Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Comment les instances gouvernementales chinoises doivent-elles se serrer la ceinture pour poursuivre et amplifier les défis socialistes chinois ?

On s’attendait à un plan de relance massif comparable à celui de 2008 face à la crise financière mondiale.Il n’en a rien été. Comment les instances gouvernementales chinoises devront-elles se resserrer la ceinture pour cet exercice difficile? Autre question importante comment poursuivre la sortie de la pauvreté et la réduction des inégalités? Selon l’idée que la crise est aussi une opportunité, Xi Jinping qui sort renforcé de l’épidémie accélère la transformation sur l’ensemble du territoire pour répondre aux défis du socialisme de marché.

La Chine doit rester compétitive dans un contexte de guerre économique infligée par Washington, ne pas relâcher sa sécurité et dans le même temps réduire en son sein pauvreté,inégalités. Celles-ci doivent être réduites non seulement entre catégories de la population mais entre territoires. En fait selon une philosophie qui lui est propre, la Chine va profiter des défis auxquels elle est confrontée pour une réforme en profondeur de sa gouvernance.

Incontestablement Xi Jinping est sorti renforcé de l’épidémie et de sa gestion et il met en place une nouvelle phase de réformes qui s’appuient sur ce qui est apparu dans cette crise. Ce sont les instances gouvernementales locales qui sont appelées à s’ajuster au ciblage calculé des investissements, une politique prudente dans un contexte très contrôlé de déficit budgétaire et une émission de dette publique qui ne sera pas néanmoins à la hauteur de la baisse des ressources budgétaires escomptées. La baisse des ressources fiscales chinoises ont été de 14, 5 % de janvier à avril, et le gouvernement ne songe pas à accroître la pression.

I- LE FOND DE CES CHOIX ?

Bien que la Chine se soit préparée à une situation budgétaire prudente les années précédentes, l’objectif critique est désormais de parvenir à une allocation budgétaire et à des opérations gouvernementales durables tout en continuant de servir le développement économique et social global, ce qui nécessitera un ensemble de choix rationnels. analyse un récent éditorial de Global Times qui indique que l’article a été écrit sur la base d’une analyse de Jia Kang, doyen de la China Academy of New Supply-side Economics. bizopinion@globaltimes.com.cn .

La pandémie n’a fait que rendre plus urgente cette rationalisation de la gouvernance chinoise.

Quelle que soient les difficultés, les investissements doivent être axée sur le développement global. La Chine doit vaincre les retombées de COVID-19, retrouver une situation normale et réaliser un développement de haute qualité malgré des défis comme la guerre commerciale sino-américaine dit l’article.

A- RÉDUIRE LES INÉGALITÉS

Deuxièmement, un arrangement budgétaire prudent nécessite une gestion financière pratique en vue d’ augmenter les revenus et réduire les dépenses grâce à des approches de gestion rationnelles. Il est important de promouvoir simultanément une culture raisonnable des ressources financières en termes d’augmentation des revenus et de planification prudente des dépenses avec des structures optimisées. Certes la Chine a un coefficient de Gini ( qui mesure l’importance des inégalités) parmi les plus élevés presque égal à celui du Brésil, de l’Afrique du sud et surtout des Etats-Unis. Mais ce coefficient en ce qui concerne des sociétés en développement doit être mis en regard d’autres indicateurs comme la réduction de la pauvreté ou son aggravation. Donc voyons d’abord ce qu’il en est des inégalités.

1- DE DIFFÉRENTES FORMES D’INÉGALITÉS

Comme le souligne très justement l’article publié par Forbidden City News 紫禁城 要闻 (1)

“La croissance chinoise a sorti de la pauvreté l’immense majorité de la population, le taux de pauvreté, à 97,5% en 1978, se situe entre 1 et 2% actuellement. L’envol de l’économie a permis l’émergence d’une classe moyenne comprenant près de 400 millions de personnes, tout en générant de grandes inégalités.” (…)

Le premier ministre Li Keqiang est venu rappeler cette réalité lors d’une conférence de presse le 28 mai :“我们人均年收入是3万元人民币,但是有6亿人每个月的收入也就1000元,1000元在一个中等城市可能租房都困难…Le revenu moyen annuel est de 30 000 yuans (2561/mois), mais pour 600 millions de personnes, il est de 1000 yuans par mois. Avec 1000 yuans (130 euros) mois, on peut avoir des difficultés à louer un appartement dans une ville de taille moyenne… » Ces inégalités, plus douloureuses en période de crise, ont plusieurs volets.

