrait être un point de départ en leur faveur, en partie seulement parce qu’un pourcentage important d’Italiens cesse de compter sur l’Union européenne et se rabat sur l’espace national avec une confiance dans leur dirigeant. Il s’agit d’un scénario politique où la Ligue du Nord a perdu 7 points depuis novembre 2019, et Salvini a abaissé sa cote d’approbation à 33%, de son plus proche adversaire Nicola Zingaretti, chef social-démocrate et gouverneur de la région du Latium, compte tenu de sa façon de gérer la crise sanitaire, pour atteindre une intention de 32% des voix, et le Premier ministre Giuseppe Conte, l’homme politique le plus populaire d’Italie, avec 57%.

Pour sa part, son homme fort dans le nord et président de la Lombardie, Attilio Fontana, est entré dans « l’auto-risque », bien qu’il n’ait pas été infecté. Dans ce contexte, l’homme politique italien, à la manière d’un nationaliste, a appelé ses partisans à acheter des produits de marque nationale. Il est également important de noter que l’aide de la brigade Henry Reeve3 Les médecins cubains, ainsi que l’envoi d’aide médicale par la Russie, ont été attribué à Fontana.

Toutefois, la presse italienne, spécifique à La Stampa, a fait valoir que 80% de l’équipement donné par la Russie était défectueux, politisant l’aide. Mais la véritable absente et sans réponse claire à une telle situation était l’Union européenne, des pays comme l’Allemagne et la France ont refusé d’envoyer des masques, du matériel médical et des tests à l’Italie, venus de Chine.

Des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, entre autres, se demandent pourquoi les pays méditerranéens se sont montrés si peu préparés contre la pandémie de COVIDE-19. Ce sont précisément les politiques d’austérité imposées par la Banque centrale européenne, acceptées à l’époque par les gouvernements conservateurs du Sud, consistant en des privatisations et des coupes dans les budgets sociaux, qui ont laissé les systèmes de santé pratiquement en crise, par exemple, en Italie plus de 46 000 emplois dans le secteur de la santé ont été supprimés de 2009 à 2017, de sorte que maintenant le pays européen, à côté du Royaume-Uni, le plus puni par la pandémie, dispose actuellement de 5,8 places pour 1 000 habitants contre 12,9 en Allemagne (Rábago, 2020).

À cet égard, il est important de noter que cette crise a manifesté et renforcé le phénomène de fragmentation au sein de l’Union européenne à divers égards. L’un d’eux est précisément la position sur la Chine. Dans le contexte européen, les réseaux sociaux ont été des espaces de soutien social, de dénonciation et de lutte par l’exacerbation des subjectivités. L’Espagne et l’Italie, les pays les plus touchés par le virus, ont été le théâtre de cet activisme des réseaux, dénonçant l’enfermement, faisant écho à l’incendie de drapeaux de l’Union européenne pour protester contre l’incapacité des gouvernements nationaux et des institutions communautaires à faire face à la situation, tout en acceptant et en remerciant l’aide du géant asiatique, ainsi que la Russie et Cuba, quel que soit leur signe politique (Fabelo, 2020).

En France, Marine Le Pen, leader du groupe national, a profité de la panique du coronavirus pour mettre en cause ses deux principaux ennemis : les immigrés et l’Union européenne, elle a exigé des mesures de protection des frontières plus sévères pour protéger les citoyens, avec une stratégie de rupture de l’unité nationale, avec des critiques constantes sur la façon dont le gouvernement a géré l’urgence sanitaire.

Fig. 2

La pandémie a conduit à une augmentation de l’euroscepticisme dans plusieurs pays, de son côté, le Rassemblement national promeut son programme anti-Union européenne et son discours sur la suspension du traité de Schengen, le rétablissement des frontières nationales, le transfert des compétences de l’Union européenne aux États membres et la tenue d’un référendum pour décider du maintien de la France dans l’Union.

Dans l’un de ses messages, Marine Le Pen a noté que « dans certains endroits, ils n’ont pas respecté l’enfermement », faisant référence à la périphérie des grandes villes, où vivent pour la plupart des migrants, et dans un autre, elle a noté la position du gouvernement selon laquelle « les masques devraient être distribués dans les centres de réfugiés et non dans les hôpitaux » (Rodriguez, 2020).

