Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

USA: L’antisémitisme est comme le racisme d’abord un phénomène d’extrême-droite, le “terrorisme” est l’idéal du communautarisme

On a beaucoup fait état de ce tract distribué sur le campus du Chicago Collège, il est clairement antisémite. Mais il ne faudrait pas non plus isoler ce fait d’un contexte dans lequel l’antisémitisme monte avec le racisme de la part d’une extrême-droite. IL reflète les profondes divisions de cette société américaine et la manière dont ceux qui auraient dû lutter pour rassembler les victimes sur des bases de classe, l’ont fait en entretenant des clientélismes “ethniques” ou religieux, c’est-à-dire en donnant des objets à la crise sociale et à son malaise de classe. (note de danielle Bleitrach)

16 mars 2017 Par Daniel J.Solomon

L'affiche «End Jewish Privilege» circule sur le campus du Chicago College par The Forward
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Des dépliants antisémites appelant à la fin du «privilège juif» ont été éparpillés sur le campus de l’Université de l’Illinois à Chicago, selon l’étudiante Eva Zeltser, qui a publié mardi une image de l’affiche avec son commentaire.

“Mettre fin au privilège blanc commence par mettre fin au privilège juif”, proclame ce genre de propagande, prétendant montrer avec de fausses statistiques que les Juifs monopolisent la richesse de l’Amérique. Là encore,il faut dépasser le phénomène de l’antisémitisme pour montrer à quel point il devient la traduction d’extrême-droite d’un malaise de classe, le sentiment de ne pas avoir d’avenir et quels que soient les efforts que l’on fait d’être condamnés. Une société ou a contrario de ce qu’elle proclame l’individu n’a plus d’espoir de promotion.

Le juif devient le leurre du capitalisme que l’on ne sait plus dénoncer, quitte à inventer des faits comme dans toute rumeur.

Quarante-quatre pour cent des Juifs américains, selon des sources que cette “rumeur trafique, font partie des 1% des revenus les plus élevés, une exagération flagrante des faits, affirmant fonder l’affirmation sur les données d’une étude de Pew. Cette étude de Pew , sur les revenus des différents groupes religieux, a révélé que 46% des ménages juifs en Amérique gagnent plus de 100 000 $ annuels, ce qui n’est guère une somme qui en place dans le 1%.

Même mythe sur le fait que les juifs auraient été à l’origine de la traite négrière, ce qui est complètement faux. Pourtant Isolé en tant qu’antisémitisme et renvoyé alors à l’extermination de la deuxième guerre mondiale, ce phénomène préoccupant d’antisémitisme ne permet pas de connaître ce qui se passe réellement dans la société américaine. De comprendre comment la dégradation de la situation révélée par le coronavirus, y compris la déception par rapport à Obama et aux démocrates représentant les beaux quartiers engendre cette colère et cette recherche de boucs émissaires.

Il faut voir que s’il existe une tendance à l’antisémitisme dans la communauté noire, celui-ci se situe dans un contexte de montée de l’extrême-droite, d’un affaiblissement du niveau politique avec des convulsions qui tiennent de plus en plus lieu d’analyse.

Construire une conscience de classe, avec la conscience de l’exploitation capitaliste ne dépend pas des individus, c’est le rôle d’un parti,en revanche lier la colère à ce que la société vous désigne comme le mal depuis des siècles, est facile, constitue un exutoire spontané dans une société ou l’exploitation a pris depuis toujours le visage de la haine raciale. Quand le communisme et le socialisme sont eux aussi désignés comme le mal absolu de votre identité nationale. Quand la même société a réussi par le poids de l’esclavage ou du colonialisme à durablement diviser travailleurs blancs et ceux dits “de couleur”, la désignation de l’injustice suivant comment elle est menée entérine les divisions au lieu de les surmonter parce qu’elle bénéficie de l’idéologie dominante du capital.

