Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Face à la crise européenne, la Chine en déduit: “Nous devons diversifier nos investissements

Cet article publié par le quotidien du peuple, l’organe central du Parti Communiste chinois confirme celui publié sur ce site lundi 27 septembre 2011. Il souligne en particulier deux point qui me paraissent essentiel dans la position chinoise. Premièrement, l’analyse de la crise est lié au refus de changer de l’Occident, pour faire face on s’est contenté d’injecter des liquidités dans un système financier malade alors que des réformes structurelles s’imposaient. Deuxièmement au titre de ces réformes structurelles, la Chine ne se contente pas d’exiger de la rigueur face à la dette, elle préconise une autre orientation, moins de consumérisme et une attention plus grande au chômage d’une main d’oeuvre qualifiée (1) comme une meilleure prise en compte du nouvel équilibre international.Enfin comme nous l’avions noté hier si la Chine est d’accord pour prendre sa part dans la recherche de solutions à cette crise, elle considère que résoudre les problèmes du quart de l’humanité est sa priorité et elle se félicite d’avoir privilégié la réorientation de son économie vers le marché intérieur et le développement des hautes technologie. (note de danielle Bleitrach)

Il faut un temps d’observation pour conclure que la crise de la dette européenne est la seconde-mi-temps de la crise financière de 2008 ou le début d’une nouvelle crise économique mondiale. Les économies américaine et européenne agissent lentement, l’une comme l’autre, sur la question de reconversion et de restructuration économiques. Cependant, l’économie européenne, qui nécessite un équilibrage entre plusieurs pays, est différente de l’économie d’un pays unique.

L’actuelle crise de la dette européenne nous fait penser à plusieurs personnes assises sur un même banc. Un pied du banc vient à s’abîmer. On se trouve donc devant un choix : tout le monde se lève pour réparer le banc ou on laisse tomber la personne la plus proche du mauvais pied. Si l’on ne le répare pas, on verra simplement qui tombera le premier. Si on le répare, la personne la plus proche du mauvais pied semblera être le plus grand bénéficiaire. Existe-t-il un autre choix ?

Par extension, la mondialisation économique a mis toutes les économies du monde sur un même banc. Celui-ci est si long et accepte des personnes si hétéroclites que la transmission de la crise ou de la reprise ne peut pas se faire sans heurt. Il serait naïf de croire à une fin rapide de la crise de la dette européenne et de la crise financière américaine.

Un adage chinois dit que les maladies viennent à cheval et s’en retournent à pied. En ce moment, il n’est pas réaliste d’espérer résoudre les problèmes économiques du monde grâce à la force d’un pays quelconque. Même la Chine, qui possède une réserve enviable de 3 000 milliards de dollars, n’est pas en mesure de jouer le rôle de sauveur de l’économie mondiale.

Les séquelles du sauvetage par les liquidités

Récemment, le sous-directeur général du FMI, Zhu Min, a parlé de la crise de la dette européenne en ces termes : « Depuis 2008, tous les plans de sauvetage se sont penchés sur les liquidités sans entreprendre une réforme structurelle énergique. Voilà la cause importante de l’éclatement de la crise. Dans l’UE, la crise de la dette en actions se répand vers les banques. Elle fait également face aux pressions de la croissance. Les membres de l’UE ne peuvent mener à bien leurs affaires qu’en formulant des projets efficaces sur la réforme structurelle tout en bénéficiant du soutien international ». Je suis d’avis que les efforts insuffisants et le manque de détermination des pays d’Europe et des États-Unis sur la réforme structurelle sont à la source de l’imbrication des liquidités de ces dernières années et de l’attention croissante envers Ben Bernanke.

Lorsque la crise a éclaté, les deux économies développées visaient à réguler le déséquilibre économique mondial afin de parvenir à un nouvel équilibre. Dans une large mesure, elles avaient pour objectif de rétablir leurs anciennes positions. Au cours de l’exécution de leurs plans, elles ont fait peu de cas de leurs propres problèmes et comptaient davantage sur la force extérieure ou attendaient de l’aide. C’est le cas des banques américaines, et aussi des pays européens fortement endettés. Les économies développées éprouvent de temps à autre de la jalousie envers les pays émergents et le développement économique de ces derniers.

Aujourd’hui, l’Europe et les États-Unis espèrent que les économies émergentes permettront au monde entier de sortir du bourbier. Ils attendent beaucoup, notamment de la Chine. Selon les statistiques fournies par M. Zhang Xiaoqiang, de l’Académie des sciences sociales de Chine, la Chine ne représente que 9,5 % de l’économie mondiale, alors que les États-Unis, l’Europe et le Japon en constituent ensemble plus de 60 %. De toute évidence, la persistance des économies développées à vouloir faire mouvoir une grosse pierre par une petite est un expédient. Si les pays d’Europe et les États-Unis n’assument pas leur propre responsabilité, l’économie mondiale ne saurait se débarrasser des problèmes existants. D’autre part, le réajustement de ces dernières années prouve que le sauvetage sous forme de perfusion ne peut pas guérir la maladie. Au contraire, il peut en provoquer de nouvelles.