Bien que leur propagande n’ait pas été efficace pour affaiblir le président Emmanuel Macron, malgré la crise sanitaire, les citoyens appuient la gestion du gouvernement avec des valeurs de 39%, qui sont dues, en partie, aux mesures prises qui ont été la fermeture des frontières, l’utilisation du masque obligatoire et la quarantaine obligatoire de toutes les personnes infectées dans des endroits éloignés de leurs résidences. La disposition qui a eu le plus de rejet a été l’utilisation des données mobiles pour contrôler les mouvements des citoyens; à cet égard, l’exécutif a décidé de proposer à l’Assemblée une application qui ne fera pas l’objet de son propre débat sur l’utilisation de Stop Covid, qui ne géolocalisera pas les utilisateurs mais par Bluetooth en informera ceux qui ont été proches d’un transporteur; tandis que la popularité de Le Pen a chuté de trois points, à 23% (Bloch, 2020).

En Autriche, le gouvernement de Sebastian Kurz a renforcé les contrôles aux frontières avec l’Italie. Avec l’arrivée du virus dans le pays, le Parti autrichien de la liberté (FP) a exigé la mise en quarantaine de tous les sans-papiers et demandeurs d’asile.

De son côté, en Grèce, le gouvernement Nouvelle Démocratie, dirigé par Kyriakos Mitsotakis, qui dispose actuellement de 158 sièges au Conseil Helens, mène une campagne nationaliste et a utilisé les cas de coronavirus détectés pour militariser davantage les frontières et relancer son projet de construction de camps de détention pour les migrants, capturant ainsi les partisans du parti Aube dorée.

En Hongrie, le Premier ministre Viktor Orbán,4 voit dans l’état d’urgence une occasion de renforcer son pouvoir, plutôt qu’une mesure temporaire et proportionnée. Le 30 mars, le Parlement hongrois a adopté une loi permettant à Orbán de légiférer par décret pour une durée indéterminée, de suspendre le Parlement pour la durée de l’état d’urgence sans délai, de reporter les élections pendant cette période et de durcir les peines prononcées contre ceux qui rapportent (lire contredisent) la version officielle sur la gestion des crises. C’est-à-dire gouverner par décret pour renforcer son pouvoir et éroder la démocratie, tout en prenant le crédit de la crise; ce qu’Orbán a déjà fait en 2015 avec la crise des réfugiés et qui l’a amené à déclarer l’état d’urgence toujours en vigueur et qui s’étend maintenant indéfiniment (Morillas, 2020). La « loi sur les coronavirus » hongroise viole les principes démocratiques, non seulement il y a une montée du post-phasisme ou du néofascisme, mais aussi une montée de l’autoritarisme, un nouvel objectif de dissension au sein de l’Union européenne s’ouvre au milieu de la quarantaine.

Bien que l’Union européenne ait ouvert plusieurs dossiers sur l’exécutif d’Orbán pour avoir critiqué les institutions communautaires et sa position sur les réfugiés, les premiers secours de l’Union européenne pour le coronavirus ont été attribués à la Pologne avec 7,435 millions d’euros, la Hongrie avec 5,6 milliards d’euros, soit plus que l’Espagne pour un montant de 4,1 milliards d’euros, et l’Italie avec 2,3 milliards, les pays les plus touchés, à la suite de l’adoption de l’Initiative d’investissement en réponse au coronavirus, qui a été réalisée selon des critères de répartition par population, de capacité économique et non de l’impact de la crise sanitaire.

En Pologne, les élections présidentielles, prévues pour cette année, devraient se tenir par le biais du vote traditionnel ou par courrier postal, proposé par le Parti droit et justice (PiS), au motif de protéger les citoyens contre la menace du COVIDE-19. Un certain nombre de secteurs politiques s’interrogent sur la légitimité et la parité de la proposition, une élection qui devait avoir eu droit le 10 mai a été reportée, mais cette suspension n’est pas due à la situation causée par COVID-19, mais à l’absence de conditions sur le système de vote et à l’égalité dans la campagne entre les différents candidats.

Le coronavirus est également entré dans la campagne électorale, où l’opposition a exigé du Gouvernement du Parti droit et justice de révéler la vérité sur les cas de coronavirus qui existent dans le pays. Les critiques se sont concentrées sur l’absence d’un débat démocratique et sur une campagne électorale, les candidats de l’opposition n’ont pas été en mesure de rassembler leur électorat alors que le président Andrzej Duda a été présent dans la rue pendant la crise. Tout en profitant du contexte pour renforcer la loi sur l’avortement, comparer l’homosexualité à la pédophilie et empêcher les écoles de transmettre des questions liées à l’éducation sexuelle et de critiquer l’Union européenne pour sa mauvaise gestion de la pandémie.

