Histoire et société

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Marseille : l’abstention à la loupe

Le regard d’un acteur du “Printemps marseillais”:. L’analyse de cet “acteur” confirme ce que j’avais tout de suite noté premièrement ce sont les couches populaires qui se sont abstenues, deuxièmement ce sont contre les candidats communistes du 13 e/14e et du 15/16 qu’ont été exercée les stratégies de division de la LFI et des verts. Stratégie de division que l’on trouve encore amplifié dans le vote métropolitain. Pourtant la fédération des bouches du Rhône et ceux qui ont dirigé au nom des communistes la stratégie du printemps sont des “refondateurs” acquis à toutes les alliances et qui n’ont pas ménagé leurs efforts en faveur de tous les candidats. On retrouve le même cas de figure dans la Seine Saint Denis et dans le Val de Marne, et c’est à cette situation que Villejuif mais aussi Vitry se sont opposées. Parce qu’au-delà des votes pour le pCF il y a la question essentielle, celle de la possibilité de mener une politique différente sans cet appui. (note de danielle Bleitrach)

Finalement, 180 000 Marseillais auront participé à l’élection de leur maire pour une population de 871 000 habitants.Par Contributeurs -12 juillet 2020


Impliqué dans l’aventure du Printemps marseillais, Alain Barlatier livre son analyse  sur les élections municipales, vécues de l’intérieur. Micro-sociologie d’un vote et enseignements.


À Marseille, au même titre que l’arrivée en tête du Printemps marseillais, l’abstention aura marqué ces municipales. Le faible taux de participation au premier tour s’est confirmé le 28 juin avec seulement 35% de votants, beaucoup moins qu’en 2014 où ce taux s’élevait à 58%.

Le contexte particulier, entre la crise sanitaire, la campagne interrompue et l’affaire des procurations qui touche l’équipe Vassal, ne peut expliquer cette faible mobilisation. Mais celle-ci s’est exprimée différemment au sein des 480 bureaux de vote, allant de 10,9% de votants (dans un bureau du 7e secteur) jusqu’à 60,4%.

Le bureau « école élémentaire Clair Soleil », dans le sud du 14e arrondissement  enregistre le plus fort taux d’abstention, de près de 90%. Vient ensuite un bureau de la cité Air Bel dans le 10e arrondissement, à 84%.

Cette faible participation, qui n’est pas nouvelle, prend une dimension de plus en plus inquiétante au regard des enjeux politiques et sociaux sur cette ville.

Marseille compte 507 000 inscrits sur ses listes électorales soit 100 000 personnes de moins que ce que la moyenne nationale pourrait indiquer.

Seulement un tiers des inscrits s’est déplacé pour aller voter (avec une légère variation de +2,7 points entre les deux tours du scrutin). L’hypothèse de l’influence de la pandémie sur l’abstention massive le 15 mars est de ce fait invalidée.

La variation d’un secteur à l’autre met en lumière la plus faible mobilisation dans les quartiers populaires. C’est dans les arrondissements des 2e, 3e, 13e, 14e, 15e, 16e (les Quartiers Nord, Arenc, la Belle de Mai) que l’on vote le moins, soit dix points d’écart en moyenne. La différence la plus importante se situe entre les 13e/14e (26% de participation) et les 1er/7e (45% de participation) au second tour.

Finalement, 180 000 Marseillais auront participé à l’élection de leur maire pour une population de 871 000 habitants.

La question de la démocratie représentative est de nouveau posée comme elle l’est à chaque échéance électorale avec plus ou moins d’acuité. Il ne s’agit pas ici de faire de la morale sur « ces citoyens qui ne font pas valoir leurs droits chèrement acquis » mais d’interroger ce système politique qui conduit de plus en plus nos pairs à se détacher de la vie publique et se replier sur une sphère intime ou communautaire.

Quelles indications nous donne le second tour ?

