Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

éditorial de Laurent Brun sur la manière dont le gouvernement a géré l’épidémie

Je ne pensais pas que c’était possible mais ce Gouvernement foire aussi la généralisation des tests. A paris, entre 6 et 15 jours d’attente pour avoir le résultat, sans compter les files d’attente sur les trottoirs pour accéder au coton tige magique (je sais, c’est un écouvillon). Quelle utilité pour éteindre les foyers infectieux si on reçoit le résultat après la fin théorique de sa quarantaine ? Alors on résume :- la Chine confine des millions d’habitants et le Gouvernement ne fait rien. Pas de mesures de prévention dans les aéroports, pas de commande de masques ou de matériel, pas de réorganisation de l’industrie pour avoir un ou deux producteurs prêts au moment du pic… L’Italie est touchée. Toujours pas de réaction en France.- la crise démarre et il n’y a pas de masques donc on nous explique que ça ne sert à rien. Pas de tests non plus. On incite les gens à fabriquer eux mêmes leurs protections… l’hôpital public doit se débrouiller avec ce qu’il a, et par le miracle de l’engagement des soignants, ça passe sans trop de casse (il y a quand même un manque de lits, une pénurie de certains produits, d’autres maladies négligées car la priorité est au covid, et beaucoup de soignants contaminés, beaucoup trop de décès…)- on confine. Toujours pas de masques, toujours pas de tests. Les français de l’étranger sont rapatriés un peu n’importe comment (demmerdez vous pour rentrer chez vous avec la SNCF une foi arrivés sur le sol national… sans coordonner avec l’entreprise publique donc les trains sont bondés à chaque arrivée d’avion. Bref). L’approvisionnement des personnes précaires ou fragiles est laissée à la débrouillardises des maires ou des associations. L’hôpital public tient sans aide ni moyens. On laisse l’initiative privée s’exprimer et un consortium (Air Liquide, PSA, Schneider Electric et Valeo) promet 10000 respirateurs made in France, mais finalement 8500 sont inutilisables. L’école publique est assurée tant bien que mal par les profs à distance qui sont contraints d’imprimer sur leurs deniers les cours pour les plus précaires de leurs élèves. La situation sanitaire des ephad explose sans que les groupes privés soient contraints à mettre du personnel supplémentaires pour s’occuper de nos aînés privés de la visite de leurs familles…- on déconfine. Ça y est, la Chine nous approvisionne à nouveau en masques. Tous les industriels qui se sont mis à en produire en sont pour leurs frais puisque l’Etat recommande à l’étranger dès que c’est possible. Au passage, le masque devient obligatoire presque partout (comme quoi il aurait pu être utile en début de pandémie). Pour l’instant aucune relocalisation, ni du paracétamol, ni des sacs en papiers de farine. Rien de rien. Par contre, les grands groupes en profitent pour dégraisser et délocaliser au prétexte d’une baisse de la demande dont tout le monde sait qu’elle sera temporaire. On invente des protocoles sanitaires ubuesques pour l’école, les colo ou les lieux de culture, mais on peut s’entasser dans les transports ou au puy du fou. Aucune reconnaissance pour les premiers de corvée. On aurait pu améliorer les conventions collectives des personnels de nettoyage, des salariés des grandes surface, des personnels des transports (y compris ccn ferroviaire), des salariés de l’énergie, des telecom… mais non, ce sera au mieux une aumône, au pire un doigt d’honneur et une médaille en chocolat. Aucune contrainte sur le patronat. Anthony Smith, inspecteur du travail qui exigeait des mesures de protection des employeurs pour leurs salariés, est menacé de licenciement. Le Grenelle de la santé est une farce, cautionnée par la CFDT (juge et partie puisque c’est Nicole Notat qui officie), le Gouvernement se moque des personnels soignants, et ne décide aucun moyen pour les lits de réa, ou autre.- 2ème vague. Cette fois le Gouvernement lance les tests en grand : 1 million par semaine. Mais donc, les mesures n’ont pas été prises pour assurer la production. Plusieurs jours pour avoir un rendez-vous au labo. Puis 2, 6, 15 jours d’attente pour le résultat. Donc presque aucune utilité pour la politique de prévention et la stratégie d’extinction des foyers infectieux. En même temps, c’est pas très grave puisque de toutes façons, il n’y a pas de stratégie. On serre les fesses parce que la situation des lits de réa n’a pas avancé d’un pousse depuis janvier…Il faut qu’on se rappelle bien de tout cela. Surtout ne pas oublier ! Mais ce qui est important, c’est de comprendre qu’il ne s’agit pas incompétence. C’est un ensemble de choix erronés liés à des convictions libérales profondes. Le Gouvernement est tout entier dévoué à la politique de l’offre (baisse des coûts, subventions publiques sans contrepartie). Il n’y a aucune place pour la politique industrielle, l’organisation de la logistique des moyens de protection, la planification ou l’anticipation, la mise en place de circuits économiques de secours par la puissance publique, le renforcement des moyens des services publics… L’état ne s’occupe d’économie que pour favoriser le marché libre qui doit créer tout seul ses équilibres… La politique de la demande, c’est le communisme, sacrebleu ! (Alors évidemment, le marxisme c’est carrément la terreur ! 🙂 ) En temps normal c’est déjà problématique. Les mécanismes de marché, la recherche d’intérêt immédiat des actionnaires, les conduit à privilégier ce qui est polluant, à désertifier les territoires, à désindustrialiser le pays, a précariser l’emploi. Il faut se rappeler qu’ils ont réussi à faire manger de la viande à des herbivores (farines animales pour les vaches) ! Mais en temps de pandémie, c’est clairement criminel. Sauf que ce Gouvernement est bon en marketing. Alors maintenant, il reprend à son compte le terme de planification pour vider le concept et empêcher l’opposition de gagner la bataille des idées. C’est aussi parce que la planification n’est pas un concept assez clivant. Les capitalistes peuvent planifier. Cela n’inclue pas la question du pouvoir, de la gestion directe de l’économie, de la démocratie, de la destination de la production (bénéfice social ou source de profit)…

