Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Macron à strasbourg : Du séparatisme communiste au séparatisme musulman

Cet article a le mérite de nous dévoiler la manipulation grâce à laquelle Emmanuel Macron espère sauver les meubles aux municipales. Pourtant il ne me satisfait pas totalement : pourquoi est-ce que Macron part sur le thème du “séparatisme musulman” qui apparemment mord sur le terrain de son adversaire d’élection, Marine le Pen? Quelle tactique ?

Pourtant à la conférence de Munich sur la “sécurité”, où le Président Macron avait fait une ^prestation remarquée, il avait esquissé d’autres possibles, susceptibles d’apeurer les bourgeois et le troisième âge- si ces derniers ne font pas leur compte en mesurant ce que leur coûte la Macronie.

Ces thèmes, dont s’était emparé Macron à Munich, n’avaient aucun rapport avec “le séparatisme musulman”. Il avait dénoncé rapidement le vrai danger de l’extrême-droite et du suprématisme blanc recourant à la violence, oui, rapidement car il ne fallait pas fâcher les USA qui visiblement en font leur chou gras dans leur croisade contre la Chine. Il y avait aussi la manière dont il avait accusé Poutine d’avoir tendance à se mêler des élections si démocratiques de l’occident, tout en appelant au dialogue avec la Russie. I n’avait pas non plus paru chaud bouillant pour proclamer l’horreur du péril jaune comme prétendait l’imposer Trump et ses sbires -par parenthèse ce thème prouve quoiqu’en dise l’auteur de l’article que le communisme a encore quelques beaux jours devant lui en matière d’épouvantail.

J’en conclue qu’il faut aller plus loin sur ce thème du “séparatisme musulman” en suivant le parallèle gaullien auquel l’article nous invite : Dans le fond, De gaulle dénonçait le “séparatisme” communiste parce que cela lui permettait de bloquer la situation en sa faveur: Il privilégiait un adversaire tout en organisant “le plafond de verre” pour l’empêcher d’accéder au pouvoir.

Depuis Mitterrand, le PCF ayant été muselé, la même tactique a été adoptée avec le Front National. Elle a fonctionné vaille que vaille jusqu’à ce jour. Celle-ci fait eau de toute part et l’adversaire privilégié risque de prendre votre place tant est élevée l’impopularité de Macron et de sa bande..

Difficile de s’attaquer au danger communiste, non seulement parce que le PCF a mis quelques empressements à s’effacer du paysage politique, mais parce que le mouvement de contestation s’enfle de telle sorte qu’il devient dangereux de réveiller la lutte des classes. Mais on peut toujours se déplacer sur le terrain de l’adversaire privilégié pour diviser le mouvement en fachos et cocos ou assimilés.

Il y a quelques règles en matière électorale, la première est que l’on ne refait pas un terrain, on l’utilise. Là c’est soit la révolte contre la politique du gouvernement, la haine de l’arrogance, bref quelque chose qui a à avoir avec la lutte des classes ou c’est quelque chose qui renvoie à classe laborieuse, classe dangereuse ou “salauds de pauvres”, peur du déclassement pour les couches moyennes attaquées de toutes part par la politique du pouvoir… C’est le canada dry de la lutte des classes, la lutte des “races” qui s’accommode si bien avec la lutte des places… Le tout matinée d’une défense de l’Europe contre les nationalistes au front étroit ou supposés tels, et pour cela le dévoiement de la laïcité et des principes républicains.

En ce qui concerne les élections municipales, les consignes sont claires, il faut essayer de jouer les “coucous” en soutenant des listes, en se glissant dans d’autres, en masquant l’appartenance à la LERM, bref s’implanter en catimini à n’importe quel prix. Il est vrai que la plupart des partis au fait de leur impopularité ont réussi à faire de même, sans parler des verts et d’autres qui provoquent de bien étranges rassemblements quand il s’agit de faire la peau à un maire communiste. Tout cela donne à la fois le vide et le trop plein de la période. Castaner a même tenté de supprimer l’étiquette politique de la grande majorité des communes. Ce désordre peut-il être utilisé en créant l’occasion d’alliances sur le grand n’importe quoi, quitte au deuxième tour à appeler au rempart contre “le fascisme” . Alors on reprend l’affaire par un autre biais, celui d’un Sarkozy à la veille de perdre qui s’est mis à nous la jouer identité nationale, pour piquer des voix et pour “dépolitiser” les élections. Pour cela, il faut dire la même chose que Marine le pen tout en prétendant défendre la république menacée de tous les côtés à la fois.

Bref en dénonçant le “séparatisme communiste” De Gaulle politisait parce que la France des trente glorieuses avait produit un contentement général,que De Gaulle avait été écarté du pouvoir et pouvait bénéficier des acquis de la libération partagé avec les communistes. En dénonçant le “séparatisme musulman” Macron tente de “dépolitiser” une situation explosive où il détricote les conquis de la même période. Il y a rarement des analogies parfaites en Histoire. (note de Danielle Bleitrach)

Vieilles lunes, nouvelles sorcières · Le président de la République Emmanuel Macron doit prononcer à Mulhouse, mardi 18 février 2020, un discours contre le « séparatisme » musulman, dont il espère faire un thème central de sa campagne bien mal partie pour les élections municipales. Avant de se lancer, il aurait dû réfléchir à l’expérience de son illustre prédécesseur Charles de Gaulle, engagé dans la lutte contre le « séparatisme communiste ».<

« Notre premier devoir, c’est de guérir cette plaie affreuse du séparatisme, c’est de refaire l’unité nationale à partir de laquelle on refera, sans aucun doute, la puissance, la prospérité, le bonheur de la France… »1. Qui est l’auteur de cette envolée lyrique ? Emmanuel Macron ? Ou celui dont il disait s’inspirer au début de son quinquennat « vertical » : Charles de Gaulle ? Évidemment le second !