Un cas qui mérite une attention particulière est celui de l’Allemagne. Depuis la « crise des réfugiés » de 2015, Alternative pour l’Allemagne (AfD), un parti qui a réussi aux élections fédérales de septembre 2017 à entrer au Bundestag, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, avec ce parti un parti d’extrême droite est de nouveau entré dans le jeu politique. Devenue la principale force d’opposition à Angela Merkel, son impact sur la politique allemande est inquiétant, ils sont devenus la deuxième force politique dans les États de Saxe, de Brandebourg et de Thuringe. D’abord et avant tout, cette avancée est le résultat d’échecs dans la représentativité des partis traditionnels.

Avec l’avènement du coronavirus a disparu le débat public. Par rapport aux données d’il y a un an, l’impact des messages d’Alternative pour l’Allemagne sur les réseaux sociaux, le canal de communication d’extrême droite, aurait diminué de moitié entre la mi-mars et le début avril.

Elle se reflète également dans les sondages, selon un sondage réalisé par le journal conservateur Bild,qui a donné le 8 mars, avant le début des mesures d’isolement, 14% de soutien à l’Alternative pour l’Allemagne et 24% à l’Union chrétienne-démocrate de Merkel. Un mois plus tard, une autre enquête pour le même journal place l’Alternative pour l’Allemagne avec 10,5% de soutien et l’Union chrétienne-démocrate avec 37,5% (Pérez de la Cruz, 2020).

Ce résultat tient au fait que Alternative pour l’Allemagne a perdu de l’espace dans le domaine numérique, qui reproduit ses messages dans des questions que les politiciens ne pouvaient pas éviter. Dans cet espace, les messages étaient davantage axés sur la diffusion de théories du complot que sur la proposition de l’Alternative pour l’Allemagne, qui n’a pas réussi à élaborer un programme commun, par exemple, ils ont d’abord critiqué Merkel pour ne pas avoir réagi à temps, puis parce que les mesures d’isolement social étaient trop strictes et ils ont renouvelé la proposition d’organiser un référendum sur la présence de l’Allemagne dans l’Union européenne.

Dierk Borstel, analyste de l’extrême droite et politologue à l’Université des sciences appliquées de Dortmund, a noté dans une interview au portail public (Pérez de la Cruz, 2020), qu’en temps de crise, les citoyens comptent davantage sur le gouvernement, ils réclament un leadership alors que les partis d’opposition n’ont plus la place pour faire leurs propositions ce qui peut aller même jusqu’à la censure.

En ce moment, Alternative pour l’Allemagne est en crise interne. Une partie du parti se sent en insécurité en raison de la décision du bureau de protéger la Constitution de remettre en cause les positions prises par le groupe plus radical connu sous le nom de L’Alternative pour l’Allemagne Der Flogel (l’aile), dirigé par Bjorn Hucke, chef du groupe parlementaire du parti en Thuringe, l’un des États où l’extrême-droite a le plus de soutien.

En plus de sa division possible, Alternative pour l’Allemagne n’a pas de programme efficace en réponse à cette crise. Jusqu’à présent, aucun de ses « ennemis » construits sur ses comptes, comme le gouvernement, les réfugiés ou l’Union européenne, ne peut être tenu pour responsable du virus. Cette façon de construire des ennemis avait été à la base d’une politique alternative pour l’Allemagne.

Enfin, le rôle de l’Allemagne se situe dans une Union européenne de plus en plus tendue et fragmentée, où les principales réalisations sont en crise : la zone euro, l’espace Schengen et le Brexit, qui ont mis fin à l’expansion continue du projet de construction européenne. Le coronavirus a conduit à rétablir les frontières intérieures, à limiter la mobilité des personnes, à mettre en péril le marché unique et à démontrer une capacité insuffisante pour mobiliser des ressources communes pour faire face aux crises sanitaires et économiques (Barbé et Morillas, 2019).

C’est précisément la crise de l’euro et le débat sur les plans de sauvetage de la Grèce qui ont créé Alternative pour l’Allemagne en 2013. La force alors nouvellement fondée n’a pu accéder au Bundestag, il lui a manqué seulement quelques dixièmes en n’obtenant pas 5% pour la représentation. L’insensibilité et l’indignation des plus touchés par la crise ont pu entraîner une perte progressive de confiance face à la Grande Coalition et ce en faveur d’un parti tel que l’’Alternative à l’Allemagne, qui continuait de se présenter comme une alternative au système.

