Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Le communiste Sanchez Gordillo a créé la dernière perle du Barça, Ansu Fati: « Qu’il donne tout ce qu’il gagne »

POLITIQUE DU FOOTBALL 

Sánchez Gordillo affirme avoir payé le premier billet d’Ansu Fati pour l’Espagne.  Il s’agit d’un personnage haut en couleur célèbre dans toute l’Espagne, le maire d’un ville d’Andalousie où il a installé le communisme à sa manière, à la Cubaine dit-il. En ce moment on parle beaucoup de la manière dont il a aidé la nouvelle étoile du football. Un ultime conseil : prendre ses distances avec le monde du football (note et traduction de Danielle Bleitrach pour Histoire et société).

Maire de Marinaleda depuis 1979, il a payé les billets pour l’Espagne de Ansu, sa mère et ses frères. Auparavant, il avait accueilli le père du footballeur.

2 septiembre, 2019 03:16

Daniel Ramírez @danielramirez99

Nouvelles connexes

Ansu Fati, la nouvelle star du Barça, est arrivé en Espagne grâce à Juan Manuel Sánchez Gordillo, le seul prophète communiste avec un bâton de commandement dans le pays. C’est comme ça qu’il se décrit… et c’est confirmé par Bori, le père du talentueux garçon né en Guinée-Bissau il y a 16 ans. Si jeune (31-10-2002) il est déjà devenu le plus jeune buteur de l’histoire de l’équipe. Extrême… à gauche. A la demande du maire.

Comme Séville, son ancien club qui le chérissait, la perle du Barça a été découverte par un Sánchez Gordillo converti en looker, celui-là même qui gouverne Marinaleda sans interruption depuis 1979. Là, le communisme est réel. Ascétique. Dans cette ville andalouse de seulement 3 000 habitants, « tous les fonctionnaires sont payés la même chose » et les maisons sont les mêmes : trois chambres et un patio intérieur pour cent euros par mois. Les jouets de guerre finissent sur le bûcher. Il n’y a pas de flic.

-Maire, bonjour.

-Bonjour, c’est bon.

« J”ai entendu dire que vous avez découvert Ansu Fati. Vraiment?

-Oui. c’est ce qu’on dit .

L’histoire – racontée par Sánchez Gordillo à ce journal et conforme à celle du père du jeune prodigue dans une interview avec le Cope– est la suivante: Bori Fati est parti de Guinée-Bissau pour le Portugal quand sa femme était enceinte d’Ansu. Il cherchait « une vie meilleure » pour sa famille. Sur les terres voisines, il a entendu dire qu’un maire andalou aidait les immigrants. Il s’est rendu à Marinaleda. Il a été accueilli par cet homme qui porte une barbe grise et le regard halluciné des poètes.

-Juan Manuel, qu’avez-vous fait exactement ?

-Bori, le père d’Ansu, est arrivé en très mauvais état. Je crois que c’était en 2001. Il avait de faux papiers parce qu’il avait été trompé. Je l’ai aidé à les mettre en ordre. J’ai aussi payé les billets du garçon, ses jeunes frères, la femme… Ansu est venu quand il avait six ou sept ans.

-Sans rien demander en retour?

-Sans rien demander en retour. La solidarité n’est pas écrite avec de l’argent. Bori, d’ailleurs, était et est un homme de bien.

Bori Fati, dans l’interview radiophonique, a soutenu la version du conseiller : « J’ai travaillé dans un hôtel de ville, j’étais chauffeur de Juan Manuel Sánchez Gordillo. Il m’a aidé à amener toute la famille. C’est lui qui a parié pour moi.

-Maire, comment Bori a-t-il fini par être votre chauffeur ?

« Ce n’était pas mon chauffeur.

« C’est ce qu’il dit.

-Il est allé avec moi dans tous les endroits … Mais c’est tout.

-Alors? Je ne comprends pas.

-Bori a mangé la même chose que moi. Il vivait comme moi.

Messi étreint Ansu Fati après ses débuts. 

