Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Censure : Feng Xiaogang explose, par Brigitte Duzan

Voici un article relevé dans un blog trés intéressant : blog du cinéma chinois, Le blog du cinéma chinois que je vous conseille comme je vous conseille Reflets de Chine – Une autre vision pour la vie en Chine. Si reflets de Chine par une information sur la vie du peuple chinois a à coeur de démonter les mensonges de nos médias, le blog du cinéma chinois donne plutôt dans la contestation de la politique culturelle chinoise et reflète le mécontentement des artistes,   mais il connaît bien son sujet  et avance des faits qui sont étayés et qui devraient permettre le débat. Ce qui est également intéressant dans cet article est l’auteur du coup d’éclat. Feng Xiaogang est le fils d’un professeur de lycée et d’une infirmière d’une usine. Il est marié à l’actrice chinoise Xu Fan (徐帆). Il est donc issu du peuple par ses seuls mérites et même s’il n’est pas le plus connu internationalement, en Chine c’est le cinéaste le plus connu et le plus apprécié du grand public parce qu’il colle à la sensibilité chinoise.

Il accède à la renommée en dirigeant le film Dream Factory en 1997. Le film connu un grand succès en Chine  au point qu’on parle d’un nouveau style dont Feng Xiaogang est l’initiateur : le Hesui Pian (贺岁片), des films familiaux, parfaits pour les périodes de nouvel an. Feng Xiaogang est devenu tellement célèbre pour ce type de longs métrages que chaque année, à la période du Festival de Printemps, le public scrute une éventuelle création du cinéaste : c’est un peu comme manger des jiazi ou faire éclater des pétards, c’est la tradition… Depuis Dream Factory, il y a plus de 10 ans, les spectateurs chinois attend de lui de nouvelles merveilles. Ses films sont en général bien acceptés et financièrement lucratifs car bien placés au box office.

Son dernier film Aftershock est consacré au tremblement de terre de Tangshan en 1976, ce film a battu les records d’entrées en 2010. Le film a rapporté 100 millions de dollars de recettes pour un budget de 20 millions de dollars. Si son dernier film décrit le drame du tremblement de terre de 1976,il fait songer inévitablement à celui de 2009 qui a bouleversé la Chine et a montré les qualités d’héroïsme du peuple et de l’armée chinoise. Ses oeuvres font souvent mouche auprès du public, car elles collent aux réalités actuelles du peuple chinois et il inspire une sympathie universelle d’om l’intérêt de sa prise de position contre la censure.

Il faudrait se rendre compte pour comprendre la colère des cinéastes chinois que la censure se double d’une autre encore plus sournoise puisqu’il s’agit de la volonté de concurrencer Hollywood en balançant des films soit de Ktng Fu soit des Kung Fu Panda. Ce qui fait que l’on voit de moins en moins de films chinois dans les biennales. Même si nous avons eu récemment la sortie en salle d’un grand film avec Detective Dee, le mystère de la flamme fantôme de  Tsui Hark  qui est un cinéaste de de Hong Kong. Il n’y a pas eu cette année de films chinois en compétition à Cannes et s’il y en a deux à la Biennale de Venise , A Simple Life d’Ann Hui (Hong Kong) et Seediq Bale de Wei Te-sheng (Taïwan), aucun ne provient de la Chine continentale.

2 septembre, 2011

Les conditions de travail des réalisateurs chinois sont devenues vraiment difficiles dans le climat actuel : la censure est non seulement renforcée, mais de plus en  plus aléatoire et imprévisible, si bien que la plupart des cinéastes se réfugient dans des sujets historiques en évitant comme la peste les sujets d’actualité, comme aux pires moments du régime. 

Explosion 

On a une petite idée des tensions auxquelles sont soumis les cinéastes quand on apprend l’éclat récent de Feng Xiaogang (冯小刚), en pleine Conférence sur la réforme de la culture. Le cinéaste est réputé, dans la profession, pour ses éclats de colère ; en jouant sur les caractères de son nom, on l’appelle“小钢炮” xiǎo gāngpào, le petit canon. Cette fois, il s’est fait, courageusement, le porte-parole de ses collègues. 

