Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Affaire Griveaux : le paysage après la bataille.

L’excellent site “vu du droit” avec son rédacteur Régis de Castelnau, qui est une sentinelle “du droit”, mais qui incarne aussi quelque chose de très français dans lequel nous nous reconnaissons aisément: l’impertinence, la paillardise et pourtant les vertus républicaines austères d’un Robespierre, le tout portant in fine la dénonciation de l’hypocrisie, la haine de la tartuferie autant que de l’arrogance qui veut passer pour de l’autorité. Il y eut me semble-t-il sous la Commune un général de ce nom là, et il en reste un panache: “la canaille, j’en suis!”. Bref Histoire et societe lui laisse dire ce que cette “pantalonnade” nous inspire à autres sans-culotte : du mépris.

Pour un cerveau lent, surtout avec les désormais officiellement sataniques réseaux sociaux, il n’y a pas plus urgent que de laisser passer un peu d’écume sur les bas instincts rigolards et ripailleurs… bref : gaulois, réfractaires et bien peu luthériens. Découvrir le roi nu « en live » – ou du moins son sous-intendant en sous-chef mais néanmoins quintessence invraisemblable de l’arrogance la plus crasse et brute – et « la main dans le sac » (si on peut dire), c’est forcément un moment où la sidération navrée le dispute au nécessaire besoin d’ouvrir enfin les vannes. Plus le Schtroumpf à lunettes se montre détestable d’hypocrisie, plus on jubile (mais on a honte, hein !) de voir son propre boomerang lui revenir impitoyablement dans la gueule.

Alors d’accord.

D’accord, la méthode est dégueulasse, minable, infecte. D’accord, le fait que ça tombe sur le plus flamboyant des faux-culs de cette mafia infantile de caïdomanes cooptés et déniaisés de traviole en décuple le caractère burlesque et cathartique. D’accord, ça n’augure rien de bon quant à l’état réel de nos sociétés et Institutions, entre amerloquisation puritaine devenue pavlovienne par la force de l’habitude, assignations imbéciles à la transparence des Tartuffe de tous (à) poils et inclinations gestapo-maccarthystes à la délation civique au service de la Vertu et du Bien (puisque comme chacun sait, le Mal, c’est l’autre). D’accord, que l’un des plus zélés et frénétiques – à défaut de bravoure, puisqu’il en a déjà maintes fois donné la preuve – mercenaires de ce « nouveau monde »-là s’effondre piteusement comme un soufflé, après avoir violemment raillé tous ses adversaires dans des termes et selon des considérations qui n’étaient pas beaucoup plus dignes que la massue qu’il a reçue en pleine tronche, ça donnerait presque l’illusion qu’il y a une justice quelque part, alors qu’on la croyait passée par pertes et profits. Oui mais d’accord, mais y a-t-il une justice quand, précisément, il n’y en a plus ?
Et après ? On peut le déplorer. S’en étonner un peu moins. Mais alors que faire ?

C’est bien le problème.

A force d’humilier tout le monde en permanence, à force de mépriser, insulter, escroquer, ridiculiser, diffamer systématiquement et impunément tous ceux qui se permettent pourtant poliment, dans les formes requises, de sonner l’alarme, de demander à être entendus et – surtout ! – pris en considération, à force de confondre la mission de responsable politique et le job de manager, on s’expose à des lendemains de cuite douloureux. Sur quelles règles doit-on ou peut-on être juste quand ceux qui sont censés les garantir se torchent ostensiblement, chaque jour, avec ? Jusqu’où faut-il être loyal envers un adversaire – qui se définit lui-même comme rien de moins qu’un ennemi, d’ailleurs, il n’y a qu’à se rappeler un certain nombre de propos du gugusse, ou ceux du Préfet Lallement (« nous ne sommes pas du même camp »), ou encore tous ceux de ce choeur de vierge effarouchées qui n’ont jamais vu la moindre « violence inouïe » dans les mutilations et les traitements indignes que subissent, depuis maintenant 2 ans, un certain nombre de manifestants pacifiques – qui a ostensiblement fait le choix de ne pas l’être, loyal ?

C’est quoi, la « violence » ? C’est où ?