C’est la magie du football : l’innocence, le travail et les compétences d’un enfant sortent une famille de la pauvreté et lui donnent un avenir passionnant. Fati, selon les mots des techniciens du Barça, est appelé au succès.

« J’ai vu que je pouvais être footballeur »

L’élan d’Ansu Fati, couplé à sa qualité et sa capacité sacrificielle, l’ont conduit là où il est. En Guinée, il a lui-même construit sa balle en assemblant plusieurs paires de chaussettes. Un jour, Bori est rentré chez lui après avoir conduit la voiture de Sanchez Gordillo. Des dizaines d’enfants tournaient autour de sa porte. Le petit Ansu s’était produit dans le camp de Herrera – un village très proche de Marinaleda où les Fati se sont installés – et il avait éclipsé tous les enfants plus âgés que lui. Séville l’a recruté. Et puis le Barça, en 2012. Real Madrid le voulait aussi.  Messi l’a serré dans ses bras et pour les remerciements adressez-vous à Sánchez Gordillo:

-Juan Manuel, quand avez-vous remarqué le talent d’Ansu ?

-Quand il avait six ou sept ans… J’ai déjà vu qu’il avait la capacité, qu’il pouvait être footballeur. Il n’y avait plus rien à regarder! Personne ne lui prenait sa balle. Il a fallu peu de temps pour que les grandes équipes le sollicitent.

-Avez-vous vu ses débuts?

-Pas en direct, mais ensuite ils m’ont montré la vidéo. J’étais très excité. Quand ils sont arrivés, ils n’avaient rien. Et de les voir comme ça maintenant… Imaginez.

Le premier entraîneur d’Ansu, dans peloteros de Herrera, José Luis Pérez Miera, approuve – de l’autre côté du téléphone – les mots de Sánchez Gordillo: « A sept ans, il était meilleur que Messi au même âge, et tous ceux que j’ai vus adolescents dans un tournoi. Ansu, c’est le leadership, la dispersion. Vous pouvez dire qu’il a grandi dans la rue. Il est courageux, il fait face à des défis sans crainte. Maintenant, les enfants sont trop protégés par les parents et ils ne peuvent pas sortir les châtaignes du feu. Avec l’Ansu, c’est le contraire.

-Maire, de quelle équipe êtes-vous ?

-Je les aime toutes…

-Bien sûr, en tant que bon communiste, il doit être de tout en général, de rien en particulier.

(Le maire rit et accepte la blague sur un bon ton)

-J’aime le Real Madrid, le Barça, le Betis…

-Vous vous déplaçez

-Peut-être jusqu’à Madrid.

-Les débuts d’Ansu Fati ont été une explosion. Le communisme a une fois de plus trouvé une vitrine mondiale. Ce n’était plus arrivé depuis la chute de l’URSS et la mort de Fidel.

-Eh bien, eh bien, vu comme ça … Mais ce n’était pas l’intention.

Avec les centaines de millions de la clause de résiliation qui protège le contrat d’Ansu Fati, Juan Manuel Sánchez Gordillo pourrait transformer Marinaleda en Leningrad. Bien que, comme on le sait ce ne soit pas sa volonté.

-Tu sais? Ici, les maisons ont trois chambres et un patio intérieur. Ils coûtent une centaine d’euros par mois. Nous avons aussi plus d’un millier d’hectares que nous travaillons.

-Quel conseil donneriez-vous à Ansu pour finir communiste ?

-Qu’il soit être très prudent avec les millions. Il est trop jeune. Qu’il partage tout ce qu’il gagne.

Suite de l'article
S’abonner
Notifier de
1 Commentaire
le plus ancien
le plus récent
Inline Feedbacks
View all comments

Merci Danielle de faire la différence écrite du football professionnel et du football amateur. J’ai été licencié pendant 32 années (sans battre les 38 années de mon Père), nombre de mes amis d’alors vomissent aujourd’hui le football professionnel. Roland Passevant et Jean Claude Grivot ont en leur temps prévenu et lutté contre le professionnalisme de ce sport en particulier. L’article en lui même est intéressant à lire, mais ne m’apprend rien sur un système et ses ramifications politiques vérolées.