Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La littérature est toujours propagande allez savoir pourquoi

Je veux une fois de plus vous faire un cadeau, j’en ai plein les bras mais parfois ceux-ci m’en tombent quand je vois le peu de prix que vous attachez à ce que l’humanité conserve comme le meilleur  d’elle-même. Pourtant vous qui prétendez en tant que gens de gauche, communistes mêmes, faire le bonheur de l’humanité, vous devriez vous interroger: les rois, les présidents, les nains qui se disputent la pésidentielle française seront totalement oubliés, ils sont même on le dirait tout exprès bâtis pour l’oubli… Alors que l’on se souviendra toujours avec amusement et reconnaissance de celui qui décrivait les vagabondages et les espiegleries de gamins tom Sawyer et Huckleberry  Finn sur les bords du Missipi en profitant au passage de mettre à mal l’esclavage et l’hypocrisie… Mark Twain.. pour citer celui dont il sera question ici, imprimeurn vagabond, chercheur d’or, confédéré, une personnalité aussi complexe et aussi versatile (au sens anglais du terme) que celle de Samuel Fuller dont je vous parlais dernièrement. un simple humoriste comme il se présentait lui-même mais qui subsistera quand le nom de Sarkozy sera aussi oublié que celui d’Albert Lebrun ou Deschanel…

Mark Twain disait des Etats-Unis : “Dans notre pays, nous jouissons de trois choses les plus précieuses qui soient: la liberté de parole, la liberté de conscience et la grande prudence de ne pas les exercer”… Voilà ce que tous, je dis bien tous nos journalistes ont à coeur de pratiquer à tel point que l’unanimise est désormais de mise non seulement aux Etats-Unis mais dans ce qui fut la patrie de Beaumarchais. La preuve par l’omerta sur la guerre, les guerres plutôt, son coût réel… Ou encore l’idée qu’hors l’Europe et le marché point de salut… Mais revenons à Mark Twain et à ce livre passionnant d’articles anti-impérialistes qu’il nous présente.

Un certain nombre de textes de ce livre n’ont pas été publiés de son vivant  parce que même s’il se lance dans la mêlée il utilise parfois pour lui-même cette grande prudence de ne pas exercer la liberté de parole puisque celle-ci est selon lui “le privilège et le monopole des morts”…

A ce propos, je n’ai jmais pu croire à une survie après la mort mais si jamais je m’étais trompée il y a quelques personnes avec qui je voudrais bien partager l’éternité, la liste n’est pas exhaustive mais quelques noms vous diront un choix plus général: Diderot, Mark Twain et Nanni Moretti. Déja ceux-là nous préserveront du pire… Ce sont des esprits libres mais toujours préoccupés de cette grande prudence pour être entendu, pour être dans les règles du jeu (je n’aime pas les gauchistes, armons-nous et partez).

Mais ces esprits là un jour se disent que la résignation n’est pas une vision crédible et que même s’ils échouent il faut ce qu’il faut  parce que trop c’est trop, les bigots, les cafards et tout ça qui va dieu sait où…  J’aime en outre ces gens qui n’arrêtent pas et  ont eu conscience que leur esprit était une machine travaillant vingt quatre heure sur vingt quatre. Mais une machine étrangère à soi qui s’impose à son propriétaire, une machine même pas assujetti à son influence. Pasolini disait que l’on croît qu’un intellectuel mène une vie brillante, en fait il est seul, des heures entières , une idée qui se fiche dans un cerveau c’est obsédant et difficile à exprimer tant que la forme n’est pas là…  Ils aboutissent souvent en fin de vie à un dilemme qui est aussi celui d’Eistein : un conflit entre la force morale qui s’impose à eux, la nécessité de s’adresser à l’humanité en vue de son perfectionnement et un désespoir imprégné de darwinisme social, où l’on ne peut rien arrêter et d’ailleurs est-on sûr que cela soit un bien ? C’est ceux-là que j’aime pas les mondains à la BHL, non j’aime les besogneux avec qui passer l’éternité sans se dire un mot en tentant chacun dans son coin d’aboutir à quelque chose de juste, d’évident…

C’est un petit grand éditeur qui manque de prudence, c’est tout à son honneur, qui a édité ce recueil de textes anti-impérialistes et pacifistes d’une grande dignité morale et d’un esprit sarcastique. Les éditions Agone.  Mark Twain nous présente l’arrivée du petit dernier dans la grande famille des pilleurs: Les Etats-Unis. Il est le dernier mais non le moins expantionniste dans un aéropage qui pourtant a quelques grands voyous, de grands barons voleurs et le tout sous le drapeau de la chrétienté “toute débraillée, entachée et déshonorée”, flétrie par son soutien aux guerres coloniales, où elle a envoyé, en supplétifs, ses armées de missionnaires, qui en reviennent “les poches pleines d’oseille et la bouche pleine de pieuses hypocrisies”.