L’antisémitisme est monté comme le racisme , l’élection de Trump en est le signe et le déchaînement

En effet, le complotisme anti-juif est d’abord lancé par l’extrême-droite et les attaques sont parallèles à celles que subissent les afro-américains y compris dans leurs églises.

Ainsi l’auteur de la fusillade antisémite qui a fait onze morts dans une synagogue de Pittsburgh le 27 octobre 2018, était obsédé par plusieurs théories du complot. Il pensait notamment qu’une agence juive d’aide aux réfugiés, la Hebrew Immigrant Aid Society, faisait venir des immigrés aux États-Unis pour tuer des Américains. Or il s’avère que des versions proches de cette théorie antisémite étaient diffusées sur Fox News, la chaîne câblée la plus regardée aux États-Unis.La syngogue de Pittsburgh est particulièrement progressiste.

Selon un rapport publié quelques jours avant la fusillade, l’Anti-Defamation League, un groupe de défense des droits civiques des personnes juives aux États-Unis, met en évidence la progression de l’antisémitisme sous la présidence de Donald Trump en montrant que les sympathisants d’extrême droite ont intensifié une vague de harcèlement antisémite à l’encontre de journalistes et de candidats juifs aux élections de mi-mandat, dont les attaques de Trump et plusieurs de ses proches à l’encontre du milliardaire juif américain d’origine hongroise George Soros. Ce qui est un paradoxe quand on connaît le rôle joué par ce dernier dans les révolutions de couleur et l’anticommunisme, mais il n’est pas pris sur ce terrain mais sur celui de son appartenance au courant démocrate.

Dans un article publié le jour de la fusillade dans The New Yorker, Alexandra Schwartz pointe les signes avant-coureurs de l’attentat et la montée de l’antisémitisme aux États-Unis depuis la campagne présidentielle de 2016, avec en particulier une recrudescence de la négation de la Shoah et l’explosion du « vitriol de l’antisémitisme » sur Internet. L’auteur démontre que l’antisémitisme n’avait pas pris une telle ampleur dans la culture américaine depuis le début des années 1940.

Les échos complotistes dans la communauté afro-américaine

On trouve un écho de cette montée de l’antisémitisme dans des groupuscules afro-américains très “nationalistes” mais les thèmes en sont de plus en plus repris par des représentants de la communauté noire, les exemples suivant récents en sont une démonstration.

Le 10 décembre 2019, quatre personnes ont été assassinées à Jersey City, près de New York, par un couple afro-américain inspiré par l’idéologie antisémite d’un mouvement séparatiste noir, les Black Hebrew Israelites. Après avoir abattu un policier, David Anderson et Francine Graham ont visé un supermarché casher, où ils ont tué deux membres de la communauté juive ultra-orthodoxe locale ainsi qu’un immigré équatorien qui travaillait dans la boutique.

«Brutes» aux «paquets d’argent»

Quelques jours après l’attaque, une élue de la commission scolaire locale, le Board of Education, s’est indignée sur Facebook qu’il y ait tant d’émotion après ces meurtres alors qu’il y en avait eu si peu «quand les brutes de la communauté juive» sont venues avec «des paquets d’argent» pour acheter des maisons dans un quartier afro-américain. Joan Terrell-Paige a avancé que les tueurs du supermarché casher –qui ont été abattus par la police– avaient un message important à exprimer. «Aurons-nous le courage d’explorer leur message […] et de faire cesser les attaques contre les communautés noires des États-Unis?», demandait-elle dans son post, depuis effacé.

Paradoxalement historiquement les juifs américains ont joué un rôle idéologique tant par leur diffusion du marxisme que par la tentative de certains d’entre eux de réunir les luttes contre la ségrégation dans la montée du mouvement des droits civils. Pourtant peu à peu à la fois par l’intégration des juifs, “leur assimilation” et l’apparence de relative réussite de leurs membres, leur anti-racisme “bobo”, joint à la politique d’extrême-droite et raciste d’Israël, ont favorisé la résurgence de l’antisémitisme avec l’impact des thèmes religieux mais aussi la montée de l’extrême-droite et celui-ci s’est déplacé y compris vers l’extrême-gauche .