Parce que le problème est que de nombreux pays membres restent liés aux chaînes de la dette, par les politiques antisociales de l’Union européenne néolibérale et les politiques d’austérité sont le véritable moteur politique du boom de l’extrême droite, dans lesquelles Macron et Le Pen sont les deux faces de la même monnaie, nous ne pouvons tout simplement pas comprendre la montée de l’extrême-droite et la croissance de la xénophobie sans les politiques néolibérales qui génèrent des inégalités sociales.

En outre, ce qu’on appelle l’austérité ne provoque pas seulement des coupes dans le budget public, ce que certains citoyens pensent, c’est qu’un projet a été construit comme une machine à détruire les droits sociaux pour les classes populaires, en particulier que l’Union européenne construit un sentiment de rareté, qu’il n’y a pas pour tout le monde, face à ce sentiment est construit un imaginaire que J. Habermas a appelé le « chauvinisme du bien-être » (Dudda, 2018), et conduit à réclamer l’exclusion des secteurs sociaux de la distribution, les immigrants.

Dans une large mesure, la crise du projet néolibéral de l’Union européenne s’accompagne de la crise de la social-démocratie. En fait, lorsque l’extrême droite gouverne en coalition de socialistes et de populistes ils partagent les mesures de la xénophobie devenue la matrice économique, qui est profondément liée à l’austérité. Il y a aussi une xénophobie de la matrice politique qui a à voir avec la construction des politiques de l’Europe forte, liée à Schengen, avec la stigmatisation des populations migrantes, étroitement liée aux murs visibles, mais aussi aux murs invisibles sur lesquels les lois d’immigration liées à la sécurité, la migration et le terrorisme ont été construites et qui ont transformé la Méditerranée en fosse commune, ce qui a amené à la poursuite des organisations non gouvernementales pour la recherche et le sauvetage des migrants, ont été criminalisés des maires tels celui de Riace, dans la région de Calabre au sud de l’Italie, Domenico Lucano,5 qui était en prison pour le crime de soutenir l’immigration illégale.

Les experts sur les questions des avancées de l’extrême-droite en Europe (Applebaum, 2020) considèrent que la crise du coronavirus représente la fin de la révolution Thatcher-Reagan, prévoyant ainsi une augmentation de la protestation sociale contre les politiques néolibérales, la perte de confiance des marchés, l’incertitude dans le progrès social proposé à partir de la troisième voie, et un retour à l’ancienne extrême droite : nostalgique, nationaliste, autoritaire, le cas le plus évident est le parti VOX en Espagne.

Conclusions

La crise de légitimité et de gouvernance présentée par l’Union européenne face à la montée de l’extrême droite est évidente. Les partis de droite s’opposent aux politiques de l’Union européenne. Cependant, ce groupe n’a pas non plus été en mesure de proposer une alternative à celle d’une Union européenne néolibérale.

La crise de légitimité se manifeste dans la manière de faire face à la crise sanitaire efficacement et en coopération, tandis que des puissances comme la Chine ont fait preuve d’une capacité renouvelée de coopération avec les pays européens.

Comme on peut le voir, les nuances dans le contexte de l’urgence sanitaire sont variées et diverses en mettant en évidence la fragmentation politique non seulement au sein des pays, mais aussi au sein des partis politiques nationaux, y compris internes. Face aux différentes crises auxquelles la construction du projet intégrationniste de l’Union européenne a été confrontée ces derniers temps, la fin historique du projet initial et la lenteur de la destruction et le vide de contenu de toutes les formes et expressions des institutions de l’Union européenne, qui sont en échec face à la crise sanitaire provoquée par COVIDE-19, ont été démontrées.

Il est certain que l’extrême droite et le sensationnalisme médiatique de l’Europe sont alimentés pour se faufiler dans les idées dominantes sur le coronavirus qui dessinent un état de menace constante, exploitant la peur des différents, et l’obsession des coupables externes. Cependant, la crise à laquelle nous assistons frappe tout le monde de la même manière, personne ne peut savoir exactement quelles conséquences sociales, culturelles et économiques elle entraîneront, mais la désintégration de la société et les inégalités risquent d’augmenter. Il ne faut pas oublier que dans le passé, ces crises ont généralement stimulé des forces autoritaires, souvent d’extrême droite.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Barbé, B. et Morillas, P. (2019). La stratégie mondiale de l’UE : la dynamique d’une politique étrangère plus politisée et politiquement intégrée. Cambridge Review of International Affairs, 32(6), 753-770, DOI: 10.1080/09557571.2019.1588227

