Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Marseille, les nouveaux élus, le Secours Populaire et les pièges de la droite par Danielle Bleitrach

Comme je l’ai promis à madame Sophie Camard, qui m’a téléphoné hier, je rends compte ici de notre conversation et de ce que j’en retire de positif et de négatif.

L’article publié ici même et qui portait sur les premiers pas de la nouvelle mairie issue du printemps marseillais a provoqué quelques remous à Marseille.

L’incrédulité a parfois été grande quand on a appris que la maire du premier arrondissement du centre ville de Marseille avait renvoyé le secours populaire des locaux de la mairie du premier arrondissement. Je tenais l’information de première main à savoir ma fille Djaouida Achaibou responsable bénévole du secours populaire dans le centre ville et qui comme l’ensemble des familles s’inquiétait de n’avoir plus de lieux d’où distribuer les colis aux familles en ayant un besoin urgent ou d’organiser les maraudes pour les SDF.

Madame Sophie Camard m’a téléphoné vers 17 heures et très franchement m’a proposé de m’expliquer la situation. Je l’ai écoutée bien volontiers et je l’ai remerciée de ce contact direct, en lui précisant bien que ni moi, ni mon blog avions la moindre prévention contre elle ou le printemps marseillais et que nous nous étions réjouis au contraire de l’élimination de la droite et de l’extrême droite. Notre seule réserve portant sur la manière dont celles-ci sont en embuscade voire déjà dans la place. Notre unique préoccupation étant les conditions de développement d’une politique capable de recréer les liens avec la classe ouvrière et les couches populaires. Un enjeu qui va bien au-delà de cette élection municipale marquée par une abstention record.

Madame Sophie Camard m’a expliqué que le local que l’ancienne municipalité avait attribué au Secours populaire était inadapté au niveau de l’hygiène à l’entrepôt d’aliments. Ce dont j’ai convenu volontiers. Elle m’a dit qu’elle envisageait d’offrir dans le Centre social Velten des locaux plus appropriés et dans l’attente elle n’avais pas chassé le secours populaire mais interdit la distribution d’aliments.

Après cet exposé argumenté de sa part, et la discussion entre nous qui a suivi, j’ai dit à madame Sophie Camard que j’ai été convaincue “à un quart” et au trois quart pas convaincue. Et je lui ai promis de publier ce qui permettait le dialogue calme et dans l’intérêt des populations que nous avions.

Nous pouvions nous entendre aisément sur la nécessité de donner au Secours populaire et au stockage d’aliments, à leur distribution un autre lieu qu’un petit bureau dans la mairie. Cette idée du centre social où en était-elle? En fait ce Centre social dépend de la mairie centrale, de madame Rubirola donc. Là où je n’étais pas convaincue c’est qu’il semblait y avoir tout un hérissement bureaucratique entre la mairie de secteur du premier arrondissement et madame Rubirola. Depuis trois jours où était intervenue la décision rien ne semblait avoir été fait et tout demeurait incertain dans la permanence des locaux attribués ultérieurement.

En outre il y avait un bémol entre ce qu’elle me disait de l’accord du Secours populaire à cette démarche et les échos que j’en avais. Le Secours populaire avait pris acte de sa décision, constaté les interdits et les incertitudes et ne s’en était pas satisfait. Mais le véritable problème était ailleurs encore et se donner du temps pour le résoudre n’était pas la solution vu l’urgence. Ce qui avait motivé mon article à savoir la proclamation de l’accueil de réfugiés que l’on ne pouvait qu’approuver, mais assorti d’une totale désinvolture face à l’urgence alimentaire des populations déjà là, la plupart des couches populaires les avaient notées.

Il s’agissait en effet d’une urgence, la réponse était sensée intervenir dans les huit jours, huit jours pour des familles en grande difficulté et dont la nourriture dépend de ces colis c’est inimaginable de la part d’une mairie de gauche. Toute notre conversation amicale qui a duré environ une heure, je suis restée sur cette question, la grande misère d’une partie de la population marseillaise et dans le centre ville, il n’y a que ça qui doit nous intéresser tout le reste est secondaire.

Il y a pas mal de secondaire “politicien”. Parce que ce que je retire aussi de cette conversation comme d’autres observations que je fais dans cette ville c’est que les actuels élus sont des gens inexpérimentés qui se retrouvent avec un personnel municipal qui est encore lié à l’ancienne municipalité et qui multiplie les comportements visant à déconsidérer les nouveaux élus aux yeux de la population.

Je pourrais multiplier les faits dans d’autres arrondissements et la manière dont ils sont destinés à susciter la colère de la population, à isoler les nouveaux élus, mais restons sur cette affaire du Secours populaire. Il semble que Sophie Camard ait eu un rapport des mêmes services sur les conditions anti-hygiène de cette installation, des mêmes qui pendant deux ans ont entretenu pour des raisons sans doute électoraliste ces pratiques. Mais là où l’affaire devient nauséabonde c’est que cela a été assorti de montages vidéos censés montrer la manière dont le secours populaire et cela tombait mal – ma fille Djouida – aurait été un agent électoral de la mairie de droite.

LES FAITS : Il y a deux ans, ayant constaté que la mairie de droite tentait de manipuler Djaouida, qui n’y comprend strictement rien en politique et ne voit que la solidarité, j’ai prévenu Sonia Farre dirigeante du secours populaire des dangers de cette instrumentalisation dans le futur contexte des élections municipales. Celle-ci soucieuse de l’indépendance du Secours populaire y a mis bon ordre. Et pour ma part, j’ai interdit à Djaouida de s’y prêter.

Son époux a adhéré au PCF à la même époque et il a joué un grand rôle dans la campagne du printemps marseillais auprès des gens du quartier Belzunce issu de l’immigration algérienne. Parce que réellement un espoir était né: avoir une municipalité avec qui un dialogue sur ce que vivait la population était enfin possible, sans clientélisme, sur les droits. Ce qui était la ligne suivie par les jeunes militants communistes de la section du premier et celle du sixième associées. Ces jeunes militants quand Marseille avait été confiné avaient aidé Djaouida dans sa maraude auprès des SDF abandonnés et cela l’avait convaincue avec mon influence que les communistes étaient des gens bien. Je découvrais que Sophie Camard avait été prévenue contre le Secours populaire d’une manière diffamatoire.

Comme je le lui ai dit dans notre discussion de toute manière ce genre de chose ne doit pas rentrer en ligne de compte, ce sont des rumeurs et une élue de gauche ne doit avoir qu’une seule préoccupation, la population et en particulier ceux qui souffrent, on ne pourra pas tout faire, mais une action comme celle empêchant le secours populaire d’accomplir sa mission, risque de marquer durablement des populations qui déjà n’ont aucune confiance par expérience dans les politiciens, alors qu’un contact nouveau pouvait se créer grâce à des jeunes désireux d’une autre politique.

Je pense que le risque est celui auquel est confrontée toute gauche, se donner comme ennemi ses meilleurs alliés, les plus proches des couches populaires, les communistes et se couper de ces couches populaires… Et ce faisant peu à peu accorder à la droite et aux mafias de tout ordre qui prolifèrent dans la misère le véritable pouvoir. Marseille ne manque pas d’exemples en ce sens et désormais le ver est dans le fruit.

Je crois que madame Camard est de bonne foi mais très inexpérimentée par rapport à ces enjeux. Cette affaire est un test important et de la manière dont elle l’abordera dépend sa crédibilité ultérieure. Ceci est vrai pour l’ensemble de la nouvelle municipalité qui pour le moment envoie des signaux contradictoires.

Danielle Bleitrach

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