Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Une conférence passionnante sur la Chine, celle hier de Jean-Claude Delaunay

Nous allons probablement avoir la vidéo de la conférence organisée par le réseau sur la Chine et vous pourrez plus utilement juger de ce qui demeure une impression sans même des notes pour être plus précis.
Disons tout de suite que le plan proposé à la réflexion par Jean-Claude Delaunay était celui que je crois le plus susceptible d’aider à une véritable initiation sur la Chine.

le livre de jean claude Delaunnay paru chez Delga

Jean-Claude Delaunay qui est un économiste, membre du PCF, qui vit en Chine depuis plus de dix ans et dont la principale qualité est la rigueur dans l’établissement des FAITS. Il y a dans sa problématique un point de rencontre avec d’autres économistes du PCF, en Particulier Frédéric Boccara, point que je partage également c’est l’articulation du marchand et du non marchand dans l’évolution des modes de production (1). Mais j’y reviendrai. Suivons plutôt le plan très pertinent de sa conférence. Elle débute sur ce constat que je partage entièrement:

La Chine n’est pas un modèle à suivre, elle est un exemple à méditer.

Il a proposé deux parties essentielles: la première concerne la nécessaire “rupture” du mode de production socialiste, donc quelle est “la rupture” du socialisme chinois et en quoi se différencie-t-il de la “rupture” soviétique?

La seconde partie concerne la manière dont la Chine propose à l’humanité de changer les bases de l’ordre international, en substituant à ce qui a été la nécessité qu’il y ait un perdant et un gagnant d’instaurer une relation gagnant-gagnant. Comment la Chine ne prétend pas détruire les institutions internationales mais en collaborant avec elles peu à peu y faire accepter ce principe qui change la nature de l’impérialisme.

Donc la vidéo va vous permettre de mieux comprendre ces deux FAITS et vous aider à poursuivre la réflexion, j’espère que ce blog y contribuera aussi parce qu’il est totalement et depuis pas mal de temps dans cette problématique.

Une partie du Capital et de ceux qui le soutiennent sont prêts à nouer de nouvelles relations pour mieux conforter leur dictature de la bourgeoisie.

Cette problématique m’amène à d’autres constats peut-être trop alarmistes. Je crois que le patronat dans ce qu’il a de plus éclairé a très bien compris le point 2. Aux Etats-Unis, une tendance que j’ai baptisée celle de Kissinger s’agite pour proposer à la Chine un partenariat dans l’hégémonie. Elle a probablement des partisans y compris en Chine, bien que comme l’a souligné notre camarade Delaunay, la Chine connait la démocratie populaire ou dictature du prolétariat qui tient d’une main de fer en s’appuyant sur le patriotisme chinois les orientations. En Europe, j’ai publié un article récent du Figaro dans lequel on voit le MEDEF s’orienter à la fois vers un partenariat vers la Chine et un renforcement des institutions européennes pour imposer toujours plus la dictature du capital, la mise en concurrence des travailleurs, et la destruction des souverainetés nationales et des services publics. Il est clair que nous allons avoir alors dans la fraction du PCF inféodée à l’UE toute une redécouverte de la Chine pour mieux nier à la fois le socialisme soviétique, le léninisme et la nécessité donc de la rupture socialiste.

C’est pourquoi les communistes doivent tenir bon sur le léninisme, sur la nécessité de la rupture.

Ce n’est pas seulement une question de mémoire et surtout pas l’idée d’un retour au modèle soviétique, mais c’est la compréhension des nécessités et de l’urgence du moment, des rapports de force qu’il est impératif de construire. C’est comprendre que y compris la partie éclairée du capital pour survivre en occident est prête à accepter une forme d’alliance, ce qui est mieux que l’antagonisme belliciste que développe Trump. Mais le capital espère se renforcer, surmonter sa crise en restant plus que jamais au pouvoir, il va utiliser la fragilisation des pays émergents pour recommencer l’opération de 1973, imposer ses prix aux matières premières. Dans cette opération, la Chine est l’obstacle, donc il lui est proposé dans certains cas un partage.

Cela peut se faire dans un contexte où la Chine avance dans un socialisme de marché tenu par une démocratie populaire qui l’oriente dans le sens de la paix, des intérêts populaires et sa souveraineté alors que certains qui chez nous sont prêts à cette alliance espèrent la nouer dans une situation aggravée de dictature du capital.

Il est clair qu’une telle “alliance” qui n’est pas une “coexistence pacifique” débouchera sur des tentatives impérialistes d’imposer on ordre, recommencer à bénéficier de ce que lui a offert la chute de l’URSS, une matière de survie. Donc il s’agit de penser les relations internationales comme une tentative permanente d’empêcher cette violence plutôt que de tabler sur la bonne foi et d’utiliser en ce sens y compris les institutions internationales, la nécessité du développement et des échanges, le rapport des forces est mondial, anti-impérialiste de fait.