On croirait qu’il parle des grands démocrates ceux qui ont décidé de faire la révolution en Libye pour mieux garder les choses en état chez eux… je vais chercher le moyen de vous scanner un des textes que je préfère puiqu’il dénonce l’attitude envers la Chine et Cuba. Un peu long… Mais en attendant voici un morceau de bravoure :

“Apporter les bienfaits de la civilisation à nos frères assis dans les ténèbres a été une bonne affaire et nous a beaucoup rapporté. mais les peuples assis dans les ténèbres commencent à se faire trop rares et trop timides. la plupart ont eu droit à plus de lumière qu’ils n’en avaient besoin. Nous avons été peu judicieux. Le trust Bienfaits-de-la-civilisation, s’il est administré avec sagesse et précaution est une véritable perle. Il y a là plus d’argent et plus de territoires que dans tout autre jeu. mais les peuples assis dans les ténèbres sont maintenant suspicieux des bienfaits de la civilisation. Plus encore- ils ont commencé à les examiner et ce n’est pas une bonne chose. les bienfaits de la civilisation sont une bonne chose, et commercialement forts profitables. Tant qu’il n’y a pas trop de lumière.”(p.78)

ou encore

“Il est pénible d’observer et de s’apercevoir à quel point les coups sont mal joués tant ils sont bizarres et maladroits. Mr Chamberlain produit une guerre des matériaux tellement inappropriée et tellement fantaisite qu’elle chagrine les loges et fait rire le poulailler, et il fait de gros efforts pour se persuader qu’il ne s’agit pas d’une razzia privée en quête d’argent mais qu’elle possède quleque part une sorte de respectabilité vague et floue, si seulement nous parvenions à en trouver l’endroit précis; “(p.79)

On croirait voir un Claude Guaino (? j’ai déjà oublié son nom) ou un Juppé en train de défendre l’expédition libyenne tandis que toute la basse cour de l’opposition s’exastasie sur la France éternelle et son drapeau victorieux sur les sables du désert, drapeau de Valmy qu’il sont en train de rouler dans la boue… La grande prudence de la presse, de toute la gauche réunie alors même que chacun s’auto-persuade qu’il ne s’agit pas d’une razzia privée en quête d’argent

Oui mais qui peut savoit ce qu’en pense le peuple français ? Là permettez moi un retour à Heine qui le connaît si bien (2).

Avec quelle singularité la crédulité se lie, en France, chez le vulgaire, au plus grand scepticisme, c’est ce que j’ai pu remarquer il y a quelques soirées de cela place de la Bourse, où s’était posté un gaillard avec un télescope qui, pour deux sous, montrait la lune. Il racontait en même temps aux badauds qui l’entraient combien cette lune était grande, combien elle comptait de milliers de lieues carrées, et qu’il y avait là des montagnes et des fleuves, qu’elle était éloignée de tant de milliers  de lieues de la terre, et d’autres choses merveilleuses de ce genre qui donnèrent à un vieux portier qui passait là avec son épouse l’envie irrésistible de dépenser deux sous pour contempler la lune. Sa chère moitié s’ y opposa toutefois avec un zèle tout rationaliste et lui conseilla plutôt de dépenser ses deux sous pour du tabac: ce n’était que superstition tout ce que l’on racontait de la lune, de ses montagnes et de ses fleuves et de sa taille inhumaine, et l’on avait inventé cela pour tirer de l’argent de la poche des gens” (P.83 et 84)

C’était aussi ce que disait Politzer quand le théoricien du nazisme Rosenberg était venu dispenser son enseignement mystificateur sur les mythologies raciales… Le peuple français est trop épris de clarté gauloise… Naïf mais sceptique sur le fond et il attend simplement que quelqu’un lui tienne des propos sensés et lui explique clairement comment tout cela a été inventé pour tirer l’argent de la poche des mêmes pour les mêmes…

(1)Mark Twain La prodigieuse procession et autres charges, préface de Thierry Diespolo, avant-propos et traduction de l’anglais par Bernard Hoepffner, Agone, 2011

(2) Le livre de heine dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprise Lutetia, correspondances sur la politique l’art et la vie du peuple…

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