Il existe une grande différence entre les zones urbaines et rurales. Les premières généralement bénéficient d’une meilleure politique sociale avec une protection et des logements sociaux plus importants, pour la retraite par exemple. Les revenus moyens dans les villes sont largement supérieurs, 42 359 yuans, à la moyenne dans les régions rurales, 16021 en 2019. Une éclaircie néanmoins : cette dernière affiche une progression sur les dernières années ; en un an, par exemple, 9,6% et dans les villes, 7,9%. 
Dans un article précédent, nous notions que le patrimoine moyen dans les villes est de 3,175 millions de yuans ( plus de 400 000 euros) ; pour Pékin on est à près de 9 millions. Les données sur le patrimoine rural n’existe pas, cependant, on estime le patrimoine moyen au moins trois fois plus faible. Les neuf régions (ou villes) au-dessus de cette moyenne sont toutes à l’est de la Chine.

En effet, la façade est de la Chine est plus avancée que l’intérieur du pays, depuis une petite dizaine d’années, le gouvernement tente de rééquilibrer les régions, mais le chemin est long. Certaines provinces ont besoin de plus d’infrastructures, de chemins de fers pour leur désenclavement. Le relief de certaines régions avec de nombreuses montagnes, comme le Guizhou ou le Yunnan, n’est pas un atout pour une plus grande ouverture.


Les autorités chinoises sont très conscientes que le bouleversement économique suite à la pandémie touche notamment la partie défavorisée de la population. Elles ont pris de nombreuses mesures de subvention, mais elles ne pourront remplacer le dynamisme de l’économie mis à mal par les demandes intérieures et étrangères en forte baisse et le problème de l’emploi, notamment dans le secteur de l’export.
Li Keqiang a insisté sur les efforts à faire pour l’emploi.”

Il faut aider ces catégories mais la véritable aide ne pourra venir que d’un développement global mieux contrôlé, au plus près des problèmes et dans une planification plus serrée et là réduction de la pauvreté, lutte contre les inégalités sont des atouts non seulement en matière de réduction des tensions sociales mais y compris de développement et de réponse aux défis de la crise économique globale dont la Chine cherche à amortir les effets sur son propre essor.

2- LA POURSUITE D’UNE POLITIQUE DE REDUCTION DE LA PAUVRETÉ

Il faut bien mesurer la manière très concrète dont a été mis en oeuvre ce chantier et ce qu’il en était en 2019 , avant l’épidémie. Cela permet de mieux comprendre en quoi il ne s’agit pas seulement de faire malgré la crise, mais à cause de la crise. Voici ce que décrivait en 2019, la revue Entreprendre (2)

“Le chantier est gigantesque, mais il en dit long sur la vague de réformes, d’aides, de chantiers et de restructuration engagée par la Chine pour éliminer la pauvreté dans le pays. Cela se retrouve dans tous les domaines. Les villages enclavés sont désormais desservis un peu partout par des routes. Le réseau ferré s’est développé au point que ses lignes à grande vitesse se placent désormais au premier rang mondial, représentant 35.000 km du total de 139.000 km de voies ferrées. L’éducation tient, bien sûr, une grande place dans ce dispositif, avec la formation des enseignants dans les zones rurales, le développement du multimédia adapté à l’éducation… Dans les zones rurales très pauvres, le principe des « deux exemptions et une indemnité » (en milieu rural, exemption des frais de manuels et des frais divers gratuits, et indemnité de subsistance versée aux élèves en internat) est appliqué durant toute la période de scolarité obligatoire.

Un rapport du Ministère chinois de l’Éducation indiquait, fin novembre 2019, que les établissements d’enseignement professionnel du secondaire avaient joué un rôle actif dans la réduction de la pauvreté. Il existe 347 établissements d’enseignement professionnel du secondaire dans les zones d’extrême pauvreté, avec près de 600.000 élèves inscrits. Et environ 142.000 diplômés de ces écoles ont trouvé un emploi en 2017, avec un taux d’emploi supérieur à 90%, indique le rapport. Plus de 2,5 millions d’élèves de ces établissements avaient reçu des bourses et des subventions en 2017, dont la moitié provenait des régions occidentales du pays, précisait le rapport.

Tous ces efforts conjugués produisent des résultats. Depuis sa fondation en 1949, la République populaire de Chine a permis à plus de 800 millions de personnes de sortir de la pauvreté, contribuant pour plus de 70% à la réduction de la pauvreté dans le monde. Beijing a également promis d’éradiquer complètement la pauvreté d’ici 2020, soit dix ans avant la date limite fixée par l’ONU dans son agenda 2030 pour le développement durable.

Un succès reconnu jusqu’aux États-Unis, pourtant avares de compliments sur la Chine. Pour Bernie Sanders, candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine de 2020, « la Chine et ses dirigeants ont fait davantage de progrès en matière d’éradication de l’extrême pauvreté qu’aucun autre pays dans l’histoire des civilisations ».

Lors de son arrivée à la tête du pays, le président Xi Jinping a fait de la réduction de la pauvreté l’une de ses priorités. Et cette baisse va, de pair, avec les innombrables réformes de l’économie chinoise, qui ont fait de la Chine sa deuxième économie mondiale.

Les répercussions de cette vitalité économique se ressentent à la base. Le produit intérieur brut chinois a progressé en moyenne de 9,5 % par an depuis quarante ans. De ce fait, la Chine, qui représentait 1,8 % du PIB mondial en 1978, produit désormais 15 % de la richesse mondiale. Et le revenu moyen disponible pour la Chine entière a bondi, passant de 171 yuans en 1978 à 26 000 (3324 euros) aujourd’hui, permettant de faire reculer la pauvreté de plus de 94 points de pourcentage.

C’est dans les campagnes surtout que la qualité de vie des habitants s’est améliorée dans tous les domaines. En 2017, le revenu moyen disponible par habitant en milieu rural (calculé selon les prix constants de 1978) s’élevait à 2 106,9 yuans, contre 133,6 yuans en 1978. Le revenu a donc été multiplié par 15.

Du coup, la capacité de consommation des foyers s’est nettement améliorée. Dans les campagnes toujours, la consommation moyenne par habitant (calculée selon les prix constants de 1978) a atteint 1 719,8 yuans en 2017, ce qui représente 14 fois celle de 1978. Le coefficient Engel (part du revenu allouée aux dépenses alimentaires) est passé de 67,7 % en 1978 à 31,2 % en 2017, soit une baisse de 36,5 %.

Cette forte croissance économique a, bien évidemment, fortement contribué à la réduction de la pauvreté dans le pays, mais elle a aussi accentué les écarts de revenus et aggravé la pauvreté régionale. D’où une série de mesure pour favoriser le développement de ces régions pauvres. Un détail en particulier : entre 2001 et 2010, le gouvernement a renforcé l’aide accordée aux 150 000 villages pauvres. Résultats : la croissance annuelle du revenu net par habitant de ces villages a été supérieure de 3 % à la moyenne des régions rurales du pays. L’écart entre le revenu dans les régions défavorisées et le revenu moyen de l’ensemble des régions rurales a diminué. La part du revenu moyen par habitant des districts défavorisés dans le revenu moyen par habitant de l’ensemble des régions rurales est passée de 51,8 % en 1985 à 68,4 % en 2016.

La finance vient également en aide à ce grand mouvement national, particulièrement la microfinance. Au total, 14,825 millions de ménages pauvres ont bénéficié d’un coup de pouce financier pour développer leur production, avec 587,13 milliards de yuans de prêts contractés et 234,68 milliards restant à rembourser. Le taux d’obtention des prêts par les ménages pauvres est monté en flèche jusqu’à atteindre 49,5 %, contre 2 % en 2014. Grâce à ce mécanisme, en moyenne, il existe à ce jour 17 entreprises implantées à l’échelle de la ville ou au-delà dans chacun des 832 districts défavorisés; et 2 communautés vivant selon une économie collective dans les 128 000 villages nécessiteux.

Il y a aussi des domaines très particuliers de l’économie qui participent de ce grand mouvement. Le tourisme rural en est un. Avec d’une part l’amélioration du niveau de vie général en Chine qui fait que de plus en plus de Chinois voyagent, à l’étranger certes, mais de plus en plus dans leur pays, et d’autre part la valorisation des atouts du pays, tant en termes patrimoniaux qu’environnementaux, le tourisme rural devient une manne appréciable pour les régions reculées et rurales. La décision de l’Etat chinois de promouvoir le tourisme rural comme moyen efficace de combattre la pauvreté a été saluée par l’Organisation mondiale du Tourisme.