Parce que et ceci est mon autre constat pour voir les effets de l’épidémie comme révélatrice de l’Etat du monde: ce qui me frappe c’est la manière dont les alliances ont tenu autour de la Chine, alors même que toutes les problématiques du capital et leur idéologues y compris sociaux démocrates nient au contraire ces alliances (ne remettent pas en cause l’OTAN, une UE entièrement hostile à la Russie, poursuivant sa destruction, idem au Moyen orient, et ailleurs en particulier en Amérique latine).

En revanche, ce qui est frappant c’est à quel point certains partis communistes et partis “radicaux” de la Gauche européenne, totalement inféodés à la social-démocratie mais aussi le PCF est l’impossibilité pour eux de valoriser le socialisme, de faire même référence au mot et à la rupture qu’il implique si bien analysée par notre camarade Delaunay. Ce n’est pas le cas de l’internationale des partis communistes qui se reconstitue. Mais perçoivent-ils l’ampleur de ce que propose la Chine?

Le dialogue dans les actions communes pour la paix et la défense des travailleurs comme des souverainetés nationales est la seule voie. La politique de la Chine peut être un point d’appui.

Parce que ce dialogue et cette action doivent porter sur les défis qu’affronte l’humanité, paix, environnement, famine, éducation, en s’appuyant sur les exigences des peuples à vivre mieux et sur le développement des forces productives… La rupture est inévitable.

Voilà donc une avancée importante dans les débats du PCF et dont dépend ou non sa survie alors qu’aujourd’hui la parole officielle tente de ne laisser aucune place au débat, tout en tentant d’occuper le terrain pour éviter la question de la rupture socialiste.

Comme le dit Jean-Claude Delaunay, il y a dans le PCF beaucoup d’illusions sur ce que l’on peut obtenir dans le cadre du parlementarisme bourgeois.

Il y a incontestablement des idées qui avancent dans le parti communiste, dans la CGT et même au-delà de leurs rangs, mais la question du Que faire et de l’organisation demeure centrale…

Danielle Bleitrach

(1) il est difficile de comprendre le socialisme de marché chinois sans référence à cette dialectique du marchand et du non marchand dans la transformation des modes de production, et de percevoir en quoi et comment la transition du socialisme est à la fois “dépassement: conservation et abolition” et rupture sans laquelle le dépassement n’est en fait que conservation, c’est le rôle de la démocratie populaire ou dictature du prolétariat.

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Cet article me fait du bien. J’étais en colère après l’émission “C’est dans l’air” d’hier soir sur la “5”….une émission complètement à charge contre la Chine.
En attendant la CHINE avance….Elle est en route vers son objectif “Lune”. Souhaitons-le avec succès.
Je vais me replonger dans la lecture d’un livre de JP.DELAUNAY: “LA CHINE ET LE MONDE”. Il date un peu ….2013. Mais les grandes idées s’y retrouvent sûrement. Surtout dans la façon dont la CHINE aborde la question de la construction du Socialisme, notamment avec un Capitalisme chinois bien vivant.

Badia BENJELLOUN note que la campagne électorale de la Presidentielle USA sera placée sous le signe de la “sinophobie”. Cette fois-ci POUTINE et la RUSSIE vont être mis en retrait, mais ne seront certainement pas oubliés, non plus. Il est vrai qu’il ne s’agit plus des mêmes enjeux. La RUSSIE est un pays capitaliste. Ce qui est certain, c’est que la “5”, entre Biden et Trump n’a pas encore choisi son camp…..la “sinophobie” est dans l’ADN de cette chaîne. Non, ce qui est en cause, comme vous l’analysez dans votre article, JC. DELAUNAY aussi dans un récent article intitulé: ENCORE… Lire la suite »

Pourtant l’enjeu de la politique US est bien intérieur, ils vont devoir faire face au chômage massif à un peuple sans protection autre que la survie pour ceux qui ont un jardin et les armes pour les autres qui devront se nourrir, se loger. Comment la Fédération va-t-elle s’en sortir ? Quel que soit le candidat élus le choc pour les travailleurs américains immigrés latinos inclus est d’une violence jamais vue depuis la grande dépression. Des enseignants, des pilotes d’avions cumulaient déjà 3 emplois pour survivre avant la pandémie. Les USA vont-ils ressembler à la Louisiane après le passage de… Lire la suite »

Cet article de Danièle Bleitrach et les commentaires qui l’accompagnent me font chaud au coeur. La bataille pour le socialisme en France est en train de prendre de l’ampleur. Cela se perçoit de multiples manières, même s’il y a encore bien du chemin à parcourir. La lutte sera rude et comme le note Badia, la Chine va se trouver au centre de ce combat idéologique. Je voudrais dire un mot à Michel Beyer concernant cet opuscule : La Chine la France, la France la Chine que j’avais rédigé en 2011 ou 2012, je ne sais plus. A cette époque, d’une… Lire la suite »

Merci pour votre réponse.
Mais je crois que nous ne parlons pas du même livre. Je me suis trompé!!!
Il s’agit de: LA CHINE ET LE MONDE, développement et socialisme.
C’est un livre édité en septembre 2013 édition “Le Temps des Cerises”. Plusieurs camarades (22) ont participé à sa réalisation, dont vous-même.