Bloch, M. (2020). La moyenne populaire de Macron est au plus haut depuis juin 2018. Disponible en: https://www.lejdd.fr/Politique/sondages-la-popularite-moyenne-de-macron-est-au-plus-haut-depuis-juin-2018-3958785

Dudda, R. (2018). Chauvinisme social. Le débat entre nationalisme et mondialisme est une fausse dichotomie. Disponible en: https://elpais.com/elpais/2018/09/21/opinion/1537554515_930077.html

Fabelo Concepción, S. (2020). Wuhan effet et géopolitique de l’infodémique dans le contexte de COVID-19. Disponible en: https://politica-china.org/areas/sociedad/efecto-wuhan-y-geopolitica-de-la-infodemia-en-el-contexto-de-la-COVID-19

González de Molina Soler, P. (2020). La crise de l’UE en coVID-19 fois. Disponible en https://www.eldiario.es/canariasahora/canariasopina/crisis-UE-tiempos-COVID-19_6_1017758247.html

Hilton, R. (1982). La transition du féodalisme au capitalisme. Barcelone: Critiques éditoriales.

Morillas, P. (2020). Leçons tirées d’une crise mondiale : coronavirus, ordre international et avenir de l’UE. CIDOB, Notes internationales, 231. Disponible en: https://www.cidob.org/ca/publicacions/series_de_publicacio/notes_internacionals/n1_231/lecciones_de_una_crisis_global_coronavirus_orden_internacional_y_el_futuro_de_la_ue

Pérez de la Cruz, J. (2020). Allemagne L’extrême droite allemande, mise en quarantaine. Disponible en: https://www.publico.es/internacional/alemania-extrema-derecha-alemana-cuarentena.html

Rábago, J. (2020). Le manque de solidarité ne présage pas bien pour l’UE. Disponible en: https://www.laopiniondemalaga.es/opinion/2020/05/11/falta-solidaridad-augura-bueno-ue/1164886.html

Union européenne (2020). Déclaration de Robert Schuman, 9 mai 1950. Disponible en https://europa.eu/european-union/about-eu/symbols/europe-day/schuman-declaration_es

1 La controverse sur la transition vers le capitalisme compilée par Rodney Hilton et impliquant quelques personnalités importantes, telles que Maurice Dobb, Paul Sweezy et Eric Hobsbawm (Hilton, 1982).

2 L’accord signé à Schengen (Luxembourg) en 1985 entre la France, la République fédérale allemande, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, dans cette convention abolit les contrôles aux frontières entre les pays signataires, autorise la libre circulation terrestre, aérienne et maritime, complété par la Convention sur la mise en œuvre de l’accord de Schengen en 1990, qui entre en vigueur en 1995. Peu à peu, les autres membres de l’Union ont rejoint, avec le traité d’Amsterdam, signé en 1997 et mis en œuvre en 1999, l’accord de Schengen est devenu une partie du cadre juridique et institutionnel de l’Union européenne.

3 En 2005, Cuba a offert aux médecins et aux infirmières des États-Unis d’aider au milieu de l’ouragan Katrina qui a frappé la Nouvelle-Orléans, l’administration américaine a rejeté la proposition. Le contingent international de médecins spécialisés dans les situations de catastrophe et les épidémies graves a été créé, nommé d’après Henry Reeve, dans sa courte histoire a été présent dans les effets de 16 inondations, huit ouragans, huit tremblements de terre et quatre épidémies. L’expérience accumulée par le contingent Henry Reeve a été reconnue en 2017 par l’Organisation mondiale de la santé avec le Prix de la santé publique en mémoire du Dr Lee Jong-wook.

4 Fidesz (Union civique hongroise): un parti politique d’idéologie populiste conservatrice, nationaliste et de droite, de plus en plus d’extrême droite, a remporté trois élections depuis 2010, au milieu de la crise sanitaire des coronavirus. Selon le politologue Edit Zgut, les citoyens tolèrent les décisions autoritaires par peur, les droits démocratiques ne devraient pas être restreints par temps de crise.

5 Domenico Lucano a proposé un modèle d’intégration des immigrants et de reprise économique pour les territoires. Riace, une ville avec peu d’habitants destinés à disparaître dans le temps, il a continué à avoir environ 2.500 dont un tiers sont des immigrants de 26 ressortissants différents, du programme d’accueil, maisons abandonnées ont été restaurés avec des fonds européens pour donner un logement décent aux immigrants, avait une crèche et une école où plusieurs langues ont été enseignées, un modèle d’intégration qui en 2016 a conduit le magazine Forbes inclure Lucano parmi les 40 dirigeants mondiaux les plus influents.

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