Concernant les quartiers populaires, la participation n’augmente pas (ou très peu) entre les deux tours (240 voix de plus dans les 2e/3e, 520 dans les 15e/16e). Pire, elle régresse dans le 7e secteur (1600 électeurs de moins) auxquels il faut rajouter 11% de bulletins blancs ou nuls. Cette tendance se confirme sur l’ensemble du territoire national. Ce résultat est extrêmement important. Il montre les insuffisances de la gauche à répondre aux aspirations de la population.

Dans le 7e secteur, (13e et 14e arrondissements), il convient tout d’abord de noter l’existence de deux listes (voire trois) concurrentes “à gauche” dès le départ. UNIR (LFI et EELV) a pris le risque de la division en  considérant que les quartiers populaires allaient être aux avant-postes du changement. La réalité s’est révélée toute autre. Ce sont les couches sociales salariées ou précaires moyennes et supérieures qui se sont majoritairement exprimées pour renverser le système G.

Au deuxième tour (le seul duel en lice entre l’extrême droite et une droite extrême), le retrait du Printemps Marseillais était la décision à ne pas prendre. Il confirme s’il le fallait, que l’appel au « sursaut », « front » (ou toute autre formule) républicain ne fonctionne plus et ce depuis la présidentielle de 2017. Dans un contexte où les gens sont dubitatifs sur la façon de gérer la cité, ce type de positionnement ne pouvait être perçu que comme une « combine » de plus et n’a pas été entendu. Le retrait de Jérémy Bacchi (PM-PCF) était une double erreur. Il a conduit à mettre le “Printemps” en difficulté à l’échelle de la ville et l’a forcé à mener des négociations complexes avec Samia Ghali pour espérer avoir la majorité du conseil municipal. Si les résultats du 15 mars ont invalidé la théorie “du rôle central des quartiers populaires”, ceux du 28 juin ont jeté aux orties la thèse  « faire barrage au FN/RN ».

Cet épisode devra être traité sur le fond par la gauche, les écologistes et les citoyens marseillais afin de ne pas se fourvoyer dans une démarche similaire à l’avenir.

“Une démarche exemplaire” dans le premier secteur 

En ce qui concerne le Printemps Marseillais, là aussi les stratégies mises en œuvre ont produit des résultats différents. L’interprétation des textes fondateurs n’a pas été la même d’une tête de liste à l’autre et la composante citoyenne a été plus ou moins bien représentée. L’heure n’est pas encore venue de traiter cette question. Je dirai simplement à cet instant que la démarche et la campagne de Sophie Camard (photo) ont été exemplaires.

Exemplaire au moment de construire la liste qui a regroupé plus de 50% de candidats issus du mouvement social, sans étiquette politique partisane.

Exemplaire sur le fond politique quand l’unité d’un secteur composé de deux arrondissements très différents (le très populaire premier et le résidentiel septième) a toujours été recherchée. Les questions démocratiques, sociales et environnementales ont marqué cette campagne commune.

Exemplaire au niveau des résultats quand le PM dans ce secteur a réalisé à deux reprises le meilleur score de toute la ville (39 et 58%) et où la participation a été la plus forte (ou la moins faible : 40,7 et 45,3%). Le score historique de 75% dans le premier et de 47% dans le septième (devant la candidature LR) est là pour nous le rappeler.

Ces quelques éléments appellent à une réflexion plus globale sur l’avenir de la démocratie et de l’intervention politique de la gauche, du mouvement écologiste et citoyen.

Quand la poussière sera retombée, j’y reviendrai avec grand plaisir.

Alain Barlatier

La participation :

Le Printemps marseillais (secteur par secteur) :

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20% de votants !!!! Le moins que l’on puisse dire, c’est que, pour corroborer les analyses ô combien communistes et pertinentes qui sont publiées journellement sur ce blog, cette élection – après d’autres – nous donne un goût bien amer des dérives de ce que certains politiciens de tout bord continuent d’appeler trompeusement “démocratie” pour donner bonne conscience à leurs forfaitures.