Le “communautarisme” est aux antipodes de l’affrontement politique citoyen

Nous avons donc une montée préoccupante et générale des thèmes de l’extrême-droite avec les effets habituels du capital exaspérant les antagonismes des groupes sociaux les uns contre les autres. Mais il est tout aussi évident que la politique des démocrates désertant le terrain de la lutte des classes pour celui des clientélismes “communautaires” a fourni un terrain idéal à ces idéologies nauséabondes.

Il faut bien mesurer à quel point quand ce “communautarisme” est étranger à la politique qui est affrontement sur des bases de classe, débat citoyens, alors que le communautarisme cherche la fusion du même, l’identification totale ce qui est complètement illusoire et qui ne peut se réaliser que sous une forme mythifiée à savoir par la haine de tout ce qui n’est pas ce “soi” imaginaire: le blanc contre tous les autres, les juifs contre tous les autres, les noirs contre tous les autres, les femmes contre les hommes, les gays, etc… faisant payer sa victimisation…. La figure politique idéale de cet imaginaire devient le “terroriste”. Dans un pays où le recours de l’arme à feu est une tradition on peut aisément devenir “terroriste” y compris après avoir été chauffé à blanc avec l’idée que le terrorisme des autres vous atteint.

La France, que Marx désignait comme le pays de la lutte des classes est en train d’être gagné par ce mal et ce avec les meilleures intentions du monde et en prétendant se battre contre d’incontestables injustices. Là encore l’affaiblissement des batailles de classe, un pouvoir qui utilise à plein les thèmes communautaristes et des médias qui organisent le débat selon ces thèmes, plus l’imbécillité des réseaux sociaux : en général, peu à peu les individus s’y retrouvent regroupés par affinité et les débats vides de dimension de classe y prennent une violence et une intolérance qui redistribue les camps. On n’affronte plus le débat avec des gens qui pensent différemment de vous, on baigne dans un milieu clos avec ses fois,, et la moindre déviance y compris sur des objets totalement secondaires devient l’occasion d’empoignades sanglantes et dérisoires.

Si nous prenons le cas des mouvements actuels contre le racisme en particulier celui de la police en France, il est totalement justifié, comme est justifié le mouvement contre la violence faite aux femmes, mais il faut également voir comment le pouvoir s’en empare pour isoler cette conscience de l’injustice par exemple du mouvement du personnel hospitalier… alors même que se batre aux côtés du personnel hospitalier c’est affronter concrètement l’injustice faite aux plus pauvres ceux qui ont besoin d’un service public de santé ouvert à tous, c’est lutter concrètement de fait pour la condition féminine…

La manière dont les chaînes en continu, les réseaux sociaux relaient les thèmes, organisent débat et affrontement pour que le monde “d’après” s’épuise en paroxysme sans issu et dont les thèmes du débat deviennent peu à peu pain béni pour le pouvoir et son allié objectif l’extrême-droite.

Le refus de voir ce qu’a été dans ce domaine comme dans d’autres l’expérience socialiste contribue à la diffusion de l’antisémitisme comme du racisme. Les effets de l’esclavage, du colonialisme sont durables, ils se perpétuent par des effets familiaux, de ghettoïsation, et l’égalité ne se décrète pas d’une manière formelle. Les seuls pays où ces effets sont combattus sont les pays socialistes qu’il s’agisse de l’Union soviétique, de la Chine, du Vietnam, de Cuba, combiné à une politique d’éducation et de santé, il y a eu d’incontestables avancées qui a servi de toile de fond à ue revendication plus générale aux émancipations individuelles, mais nous sommes aujourd’hui dans une situation de crise aiguë où s’impose un changement de société alors même que la société est bloquée et régresse.

Danielle Bleitrach

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