Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

A propos d’une “affaire” qui provoque les passions françaises: j’accuse…

Mon opinion sur une affaire où chacun parait vouloir conforter le pire de notre société.

A propos de l’affaire Polanski, il faut en tirer d’abord une leçon: le viol en particulier sur mineur est un crime et son châtiment ne doit pas connaitre de prescription. Mais il faut également imposer que toute accusation corresponde à un jugement et pas à un lynchage médiatique. Celui-ci exercé sans preuve autre qu’une déclaration doit donner lieu à poursuite pour diffamation. Mais en revanche la victime doit être mise en en position d’écoute et aidée, bénéficier dans l’enquête d’un soutien, elle a presque autant à perdre que l’accusé dans cette enflure médiatique et ces passions nourries par la rumeur.

Certaines féministes sont sans doute convaincues que les excès actuels, sous couvert de féminisme, aident à l’élaboration d’une nouvelle légalité: en effet les questions d’émancipation féminine ont souvent une connotation de “transgression”et donc la volonté de choquer accompagnerait la dénonciation d’un ordre bourgeois, machiste. Pourtant en rester à la transgression nous conduit sur le fond à oublier que l’émancipation féminine a aussi une dimension économique et que celle-ci est le fond. Faire passer à la trappe cette situation de subordination c’est non seulement ne pas accorder au féminisme sa portée politique réelle, mais c’est l’isoler, l’affaiblir. C’est ce qui est apparu dans ce mouvement,une sorte de lynchage dont tous les hommes feraient les frais et Polanski a donc bénéficié du statut de victime de ces incontestables excès. L’intérêt du public pour le film “j’accuse”, le vote massif et majoritaire de la profession en la faveur du “réalisateur” allait bien au-delà du fait que le film est une oeuvre collective et qui en tant que produit doit être détaché de son auteur principal ou considéré comme tel.. Cela témoigne d’une réaction qui a des aspects positifs, le refus du lynchage, la morale et les oeuvrs etc, et d’autres moins comme la confirmation du machisme. Etait-il nécessaire de rassembler tous ces gens-là ? Comme par exemple, transformer cette résistance à l’appel contre Polanski en fruit du “lobby juif” est une ignominie qui tente de nier l’erreur de l’angle d’attaque choisi. Il n’est pas besoin d’être juif pour ressentir comme un malaise à voir des gens s’attaquer à un individu sur la seule foi de témoignages datant de plus de 50 ans pour certains, l’opinion publique déchaîné suppléer à un procès et pour sentir là le danger de l’extrême-droite. Il suffit de se souvenir des ligues de vertu obtenant l’exil de Charlie Chaplin en plein maccarthysme et plus récemment les fausses accusations de viol contre Assange pour réclamer d’autres méthodes. Donc, il faut sans doute arrêter le cirque et rassembler autour de la nécessité de l’absence de prescription mais aussi le refus de tout lynchage médiatique hors procès.

Deux, il faudra bien analyser les mœurs d’une époque, la fausse liberté dont ont été victimes ceux que l’on prétendait libérer, et cette affaire là existe toujours de nos jours. Le milieu du cinéma, celui des médias, celui de la politique mais aussi les relations dans le travail, donnent lieu à l’exercice d’un pouvoir qui est tyrannique. Le viol obtenu par apparent consentement sous la pression d’un droit à l’emploi voire à une carrière demeure un viol.

La plupart des faits imputés à Polanski appartiennent au années 70 et le moins que l’on puisse dire c’est que à cette époque le “jouissons sans entrave des “gauchistes” mais aussi de la bourgeoisie et du capital, a connu une très grande publicité, toute critique étant imputée à dieu sait quoi, l’Union soviétique et tous les régimes socialistes étant fréquemment accusés de pudibonderie réactionnaire. C’était le libre renard dans le libre poulailler. Le seul principe à défendre me paraît toujours être ce qui se passe entre adultes libres et consentant ne relève pas des tribunaux, ni de l’opinion publique.

C’est à partir de ce contexte social vers lequel on souhaite une évolution que l’on peut juger d’un cas et trouver par exemple des circonstances atténuantes à celui qui a accompli le crime dont il est convaincu par un tribunal:le fait d’avoir été lui et sa famille victime du nazisme, d’avoir de là atterri dans “la liberté hollywoodienne” ou du tout Paris, d’avoir eu sa femme Sharon Tate enceinte de Huit mois exécuté par une bande de cinglé avec un gourou satanique. Ce qui peut créer les circonstances d’un déséquilibre passager et de là la prise en compte d’un autre mode de vie, le non renouvellement. Mais cela doit être le produit d’un jugement, pas d’un déchaînement sur les réseaux sociaux.

Les communistes que l’on a prétendu pudibonds, exprimaient souvent le bon sens populaire qui souvent raison garde sur ces différents points. S’engouffrer comme le font certaines féministes ou à l’inverse certains légalistes dans les vices d’une époque ou dans les défauts de notre droit tel qu’il est me parait une mauvaise méthode,être révolutionnaire c’est mettre en cause réellement les modes d’oppression tels qu’ils sont et pas tel qu’on voudrait nous les imposer.

Bien sur toutes ces propositions méritent un débat collectif avec en particulier des gens dont le droit est le métier et qui connaissent par exepérience le danger d’une prise de positio.

Danielle Bleitrach

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La vague libertarienne, qui après avoir grossi a déferlé dans les années 70 du XXème siècle, est en train de refluer. Il en reste beaucoup de positif, mais aussi du nauséabond. C’est normal. Ces grands mouvements de la civilisation sont au-delà de nos jugements. Juger depuis le XXIème siècle, avec des décennies de retard, n’a guère de sens.
https://lemoine001.com/2020/01/17/le-desir-au-xxeme-siecle/