Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Russie : Le président français a lancé un appel à arrêter toutes les guerres durant la pandémie, cela cache quelque chose?

Il n’y a pas que dans sa politique intérieure où Macron alterne les grandes déclarations quasi gaullienne suivies d’une absence totale de politique à la hauteur de ses ambitions. On commence avec le programme du CNR et on chute dans les faits sur blackrock, les sociétés d’assurance privées et le démantèlement du code du travail. Comme le montre l’ironique article russe ci-dessous, la scène internationale commence à avoir quelques doutes sur les initiatives fracassantes du chef de l’Etat français qui dans les faits consistent le plus souvent à s’aligner sur la politique belliciste des Etats-Unis. Il est vrai qu’entre marchands d’armes ayant détruit tout ce qui n’est pas finance et armes, le parallélisme est frappant. Bref le résultat en est une absence totale de crédibilité de Macron et nous Français n’en sommes pas étonnés (note de Danielle Bleitrach. traduction de Marianne Dunlop pour histoire et société).

Svetlana Gomzikova, avec les commentaires de Vadim Troukhatchev et Vladimir Chapovalov

https://svpressa.ru/politic/article/262696/

Photo: SergeyMalgavko / TASS

Tous les conflits ouverts et les guerres à travers le monde lors de la pandémie doivent être arrêtés. C’est l’appel à la communauté internationale lancé par le président français Emmanuel Macron.

L’initiative du chef de la Cinquième République, comme il l’a lui-même déclaré dans une interview à Radio France Internationale, a déjà été soutenue par les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies: le président chinois de la RPC Xi Jinping, le président américain Donald Trump et le Premier ministre britannique Boris Johnson. Et maintenant, Macron attend la même réaction à son appel du chef de l’Etat russe, Vladimir Poutine.

«Je suis sûr que le président Poutine donnera également son consentement. Et quand il aura donné son consentement, nous pourrons tenir une vidéoconférence générale et ainsi diffuser cet appel solennellement, de manière résolue et efficace », a déclaré le leader français.

La réaction du Kremlin ne tarda pas à venir. Il est prêt à adhérer à la résolution française sur un cessez-le-feu dans le monde après avoir réglé les problèmes d’organisation.

“Dès que les questions pratiques seront réglées, nous nous prononcerons officiellement”, a assuré mercredi 15 avril Dmitri Peskov, attaché de presse du président russe.

La question est de savoir si l’appel du président français sera entendu et pris au sérieux par les autres acteurs mondiaux (et régionaux)?

D’autant plus qu’avant Macron – le 23 mars, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’était adressé aux dirigeants du monde avec la même demande – de cesser toutes les hostilités -. Mais personne n’y a finalement répondu.

En revanche l’OTAN continue de faire monter les tensions aux frontières occidentales de la Russie. Ainsi, le 13 avril en Lettonie, malgré la pandémie de COVID-19, les manœuvres otanesques annuelles « Steel Brawler » [mot-à-mot « bagarreur d’acier », NdT] ont commencé. Le même jour, le destroyer américain de missiles USS Porter (DDG 78) est entré en mer Noire –et ce n’était pas une visite amicale. Et peu de temps avant, non loin de la Crimée russe, il y a eu les manœuvres à grande échelle « Sea Shield » de l’OTAN impliquant des dizaines de navires de guerre et d’avions.

De plus, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a annoncé l’autre jour que l’Alliance continuait de «contenir» la Russie même dans le contexte de la pandémie de coronavirus. Et il a promis de renforcer la présence des forces navales du bloc dans la région de la mer Noire.

Dans ce cas, heureusement, il ne s’agit pas d’un conflit sanglant.

Mais dans le Donbass en même temps, il y a une vraie guerre. Et les militants ukrainiens ne font qu’augmenter l’intensité des bombardements des villes et des villages des républiques populaires, tuant et mutilant des civils, tandis que Macron tente d’établir la paix avec ses appels. Dans le même temps, ni lui ni la chancelière Merkel n’ont pu, depuis tant d’années, rappeler Kiev à l’ordre et à l’obliger à respecter le plan de paix inscrit dans les accords de Minsk – accords approuvés d’ailleurs par le Conseil de sécurité des Nations unies.

«Du côté de Macron, nous constatons une certaine duplicité», explique Vladimir Chapovalov, directeur adjoint de l’Institut d’histoire et de politique de l’Université pédagogique d’État de Moscou. – En fait, le Secrétaire général de l’ONU a été le premier à lancer un tel appel au monde. Ensuite, il y a eu une autre tentative de la Russie, par le biais de l’Assemblée générale de l’organisation, de prendre une décision appropriée pour mettre fin aux conflits, aux guerres économiques, abandonner les régimes de sanctions et fournir une assistance à tous ceux qui en ont besoin. Mais, comme vous le savez, la résolution russe a été bloquée par les pays occidentaux, dont la France.

Si ce n’est pas de la duplicité de la part de Macron, alors qu’est-ce? Parce que s’il était vraiment très inquiet à ce sujet, il aurait soutenu, bien sûr, la Russie et la résolution russe à l’Assemblée générale. Ceci est la première chose.

Deuxième chose. Il est évident que ce que Macron est en train de faire n’a de sens que dans le cadre de la politique intérieure. Même pas franco-française, mais je dirais plutôt intra-européenne. Macron se bat très activement pour le rôle de leader dans une Europe unie. La transformation de Merkel en «canard boiteux» et le Brexit britannique lui donnaient quelque chance de devenir un tel leader.

Dans la nouvelle pandémie, la situation a bien sûr considérablement changé. Parce que la France connaît de sérieuses difficultés, contrairement à l’Allemagne. Bien plus sérieuses. Aussi bien avec la propagation du virus, que dans l’économie. Et c’est dans ces circonstances – il faut le souligner -que Macron tente malgré tout de réaliser ce rôle de leader.

Mais ici, comme je l’ai dit, il y a aussi un sous-texte intra-français. La France après la pandémie verra le second tour des élections municipales. Or Macron a perdu le premier tour, je vous le rappelle. Il doit donc marquer des points. Et donner l’impression que la France joue un rôle sérieux sur la scène internationale. D’où ses efforts.

Et bien sûr, l’actuel chef de la Ve République est hanté depuis longtemps par les lauriers de Gaulle. Il veut que la France soit l’un des leaders mondiaux, mais, en fait, il n’y a pas de circonstances objectives pour cela. L’économie française n’est pas si forte. Politiquement, la France est très subordonnée aux États-Unis. Et même à l’Allemagne,pour ce qui est de l’Europe. Donc, l’appel de Macron, ici, n’est qu’une tentative de surmonter cela.

Le Professeur du Département des études régionales étrangères et de la politique étrangère de l’Université humanitaire d’État russe, docteur en sciences historiques Vadim Trukhachev voit dans les actions du président français une tentative de prendre la tête de l’Union européenne, au moment où l’Allemagne connaît de gros problèmes avec son gouvernement:

C’est clair, puisqu’il y a une opportunité, Macron veut se montrer comme un pacificateur.Un politicien mondial. Cet appel est juste. Et personne ne trouvera rien à redire contre une si merveilleuse initiative – mettre fin aux guerres.

Le problème est que cet appel est irréalisable. Et Macron lui-même le comprend parfaitement. Mais encore une fois, il se présente comme une «colombe de la paix». Qu’y a-t-il de mal à cela?

Mais, je pense que Macron essaie également de détourner l’attention de ses propres citoyens de sa gestion du coronavirus. Les choses vont mal en France –on y meurt plus maintenant qu’en Italie et en Espagne. Et donc il doit en quelque sorte détourner l’attention de la population du fait que le pays n’était pas tout à fait préparé pour ce qui se passe. Un peu mieux, bien sûr, que l’Italie et l’Espagne, mieux que la Grande-Bretagne, mais nettement moins bien que l’Allemagne.

“SP”: – Et n’est-ce pas trop cynique de se faire de la réclame, sachant que rien ne suivra les belles paroles, en fin de compte? Personne n’arrêtera ces conflits armés, et surtout pas les États-Unis …

– Il n’est ni le premier ni le dernier. C’est une astuce courante pour un politicien. Et Macron n’est pas nouveau en politique. Il connaît très bien cette technique. Et donc il l’a utilisée lorsque les circonstances l’ont forcé à le faire.

Bien sûr, rien ne suivra ses paroles.

Quant au cynisme, la politique en général est une chose plutôt cynique. Et Macron en ce sens s’est montré comme un politicien ordinaire. Ni mieux ni pire que la plupart.

“SP”: – Au Kremlin, en attendant, ils vont soutenir l’appel de Macron …

– Pourquoi ne pas le soutenir, l’appel est bon. Et Poutine, bien sûr, s’entretiendra avec le leader français, comme il l’espère. Mais ici, par exemple, il m’est difficile d’imaginer une conférence sur la paix mondiale, où le président de la Russie, le président des États-Unis, le président de la RPC et le président de la France siégeraient côte-à-côte. A l’heure actuelle, ce n’est pas possible. Les relations sont trop compliquées entre chacun d’eux. Sauf, peut-être, la Russie et la Chine – on peut les imaginer. Pour le reste, tout au plus, on s’assiéra, on parlera et on se séparera.

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Le président américain a accusé Maduro de distribuer de la drogue aux US (sic !) et envoyé des navires de guerre. Je crains beaucoup un “coup de force” militaire au Vénézuela à la veille des élections US. Souvenons nous de Réagan envahissant l’île de Grenade, sans enjeu et sans risque, pour redorer son blason.