Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Chine : Des difficultés de la pétition à la soif d’égalité

Je vous signale une fois de plus l’excellent blog reflets de Chine sur la vie quotidienne en Chine. Il témoigne d’une manière parfois cocasse des difficultés et des contradictions d’une Chine en état de développement acceléré mais surtout il va a contrario d’une vision d’une population complètement soumise à la discipline venue d’en haut. Pour qui connaît un peu l’histoire de la Chine, il y a d’étonnantes permanences dans les formes bureaucratiques parfois un tantinet mafieuse des pouvoirs locaux et dans l’entêtement que mettent les Chinois à revendiquer.25 septembre 2011

Si les autorités chinoises se dotent progressivement de sites internet visant à recueillir les doléances de la population, ce sont en majeure partie des services spécialisés locaux qui enregistrent ces plaintes. Les loups ne se mangeant que rarement entre eux, les dépositions sont souvent ignorées, voire leurs auteurs menacés de représailles.

Afin de contourner ces barrières qui ont pour objectif de faire remonter le moins de mécontentements possibles, nombreux sont les habitants qui décident de faire le voyage vers la capitale pour déposer en « main propre » leurs doléances. Les hôtels proches du service chargé de recevoir ces personnes sont donc souvent occupés par des pétitionnaires, ce qui vaut à ces établissements de recevoir régulièrement des visites plus ou moins courtoises.

C’est dans un de ces hôtels que séjournait Zhao lorsqu’en pleine nuit plusieurs personnes ont fait irruption dans sa chambre. Ramené de force dans sa région du Henan, il a été battu à plusieurs reprises par les six fonctionnaires venus exprès pour l’empêcher de déposer ses demandes. Si ces cas sont assez fréquents, c’est une fois de plus Internet qui a permis de rendre public cette histoire qui a provoqué la colère des internautes. Devant cette situation, il était urgent d’agir, ce qui a été fait, mais de manière que l’on pourrait qualifier de comique s’il ne s’agissait de violences faites sur une personne totalement innocente.

S’inspirant visiblement du sketch « Le flic », les autorités chinoises ont décidé de prendre de « très dures sanctions » à l’encontre de la bande organisée composée des six fonctionnaires. Si en effet deux d’entre eux ont été simplement suspendus, les quatre autres s’en tirent avec un « redoutable » avertissement.

Comme disait si bien Coluche : « Au bout de 30 avertissements, on peut avoir un blâme, et au bout de 30 blâmes être dégradé … »

© 2011, Reflets de Chine – Une autre vision. Tous droits réservés. Dans le cas d’une reproduction partielle ou complète, veuillez indiquer clairement le lien vers le site ou l’article original.

Note de danielle Bleitrach sur l’illustration:

 je me suis permis d’illustrer l’anecdote rapportée par reflets de Chine par un film Grand public, une histoire comique sur la situation en Chine: Lost on journey d’abord donne la mesure des problèmes que doit affronter ce pays continent puisque le cadre en  est le  Chun Yun (le mouvement du Printemps), c’est-à-dire la période où des millions de Chinois prennent la route pour retrouver célébrer avec leurs familles la nouvelle année lunaire. La Chine est immense et compte presque un milliard et demi d’habitants alors imaginez la situation, tous les moyens de transport sont saturés et le train ou le bus, qui sont les seuls à la portée des bourses des plus pauvres, sont particulèrement pris d’assaut. Le film s’inspire de l’hiver 2008 alors qu’une vague de froid peu habituelle dans le sud avait bloqué toute la circulation du côté de Canton où il y a beaucoup de travailleurs migrants et à côté des grandes usines une multitude de PME avec des patrons âpres aux gains.
Li Chenggong est un homme d’affaires prospère,  patron d’une usine de jouets. Comme chaque année, il décide de partir retrouver sa famille pour les fêtes du Nouvel an chinois. Mais le froid bloque son avion et il va se retrouver dans un transhumance épique avec  le paysan Geng Niu. Malgré le mépris et la mauvaise volonté de Li , le patron va être obligé de découvrir son compagnon de voyage, ses qualités humaines alors qu’il s’agit d’un ouvrier migrant.
Le réalisateur Vip Wai Man ne fait pas une oeuvre de contestation sociale, tout cela reste optimiste sur l’entente possible entre l’entrepreneur exploiteur et le pauvre migrant alors même qu’il y a de véritables cas d’esclavage mais le message est celui qui plaît au Chinois: l’égalité entre les Chinois, urbains, riches et les ruraux exploités est possible parce que dans le fond ceux qui conservent les vrais valeurs sont les pauvres et ce sont eux qui défendent l’avenir de la Chine en remettant dans la voie ceux qui ne pensent qu’à s’enrichir.

Rien à voir avec Stil Life le film de Jia Zhang-ke dont je vous ai parlé ici, rien si ce n’est deux faits, le premier est la démesure des problèmes qu’affronte ce pays, le second est dans la dénonciation des inégalités, de la corruption et la manière dont l’ouvrier migrant porte les valeurs d’avenir de la Chine parce qu’elles sont en conformité avec la tradition de solidarité et de respect de la Chine de Confucius à Mao… En passant par quelques empereurs particulièrement répressifs contre les corrompus.

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