Autre secteur, plus inattendu celui-là, celui des sociétés de livraison. L’explosion de l’e-commerce en Chine est, pour beaucoup, dans l’essor de l’économie chinoise en général, mais participe également à réduire les inégalités. Les entreprises de livraison ont notamment soutenu l’an passé 905 projets dans le but de promouvoir les ventes de produits agricoles locaux et de spécialités locales. Pour 23 de ces projets, cela représente plus de 10 millions de livraisons chaque année, selon les chiffres du Bureau national des postes (BNP). Les grandes sociétés de livraison ont créé plus de 268.000 emplois dans les régions pauvres. Les produits ainsi livrés représentent une valeur de 367 millions de yuans (environ 51,8 millions de dollars).

Au cours des trois premiers trimestres de cette année, ces sociétés ont développé plus de 1.100 projets similaires, contribuant à faire vendre dans les zones urbaines du pays 284.000 tonnes de produits agricoles locaux et de spécialités locales (+69%), avec un volume total de transactions de 3,88 milliards de yuans (+ 25,6%). Les ventes en ligne de produits agricoles dans les districts répertoriés « pauvres » au niveau national, ont atteint 110,99 milliards de yuans au premier semestre 2019, en hausse de 29,5% par rapport à l’année passée, selon les mêmes sources.

Des exemples tels que ceux-là se retrouvent dans quasiment tous les pans de l’activité économique chinoise. Le secteur culturel n’est pas en reste. Début novembre 2019 par exemple Nanchang, capitale de la province du Jiangxi, a accueilli la vingtième édition du Festival des aliments de Chine, avec l’objectif d’aider les zones déshéritées à accroître leurs revenus. « La plupart des matières premières et accessoires nécessaires à l’industrie de la restauration sont des produits agricoles primaires, et l’achat à grande échelle de ces produits dans les zones pauvres peut effectivement accroître les revenus des agriculteurs locaux », a déclaré Han Ming, directrice de l’Association de la restauration de Chine.

B- LA PRUDENCE DANS LA GESTION DES RESSOURCES DEVRA SE FAIRE DANS LE CADRE D’UNE TRANSFORMATION DE TOUTES LES INSTANCES LOCALES DANS LE CADRE DE LA PLANIFICATION ET POUR FAVORISER L’INNOVATION

En outre, une gestion financière intelligente avec une mise en œuvre raisonnable des instruments politiques est également importante dans le cadre d’un exercice budgétaire prudent, au cours duquel il va être recouru aux déficits budgétaires et à l’émission de dette publique .  La question importante est de savoir comment la Chine peut raisonnablement utiliser ces outils pour faire face au déséquilibre des revenus et des dépenses poursuit l’article de Global Times.

Une politique budgétaire prudente nécessite l’innovation dans la gestion financière, le renforcement de la réforme institutionnelle pour obtenir des effets multiplicateurs lors de la mise en œuvre de la politique afin d’atteindre des objectifs avec des investissements moindres.

Enfin, l’arrangement budgétaire prudent doit améliorer la gestion financière coordonnée pour déployer des politiques budgétaires conformes aux politiques monétaire, industrielle, régionale et d’allocation des revenus, accélérant ainsi la collaboration globale pour soutenir un développement de haute qualité.

Le rapport note que les gouvernements doivent surmonter le formalisme et le bureaucratisme pour cultiver une nouvelle énergie.  Ce qui signifie savoir orienter et coordonner tous les facteurs d’innovation qu’ils proviennent d’initiatives privées , d’instituts de recherche et de communautés locales dans la gestion de l’environnement comme de la satisfaction des besoins.

Sur la base d’un arrangement fiscal prudent, doit être éliminé le formalisme et le bureaucratisme, promouvoir la réforme institutionnelle et l’innovation et stimuler l’enthousiasme du personnel dans les systèmes administratifs grâce à des réformes de fond. Le rapport indique également que les employés des services administratifs locaux devraient être encouragés à effectuer des travaux pratiques, à assumer des responsabilités et à apporter des contributions, afin d’améliorer la performance globale de l’ensemble du système de gestion gouvernemental.

articles traduits et exploités par Danielle Bleitrach

A lire dans Global Times.

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