Divulguer l’image d’une bite que la prudence élémentaire aurait dû suggérer à son « tenancier », ne serait-ce qu’eu égard aux fonctions auxquelles il aspire, de tenir un peu plus sous bonne garde ? Ou cracher à la gueule de tout le monde, administrés comme adversaires, tout le dédain qu’on a pour eux, dût-on les estropier, les éborgner, ou les soumettre sans cesse à des chantages « démocratiques » de plus en plus insupportables ? L’Épuration, c’était mal, vilain, violent, « un peu excessif ». Mais ça n’est pas faute d’avoir envoyé quelques signaux pendant 5 ans d’Occupation barbare pour avertir que si jamais le vent tourne, il y aura peut-être des gens un peu en colère. On ne se laisse pas mener à la baguette ou à la schlague, des années durant, par des connards aussi pleutres que parvenus, aussi arrogants que corrompus, aussi charognards qu’insatiables, sans nourrir un minimum de ressentiment à leur égard. Pour la République, à tort ou à raison, on a coupé des têtes. Pour la restaurer, on s’est contenté, avec plus ou moins de discernement, d’en tondre. Si, désormais, « la bite à Griveaux » est devenue un symbole de la République, ça promet…
On peut le déplorer – et je suis le premier à le faire – mais enfin ça n’est pas faute d’avoir essayé de prévenir… quitte à n’essuyer que des haussements d’épaules amusés, des amalgames plus ou moins infâmes et, finalement, surtout de l’indifférence tant que « ça pourrait être pire » (« allez faire un tour en dictature », comme dit l’autre… faut-il être un jean-foutre de compétition !). Les gens sont capables de supporter beaucoup, beaucoup trop et beaucoup trop longtemps mais lorsque le couvercle de la cocotte-minute saute, il ne prévient pas et l’on perd vite tout contrôle. Et il est alors trop tard pour « regretter ». Refuser de le comprendre, c’est prendre une lourde responsabilité. « Assumer », alors, devient bien plus qu’un vain et lénifiant élément de langage. Ceausescu et Mussolini aussi ont fini par « assumer ». Quand les gueux demandent, des décennies durant, un dialogue loyal et s’entendent invariablement rétorquer « cause toujours » ou « qu’ils viennent me chercher », jusqu’où doit-on les accabler quand, l’ayant enfin trouvé après bien des péripéties périlleuses, ils lui font la fête ? Un peu potache, sans doute, mais abondamment nourrie.

Rondement menée

Pas la branlette, non. On n’en sait « foutre » rien (et c’est heureux) mais l’enquête. Célérusse ! (De « célérité » qui signifie « rapidité » et « Russes » qui signifie « salopards vicieux »). Dans l’affaire, grâce à laquelle on va pouvoir légiférer encore un peu plus sur le poison de « l’anonymat des réseaux sociaux » en corsetant un peu plus le champ des choses légalement exprimables (pour plus de transparence et de « respect de ceux qui ne sont pas d’accord »), on a en fait très rapidement eu les noms. Ils ne se sont d’ailleurs même pas donné la peine de se cacher : un renégat-mais-en-même-temps-pas-tout-à-fait notoirement complètement givré (flanqué depuis peu d’un Benalla étrangement discret, contrairement à ses habitudes) et un « invité » russe qu’on trouvait « formidablement inventif » tant qu’il n’était qu’ »opposant au vilain Poutine » mais à qui, depuis, on commence à trouver de drôles de poux dans la tête sans forcément se soucier, d’ailleurs, de la cohérence des poux entre eux (et pourquoi pas des punaises de lit, tant qu’on y est ?). OUF ! Que de la séditiosphère qui fait rien qu’à chercher des noises à la démocratie. Des bridés et des Russes. La fourbosphère appuyée par les naïfs plébéiens mauvais coucheurs qui n’ont toujours pas compris que l’enjeu depuis 2017 était, comme le confiait un adepte au Point en 2017, d’être « pour Macron » ou « contre la France »,
Il n’y a forcément que de mauvais esprits pour se demander à quoi bon, au fond, torpiller Griveaux en pleine ascension alors même que ladite « ascension » était pour le moins laborieuse. Il n’y a que des complotistes pour imaginer que dans la tête de ces gens-là, quitte à subir une « branlée », mieux vaut couper la main qui tient le manche : de collective, l’humiliation ne reposera que sur un seul homme. On a peu de vertu, chez ces gens-là (en dépit des postures) mais encore un peu de suite dans les idées.

Et la vie privée, bordel ?