Selon un article publié le 30 août sur le site du Quotidien du Peuple, il s’est exclamé : « La pression de la censure a été renforcée à l’encontre des réalisateurs et créateurs. Le SARFT [l’organisme de contrôle du cinéma et de la télévision] interprète tout de travers et juge sur des questions de principe. Nombre de modifications exigées [à apporter aux scénarios] frisent le ridicule ». « Ce système stupide, a-t-il ajouté, est en train de porter atteinte à la création cinématographique en l’entravant. » (“伤害和桎梏”着电影创作“).

Et de continuer : « On définit un film comme « positif » ou « négatif », et c’est devenu le seul critère de jugement des censeurs, mais, en même temps, on demande aux créateurs de faire des œuvres capables de passer à la postérité. Comme si l’on pouvait juger les grands classiques selon qu’ils sont « positifs » ou « négatifs ».  Le résultat, c’est que tout le monde, à l’heure actuelle, préfère se cantonner en terrain neutre et éviter les sujets contemporains, qui risquent être jugés « négatifs ». 

Contexte 

Feng Xiaogang a fait cette sortie remarquée dans l’un des forums les plus publics qui soient, à la Conférence pour la réforme culturelle tenue vendredi dernier, 26 août, dans le cadre de la Conférence politique consultative du Peuple chinois ou CCPPC (中国人民政治协商会议), et alors que les dirigeants politiques multiplient les déclarations sur le sujet : ainsi Li Changchun (李长春), membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du Parti, a, depuis quelques mois, appelé urbi et orbi à la ‘réforme du système culturel’, et Jia Qinglin (贾庆林), président du Comité national de la CCPPC, a incité ce même vendredi à « promouvoir la culture socialiste et renforcer l’influence de la culture chinoise ». 

Selon un communiqué de l’agence Xinhua, Jia Qinglin a affirmé « que le renforcement de la culture socialiste était une condition préalable pour la promotion de la compétitivité du pays et la réalisation du renouveau national ». Autrement dit, ce dont il est question, c’est de faire de la culture un élément clé du ‘soft power’ chinois et de développer « l’industrie culturelle ». On se croirait revenu à des dizaines d’années en arrière, en fait à toutes les périodes de durcissement du régime qui se sont traduites par le musellement des intellectuels. 

Tristesse 

Le China Daily faisait état, dans un article du 19 août, d’une pièce de théâtre qui fait courir les foules à Pékin en ce moment, d’abord parce qu’elle est interprétée par un acteur très populaire, Chen Daoming (陈道明), mais aussi parce qu’elle traite de façon déguisée du problème d’une censure devenue absurde, en faisant rire de cette absurdité même. 

C’est une comédie, intitulée « Les tristesses de la comédie » (《喜剧的忧伤》), qui a pour personnage principal un auteur de comédies, justement, qui doit obtenir le feu vert, pour son dernier projet, d’un militaire récemment revenu du front. Or ce censeur (1) commence par lui dire que « les gens n’ont pas envie de rire en temps de guerre », puis, dans la semaine qui suit, se livre à une analyse serrée du scénario qu’il met en pièces en demandant les révisions les plus délirantes, et les plus hilarantes. 

Une réception qui a suivi la première de la pièce a bien montré les tensions latentes dans le monde du théâtre et du cinéma. Feng Xiaogang était là, avec son épouse et collaboratrice, l’actrice Xu Fan (徐帆). Il était tellement nerveux en sortant de la pièce, dit-on, que le verre qu’il tenait lui a glissé des mains et s’est brisé en mille morceaux en tombant sur une table en verre ; Xu Fan a alors éclaté en sanglots… 

« La comédie a tourné à la tragédie », a-t-il écrit plus tard, tristement, sur son micro-blog. 

Note : (1) Censeur borgne car, comme par un fait exprès, il a perdu un œil à la guerre

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