Si ce discours date de 1952, c’est en 1947 que de Gaulle, écarté du pouvoir et qui cherche à y revenir, crée son propre parti politique, le Rassemblement du peuple français (RPF). C’est le moment où il commence à dénoncer le « séparatisme communiste », celui d’un parti très puissant (un quart des suffrages environ) à l’époque, qui fait peur et suscite la haine dans les milieux bien-pensants. Dans un discours célèbre prononcé à Rennes le 27 juillet 1947, il s’écrie :

Mais, si l’unité nationale put être maintenue malgré ceux qui avaient accepté la loi de Hitler, tout le monde sent qu’elle est aujourd’hui et de nouveau en péril. Je dis qu’elle est en péril par le fait d’un groupement d’hommes, dont ceux qui les mènent placent au-dessus de tout le service d’un État étranger. Je le dis avec d’autant plus de force que j’ai moi-même, comme c’était mon devoir, essayé, jusqu’aux limites du licite et du possible, de les attirer vers le service de la France. Oui ! À la Libération, j’avais, avec la Résistance tout entière, jugé qu’il fallait offrir à ces « séparatistes » l’occasion de s’intégrer dans la communauté nationale.

En 1951, le RPF perd les élections législatives. À nouveau de Gaulle tente de relancer ce thème du « séparatisme », comme l’indique la citation en tête de cet article. Une campagne s’organise. Dans d’innombrables meetings, les orateurs gaullistes clouent au pilori ceux qui regardent vers Moscou, et ses fidèles se bagarrent avec les militants du Parti communiste, faisant ici et là des victimes. Cette campagne va durer un peu plus d’un an, mais elle ne permet pas de remobiliser, et nombre de députés RPF désertent, cherchent à rallier telle ou telle force, se précipitent vers « la gamelle ». En 1953, l’échec de de Gaulle est acté. Il se retire de la vie politique, voyage en Afrique avant de rentrer à Colombey-les-Deux-Églises.

REMPLACER MOSCOU PAR LA MECQUE
Près de 70 ans plus tard, son lointain successeur reprend le thème dans l’avion le ramenant d’Israël fin janvier 2020 : « Il faut essayer de dire sans diviser. Il faut accepter, en disant de parfois bousculer. Mais il faut accepter qu’il y ait, dans notre République aujourd’hui, ce que j’appellerais un séparatisme. » On peut se demander quel conseiller en communication lui a soufflé ce thème destiné à remplacer le communautarisme et sa menace, et s’il a conscience de prétendre se mettre dans les pas du général de Gaulle. Ou, peut-être dans ceux d’un autre de ses prédécesseurs, François Mitterrand, ministre de la IVe République qui dénonçait la montée de « mouvements séparatistes » en Afrique, identifiés au communisme, et prônait « l’insertion des pays colonisés dans une communauté plus vaste et plus puissante » — c’est-à-dire une Union française qui ébauche ce que sera la « Françafrique »2. Moins de trois ans plus tard, les “séparatistes” sont “séparés” et, pour certains, gardent le pouvoir plusieurs décennies. durant

Plus proche de nous, dans Le Figaro du 19 mars 2018, cent intellectuels, allant de la droite la plus radicale à la gauche islamophobe signaient un texte en ce sens, mais avec assez peu d’échos, sinon un soutien de Manuel Valls, qui cherche à faire oublier des échecs successifs en France comme en Espagne — comme par hasard, on apprend que le personnage vient de se réconcilier avec Emmanuel Macron.

Comme de Gaulle, Macron est en difficulté au plan politique, à la veille d’échéances électorales majeures et a besoin de se « refaire », comme disent les joueurs de poker. Mais la cible a changé, les communistes ont été remplacés par les musulmans. Les séparatistes, accuse-t-on, ne regardent plus vers Moscou, mais vers La Mecque, Riyad, Doha ou Ankara.

Cependant, comparaison n’est pas raison et on aura du mal à comparer la force du Parti communiste au début des années 1950, représentant un quart de la population, avec les différents courants de l’islam politique en France, implantés très localement, divisés, parmi une population qui ne représente qu’une minorité des habitants de l’Hexagone. Et si on nous promet un projet de loi contre le séparatisme, on conçoit mal ce qu’il peut contenir de nouveau. Si l’on en croit Le Point (6 février), on veut supprimer les cours de langue et de culture d’origine, enseignements assurés par du personnel venant de Turquie ou du Maghreb, sous prétexte qu’ils véhiculeraient des idées contraires à celle de la République. Noble objectif, mais la République est-elle disposée à assurer ces cours avec ses propres enseignants ? On peut en douter quand on connaît le statut de l’enseignement de l’arabe en France.

Les vieilles sorcières communistes ne font plus peur, il faut en trouver de nouvelles, et l’islam politique est tout désigné. Les nouveaux inquisiteurs préparent des bûchers pour sauver leur peau électorale. Pourtant, le précédent gaulliste démontre en l’espèce qu’on peut tout faire avec le « séparatisme », sauf gagner des élections.

JEAN-PIERRE SERENI
Journaliste, ancien directeur du Nouvel Économiste et ex-rédacteur en chef de l’Express. Auteur de plusieurs… (suite)

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