Là encore, il ne suffit pas de se lamenter. Encore faudrait-il constater qu’avec les téléphones portables et Internet, il n’y en a plus. Il n’y a plus que des moyens d’échapper, avec plus ou moins de succès, aux radars. Mais ça ne date pas des seuls téléphones et Internet : bien avant ça, la culture tabloïd – celle-là même que l’inénarrable BHL vient de condamner de toute sa splendeur, oubliant là encore qu’il en est un des acteurs les plus prolifiques – avait posé ses balises. On n’a pas attendu les smartphones et les réseaux sociaux pour voir une ministricule, future prétendante à la Présidence de la République, inviter les tabloïds à la maternité où elle venait d’accoucher (« prenez et mangez-en tous, ceci est mon gosse… ah non pardon, c’est mon placenta. Et ça, c’est l’épisiotomie. Coupez, elle est bonne. C’est bon ? Ca fait assez peuple ? »). Ni, sur ces seules 15 dernières années, finir par considérer comme incontournable pour tout « aspirant présidentiable » de passer par l’épreuve – et encore, « épreuve »… – du photo-reportage sur Paris-Match/Closer/Gala sur le thème « ma vie de Français moyen, ma famille, mon pilier inébranlable et je repasse moi-même mes culottes ». Et en matière d’exhibition obscène, il faut reconnaître que le copain de Mimi Marchand, l’élève modèle, notre jovien prince-enfant-philosophe-roi a mis – si j’ose dire – le paquet.

Mais il y a plusieurs formes d’assassinat.

L’assassinat politique, c’est nul, c’est pas gentil, c’est moche, c’est dégueulasse, ça pue, c’est indigne et en plus, il paraît que ça n’est pas toujours très très fair-play… sauf que non seulement ça ne date pas d’hier mais, en outre, l’Histoire montre qu’on y survit. Un des exemples les plus notables étant Mitterrand (on va finir par croire que je lui en veux) qui a réussi le tour de force de s’assassiner tout seul (alors que d’autres se faisaient suicider) à l’Observatoire. Il n’en a pas eu de trop graves séquelles. En France, les scandales et les histoires de cul ne sont pas mortels (et c’est heureux !), sauf s’ils se superposent à d’autres nullités avérées dans tout le reste (ou s’ils sont instrumentalisés dans une quelconque resucée loupée de machin-gate, pour faire « genre », « cool » et « swag » ou pour « inspirer confiance » à qui l’on sait et qui, de son côté, affiche un goût assez modéré pour la bagatelle, à part sous la contrainte).
L’assassinat social, lui, est plus récent. Et directement importé d’outre-Atlantique par un mélange assez malsain de vanité veule et de capitulation teigneuse. Celui-ci touche n’importe qui et, dans nos contrées assez peu enclines à l’austérité vertueuse et luthérienne, c’est relativement nouveau. Du moins depuis qu’on a viré les derniers luthériens austères et vertueux qui prétendaient nous apprendre nos bonnes manières. Cet assassinat-là est infiniment plus ravageur.
A l’ère des « selfies de bite » (que l’ensemble de la presse non-militante nomme, dans un amusant unanimisme pudibond, « vidéos à caractère sexuel »… ben oui : c’est une bite), n’importe qui peut tomber par ce à quoi il s’agrippe. Il serait peut-être temps d’apprendre ou réapprendre à tout le monde – oui, tout le monde – que ce qu’on dit ou ce qu’on fait, où qu’on le dise ou que le fasse, est susceptible d’avoir des conséquences (et ça n’est pas qu’un problème de « réseaux sociaux » mais bien de « bêtes » relations sociales).

Qu’un sous-off-adjudant-manager con comme j’vous-dis-pas explose en plein vol, humilié, ridiculisé, démasqué, après avoir fait l’hélicoptère avec j’vous-dis-pas pour toiser, insulter et pisser sur tous les gueux qui ne réclamaient qu’un retour à une certaine décence, une certaine dignité, ça a presque le goût d’un retour de bâton providentiel. En revanche, sur Terre, cet homme a une famille, des enfants. Ce qui vient de lui tomber sur la gueule, je ne le souhaite absolument à personne et j’ai la naïveté de croire que je mouline – un peu dans le vent, peut-être – pour que les choses ne se terminent pas de cette manière – ou pire, parce que j’ai bien peur qu’on n’en soit qu’au début. Quant à ce qui vient de tomber sur la gueule de sa famille ou de ses enfants, j’ai beaucoup de mal à en rigoler.

N’empêche que si l’on s’accorde à trouver la méthode dégueulasse, il faudra bien que ceux qui en ont le pouvoir fassent en sorte que d’autres soient possibles. C’est un peu, croyais-je bêtement, le B-A-BA de la mission qui leur est confiée.
A moins qu’ils n’en aient pas envie, ou qu’ils ne sachent même plus…


La naïveté ou l’inconséquence, à l’âge adulte, ne sont plus des excuses valables. Et dans certains cas, ça pourrait même virer à la circonstance aggravante.

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Enfin une analyse au top , je me suis régalé de cette lecture