La coopération sino-européenne doit prendre en considération les intérêts à long terme

Les présidents Barack Obama et Nicolas Sarkozy ont récemment discuté de l’ajout de la monnaie chinoise au panier des devises propres aux droits de tirage spéciaux du FMI. Ce point mérite une grande attention.

Au début de la crise économique mondiale, la Chine a décidé d’investir 4 000 milliards de yuans supplémentaires afin d’accroître la demande intérieure et de réduire les pressions économiques internationales, alors que l’économie chinoise fonctionnait à grande vitesse. Le développement ultérieur de l’économie chinoise a prouvé le rôle positif de cette mesure pour la reprise économique mondiale.

L’actuelle crise de la dette européenne présente des effets certains sur l’économie globale, notamment la diminution de la demande. La Chine doit non seulement tenir compte de la dette européenne, mais aussi planifier de manière perspicace ses investissements futurs selon ses intérêts d’ensemble et à long terme.

Il faut constater que la cause profonde de cette crise n’est pas seulement l’effet de levier excessif des économies développées, mais le déséquilibre structurel, la vacuité industrielle, le chômage d’ouvriers qualifiés et le grave déséquilibre économique. De plus, la consommation à outrance a entraîné une surcapacité de production.

Les pays d’Europe et les États-Unis, de même que les économies émergentes, sont confrontés sans exception au problème difficile de créer la demande. Aujourd’hui, rien ne manque dans notre monde, mais la demande effective fait défaut. Le développement d’une consommation excessive, à l’instar de ce qui se pratique aux États-Unis, ne peut pas être durable. Comment faire face au marché actuel et résoudre le problème de l’affaiblissement de la demande ? La recherche d’une solution doit se faire de manière concertée.

En conséquence, la coopération sino-européenne ne peut pas chercher à obtenir des succès rapides. Chaque partie doit assumer sa propre responsabilité, et les deux parties doivent se consulter sur un pied d’égalité en ce qui concerne les projets de coopération.

La Chine doit diversifier ses investissements

La réserve chinoise en devises étrangères est enviable. C’est là la base du développement rapide de l’économie chinoise dans les conditions si complexes du moment. Toutefois, l’effet à double tranchant d’une trop grosse réserve en devises étrangères est aussi évident.

Des responsables américains ont déclaré que la sécurité de l’achat de la dette américaine par la Chine était assurée. Il y a quelques mois, les États-Unis, pris en otages par les débats entre démocrates et républicains sur le relèvement du plafond de la dette, laissaient cependant entrevoir que dans le pire des cas, ils ne pourraient pas honorer leurs engagements concernant la dette américaine. Il s’agit d’un véritable bouleversement, faisant entre autres prendre conscience à la Chine que sa réserve en devises étrangères doit provenir de plusieurs sources et qu’elle doit réajuster en temps opportun sa stratégie d’investissements à l’étranger afin de pouvoir faire face à un changement brusque.

Des spécialistes ont proposé de saisir l’occasion de la crise de la dette des économies développées pour encourager les entreprises chinoises à sortir et à internationaliser le yuan, car cette crise présente de multiples facettes et que cet affaiblissement de l’Occident est synonyme d’opportunités. Je suis d’avis qu’il est toujours très important pour la Chine de maintenir l’élan des entreprises vers l’extérieur. Bien que les investissements des entreprises chinoises à l’étranger aient rencontré des difficultés, il est nécessaire de chercher sur une plus large échelle des partenaires et des occasions de coopération. En même temps, il faut acheter de l’or et des biens de grande consommation afin de diversifier les risques d’investissement. Il faut en même temps faire des investissements en actions nécessaires, notamment dans les secteurs des nouvelles et hautes technologies. La modification du contexte économique mondial est inévitable. La Chine doit avoir davantage de choix quant à la manière d’internationaliser sa monnaie.

Traduction de l’article chinois de Mme. Ni Xiaolin, commentatrice émérite en économie et finances

(1) Cette question soulevée obstinément par la Chine est effectivement si importante que l’écho en parvient au niveau des sommets internationaux et Sarkozy lui-même paraît s’en faire le champion: « La création d’emplois de qualité et le renforcement de la protection sociale vont de pair », a-t-il souligné en cherchant à faire  aboutir à la fixation d’une feuille de route commune lors du G20 et poursuivre parallèlement la lutte en faveur du respect des droits fondamentaux du travail.Ces déclarations font écho à celles des différents organismes internationaux étroitement associés à la préparation du G20. « C’est maintenant qu’il faut agir» sur l’emploi, a martelé le directeur général du BIT, Juan Somavia, tandis que l’OCDE a pointé, dans un rapport, que le ralentissement de la croissance laisse désormais craindre que 40 millions d’emplois viennent à manquer « d’ici à fin 2012 ». Tout cela est bel et bien mais va a contrario de ce qui se passe réellement sur le terrain, non seulement le sacrifice de pans entiers de l’emploi mais la mise en cause de l’éducation nationale.

Suite de l'article
S’abonner
Notifier de
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments