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María Félix, ou la fierté indomptable au cœur de la révolution zapatiste mais "la mégère apprivoisée"

L'été nous offre l'occasion de la sortie de films anciens c'est aussi la possibilité d'aller à la rencontre de l'Histoire et je ne saurais trop conseiller au lecteur d'Histoire et societe de ne pas rater ce film. Il faut développer ce que représente alors Maria Felix .C'est à la fois la révolution mexicaine et la mégère apprivoisée de Shakespeare. Sa vie et sa filmographie sont bien dans ces rôles contrastés, elle reste la femme d'une caste aristocratique et métissée, mais dans le même temps elle n'en accepte pas la soumission et se retrouve périodiquement avec les "Révolutionnaires". Ainsi dans les années 50 elle se rebelle contre Hollywood qui tente d'en faire un produit standardisé. Elle est sollicitée en Espagne, en Italie et en France dans de superbes classiques. dirigés entre autres par Bunuel.

Publié par Danielle Bleitrach

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Article original pour le blog

Réédité par les Films du Camélia, Enamorada (1946) d’Emilio Fernández mêle révolution zapatiste, comédie shakespearienne et affirmation féminine, porté par María Félix et la photographie de Gabriel Figueroa, qui avait collaboré aux côtés d’Édouard Tissé aux prises de vue du film inachevé de S.M. Eisenstein ¡Que Viva México!

Maria Felix a représenté l'énigmatique beauté de l'Espagne unie aux indiens en Amérique latine et en particulier au Mexique, devenue actrice après un parcours rebelle de divorcée, elle devient un symbole de la créature fatale et indomptable qui hante l'imaginaire latin. Outre cet article il semble indispensable de citer quelques titres et jalons du personnage en insistant sur quelques rencontres citées ici et qui toutes pour l'histoire du cinéma correspondent à des choix plus ou moins en rupture avec les standards comme avec Bunuel ou Diego de la Rivera, le communiste révolutionnaire qui fit d'elle un célèbre portrait.

En 1946, elle collabore avec Emilio Fernández et se voit récompensée d’un Ariel d’argent de la meilleure actrice pour «Enamorada» (1946), le révolutionnaire Pedro Armendáriz est perturbé dans ces actions lorsqu'il tombe amoureux de la tempétueuse señorita Beatriz Peñafiel (María Félix). C'est à la fois la révolution mexicaine et la mégère apprivoisée de shakespeare. Sa vie est bien dans ce rôle, elle reste la femme d'une caste mais dans le même temps elle n'en accepte pas la soumission et se retrouve périodiquement avec les "Révolutionnaires". Ainsi dans les années 50 elle se rebelle contre Hollywood qui tente d'en faire un produit standardisé. Elle est sollicitée en Espagne, en Italie et en France dans de superbes classiques. Elle triomphe avec un rôle diabolique dans le péplum franco-hispano-italien «Messaline» (1951) de Carmine Gallone où affamée de pouvoir et de plaisir, Messaline change d'amants aussi vite qu'elle élimine ses ennemis, jusqu'à sa fin tragique avec Georges Marchal.. En France, Jean Renoir lui offre le rôle de la splendide vedette Lola de Castro, dans son «French Cancan» (1954), la maîtresse de Jean Gabin, directeur de la salle de spectacle le Paravent Chinois. Et Yves Ciampi celui de Manuella, l’épouse de Jean Servais et la maîtresse d’Yves Montant, dans le dramatique «Les héros sont fatigués» (1955) d’Yves Ciampi avec au casting Curd Jürgens.

En 1959 elle sort de sa pré retraite à la demande de Luis Buñuel pour l’éprouvant film «La fièvre monte à El Pao» (1959) elle est la maîtresse de Gérard Philippe qui assume le rôle de gouverneur par intérim dans un pays en Amérique centrale où règne la dictature de Jean Servais. Elle incarne d'une manière saisissante la rebelle Juana Gallo, une paysanne, dans «La grande révolte» (1960) de Miguel Zacarías, où après avoir découvert l'assassinat de son père et de son fiancé, elle rejoint les rebelles pour se battre contre le gouvernement fédéral et devient l'un des leaders de la révolution mexicaine à la bataille de Zacatecas. En 1962, Roberto Rodríguez signe «La Bandida», une histoire d'amour mouvementée où deux anciens révolutionnaires Pedro Armendáriz et Emilio Fernández s'affrontent pour l'amour de la même femme María Mendoza dite La Bandida (María Félix) une prostituée et propriétaire d'un bordel.

Après un dernier film «La générale» (1969) de Juan IbáñezLa diva mexicaine décède d’un arrêt cardiaque le 8 avril 2002 à l’âge de 88 ans. Elle repose dans la sépulture familiale au Panteón Francés aux côtés de son fils et de ses parents à Mexico… (extraits de la Bio de Gary Richardson)

Enamorada est considéré comme l’un des grands classiques du cinéma mexicain, souvent cité parmi les 100 meilleurs films nationaux et comme une référence pour des cinéastes comme Martin Scorsese. Parmi ses comédiens, Emilio Fernández choisit Pedro Armendáriz, l’un des grands acteurs mexicains de l’âge d’or du cinéma national, pour incarner un colonel zapatiste, et son propre frère cadet, Jaime Fernández, pour interpréter un rôle opposé, mais néanmoins complémentaire. Bien qu’elle ait été son héroïne dans María Candelaria, où elle incarnait la fille d’une prostituée, Dolores del Río ne se voit confier aucun rôle dans Enamorada. Emilio Fernández lui préféra María Félix qui s’imposa parce qu’elle n’était pas une figure de victime. Elle incarne dans le film la beauté et la fierté de sa caste. L’actrice et la mexicanité de son personnage se confondent. Jamais la star mexicaine n’accepta de tourner pour Hollywood. Elle fut, néanmoins, "la Belle Abbesse" dans French Cancan (1955) de Jean Renoir.

L’intrigue est censée se passer entre 1910 et 1920 : aucune précision supplémentaire n’est donnée. Sous les ordres du général Reyes, une cité vient d’être prise d’assaut par les forces zapatistes, avec tirs et chevauchées dignes d’un John Ford. Reyes tient son tribunal dans une grange où il convoque les plus riches bourgeois afin de leur extorquer quelques sommes rondelettes en pesos pour l’entretien de son armée. Le plus fortuné d’entre eux, un homme déjà âgé, Don Peñafiel, lui répond avec courage et dignité, mais refuse de coopérer. Il est conduit au cachot et son sort reste incertain une partie du film. Quant au lâche prêt à tous les compromis — y compris celui de céder son épouse au chef adverse —, il est passé par les armes. C’est la seule scène de cruauté du film où la violence est esthétisée.

Il a souvent été dit que dans les films mexicains de l’âge d’or, le mélodrame était proche du politique. Enamorada n’est pas un film mélodramatique. La trame sur laquelle le film est tissé est celle d’une comédie shakespearienne, La Mégère apprivoisée. L’héroïne féminine en est Beatriz, la fille Peñafiel, aussi vaillante que belle et forte en préjugés de classe — de caste, devrait-on dire. Alors qu’elle exige la libération de son père, elle croise Reyes qu’elle traite d’aventurier et de va-nu-pieds. Lorsqu’il s'autorise, sans savoir qui elle est, une plaisanterie sur la beauté de ses jambes, elle le gifle et le fait rouler par terre. Tous les hommes du bataillon rient aux éclatas. Mais Reyes, frappé par l'amour fou, déclare que c’est cette femme et nulle autre qu’il épousera…

L’un veut, l’autre pas. C’est un schéma de comédie. Bons mots, épisodes brusques, lancers de pétards ne manquent pas. Beatriz a tout d’un "garçon manqué" et s’amuse beaucoup. Une inversion des rôles s'amorce chez les deux protagonistes ; elle investissant celui du macho, et Reyes celui de l’homme qui doute. Le guerrier intraitable devient mélancolique. Il se refuse à donner des ordres alors que les forces fédérales se rapprochent dangereusement de la cité. Le final fait suite à un coup de théâtre : Beatriz quitte sa famille au moment où elle doit contracter un mariage au sein de son milieu social

Tout s’achève par un happy end, Beatriz rejoignant au dernier moment l’homme qu’elle aime elle aussi, le suivant à côté de son cheval, accompagnée de tout le village avec femmes et enfants. On peut faire une autre lecture de cette fin ambiguë. Ce n’est ni une défaite, ni une retraite, tout juste un repli temporaire. Un répit qui concerne la communauté tout entière. Les zapatistes mèneront plus loin et par ailleurs leur juste lutte, guidés par le mot d’ordre révolutionnaire « Tierra y Libertad ».

Outre María Félix, le film est porté par la photographie de Gabriel Figueroa, qui avait collaboré aux côtés d’Édouard Tissé aux prises de vue du film inachevé de S. M. Eisenstein, ¡Que viva México!. Dans Enamorada, son travail sur les contrastes, les ciels dramatiques et les compositions d’ensemble donne aux scènes zapatistes une dimension plastique quasi mythologique. La rencontre entre la présence souveraine de Félix et l’œil de Figueroa inscrit le film au cœur de l’âge d’or du cinéma mexicain, où politique, mélodrame et lyrisme visuel se confondent

Nicole Gabriel

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