Le vrai concept qu’il faudrait porter, c’est le socialisme !

Suite de l'article
S’abonner
Notifier de
7 Commentaires
le plus ancien
le plus récent
Inline Feedbacks
View all comments

Bravo pour ce coup de gueule !

Bravo pour cet inventaire, ces désignations pertinentes et cette conclusion. Se dire que c’est le même constat de mal-organisation durant plusieurs mois en Belgique. La posture mâle et militaire (c’est la guerre) de votre président n’est que poudre aux yeux, la “bonne débrouillardise” de notre pouvoir “multi-partis coalisés” en Belgique constitue le même déni de leur faillite capitaliste. L’austérité budgétaire a servi de non-politique de santé publique. Et cette récupération très rapide (pas avant juin ? en réponse au “monde de demain” ?) du thème de la planification est un leurre parfait. Il s’agit effectivement d’occuper le terrain idéologique. (Bonne… Lire la suite »

[…] publions ci-dessous une prise de position de Laurent BRUN, secrétaire général de la CGT-SNCF. Il est facile de constater les convergences, dont nous nous […]

C’est bien Laurent, bravo. Encore une fois, le rail trace la route. J’espère que nous allons être nombreux à monter dans ce train.

Je ne comprends pas la mention “Dieu me pardonne” sur un site qui s’affiche communiste.

C’est aussi , sous la forme “Dieu pardonne”, une sorte d’engagement répété à maintes reprises dans le Coran…ponctuant les multiples tortures annoncées en Enfer aux mécréants, et si le jugement leur est défavorable, aux hypocrites qui se cachent au nom de l’Islam pour perpétuer leurs mauvaises actions et transgresser les commandements d’Allah. Bien sûr est ainsi soulever la question des limites…à ne pas franchir…et seul Dieu les connaît!, alors croyant “à toi de jouer!”.